Les chiffres du bon­heur

Alternatives Economiques - Hors-Série - - Editorial -

Lla crois­sance chi­noise. Les di­ri­geants du plus grand pays du monde réa­lisent que, pour amé­lio­rer le bien-être de leur po­pu­la­tion – et ac­ces­soi­re­ment res­ter au pou­voir –, ils ne peuvent plus se re­po­ser sur une crois­sance tirée par l'ex­té­rieur mais doivent re­dis­tri­buer les re­ve­nus. Ils veulent ain­si faire re­po­ser le PIB moins sur les ex­ports et plus sur la de­mande in­terne. Une évo­lu­tion que fi­ni­ront peut-être par re­prendre à leur compte les di­ri­geants de la zone eu­ro, qui pré­fèrent au­jourd'hui ser­rer la cein­ture de leurs conci­toyens et ac­cu­mu­ler des ex­cé­dents de ba­lance des paie­ments.

En­suite, le lan­ce­ment des Ob­jec­tifs du dé­ve­lop­pe­ment durable à New York, en sep­tembre der­nier. Leur com­plexi­té (169 cibles et po­ten­tiel­le­ment au­tant d'in­di­ca­teurs !) tra­duit néan­moins l'idée que le dé­ve­lop­pe­ment ne peut plus se me­su­rer à l'aune de quelques chiffres sim­plistes, comme le nombre de ceux qui ont moins d'un dol­lar par jour. Comptent tout au­tant des cri­tères comme la ca­pa­ci­té des Etats à col­lec­ter l'im­pôt et à en­ca­drer les mul­ti­na­tio­nales ou en­core l'éli­mi­na­tion des vio­lences faites aux femmes.

Enfin, le dé­bat d'idées sou­te­nu moins par la confé­rence de Paris sur le cli­mat que par la chute for­mi­dable des coûts des éner­gies re­nou­ve­lables. Peu à peu émerge le sen­ti­ment que dé­car­bo­ner ra­pi­de­ment notre pro­duit in­té­rieur brut n'est pas un « far­deau » im­po­sé par le ré­chauf­fe­ment de notre pla­nète et dont on se dis­pen­se­rait vo­lon­tiers. Mais au contraire un ob­jec­tif dé­si­rable, por­teur d'em­plois et de trans­for­ma­tions po­si­tives de nos so­cié­tés. Et si nous étions en train de mettre un peu de bon­heur dans notre PIB ? e PIB ne fait pas le bon­heur… mais, ajou­tons-nous in pet­to, il y contri­bue. Même lorsque nous cri­ti­quons cet éta­lon d'or de la san­té éco­no­mique qu'est le pro­duit in­té­rieur brut, il est dif­fi­cile de bri­ser cette idole. Ico­no­clastes, mais pas trop.

Ce nu­mé­ro n'échappe pas à cette ten­sion. D'un cô­té, il in­carne les cri­tiques adres­sées au PIB. Cet in­di­ca­teur en ef­fet ne sait pas me­su­rer la dis­tri­bu­tion des re­ve­nus. Ni les dé­gâts in­fli­gés à la nature. Ni le bien-être, dont l'es­pé­rance de vie en bonne san­té, entre autres, donne une idée. Au­tant d'élé­ments qui sont au pas­sage de sa­crés dé­ter­mi­nants de notre sa­cro­sainte crois­sance. On trou­ve­ra donc ici de nom­breux chiffres qui per­mettent de re­gar­der l'éco­no­mie au­tre­ment. On dé­cou­vri­ra aus­si une pro­po­si­tion de choix d'in­di­ca­teurs com­plé­men­taires du PIB. Cette contri­bu­tion au dé­bat ac­tuel sur le su­jet rap­pelle que pour construire des al­ter­na­tives éco­no­miques, nous avons be­soin d'une me­sure al­ter­na­tive de l'éco­no­mie.

D'un autre cô­té, ce nu­mé­ro s'at­tache à éplu­cher les chiffres de la crois­sance. No­tam­ment celle – pi­teuse – de la zone eu­ro. Non, ce­pen­dant, pour sa­cri­fier à la re­li­gion du PIB, mais pour me­su­rer com­bien les po­li­tiques d'aus­té­ri­té et la mise en concur­rence de tous contre tous en l'ab­sence d'une réelle Eu­rope po­li­tique en­tre­tiennent un chô­mage mas­sif et poussent aux re­plis égoïstes. Le drame des ré­fu­giés sy­riens en offre la dé­plo­rable illustration.

L'an­née qui vient de s'écou­ler donne pour­tant des rai­sons d'es­pé­rer que le PIB et le BIP – le bon­heur in­té­rieur par­ta­gé – di­vergent un peu moins à l'ave­nir. D'abord, le ra­len­tis­se­ment de

Nous avons be­soin d’une me­sure al­ter­na­tive de l’éco­no­mie

PAR ANTOINE DE RAVIGNAN

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.