Le bi­lan Hol­lande Hol­lan ou le pa­ri ris­qué de l’offre

Les me­sures d’aides aux en­tre­prises et de ré­duc­tion du dé­fi­cit pu­blic, fi­nan­cées par les mé­nages, ont au fi­nal am­pu­té le pou­voir d’achat. Et pe­sé sur la crois­sance.

Alternatives Economiques - Hors-Série - - Sommaire -

En mai 2012, Fran­çois Hol­lande com­mence sa pré­si­dence dans un contexte éco­no­mique dé­fa­vo­rable : chô­mage en hausse, creu­se­ment de la dette et du dé­fi­cit pu­blics, crise eu­ro­péenne et crois­sance nulle. Mal­gré tout, il fixe l’ob­jec­tif am­bi­tieux de re­trou­ver le che­min de la crois­sance et de ré­duire le chô­mage tout en amé­lio­rant ra­pi­de­ment l’état des fi­nances pu­bliques. Mais à la fin du quin­quen­nat, bien qu’af­fi­chant cer­tains signes d’amé­lio­ra­tion, l’éco­no­mie fran­çaise peine à en­clen­cher une re­prise franche, avec une crois­sance in­fé­rieure à celle de la zone eu­ro pour la troi­sième an­née consé­cu­tive. Ce ré­sul­tat ques­tionne les choix de po­li­tique éco­no­mique opé­rés par le gou­ver­ne­ment sor­tant : une prio­ri­té don­née aux me­sures en fa­veur des en­tre­prises au dé­tri­ment des mé­nages et de sé­vères res­tric­tions bud­gé­taires.

Entre 2008 et mai 2012, la France avait af­fi­ché une crois­sance éco­no­mique meilleure que celle de ses voi­sins eu­ro­péens. Une moindre ou­ver­ture aux échanges in­ter­na­tio­naux, un ni­veau de dette pu­blique et pri­vée plus faible et des sta­bi­li­sa­teurs so­ciaux ef­fi­caces (al­lo­ca­tions chô­mage, pres­ta­tions so­ciales…) lui avaient per­mis de mieux ré­sis­ter que d’autres aux ré­per­cus­sions de la crise de 2008. Par la suite ce­pen­dant, la France a connu des ré­sul­tats éco­no­miques dé­ce­vants et s’est lais­sé dis­tan­cer par l’Al­le­magne et rat­tra­per par le reste de la zone eu­ro. Au cours du quin­quen­nat, la crois­sance a été plus frei­née que sti­mu­lée. Du cô­té des in­ci­ta­tions, la France a bé­né­fi­cié d’un en­vi­ron­ne­ment ex­té­rieur fa­vo­rable avec la dé­pré­cia­tion de l’eu­ro et, à par­tir de l’été 2014, l’ef­fon­dre­ment des prix du pé­trole. Se­lon les es­ti­ma­tions de l’OFCE, ces deux fac­teurs ont per­mis à l’éco­no­mie fran­çaise de ga­gner 1,4 point de PIB sur la pé­riode 2012-2016. En re­vanche, les chocs né­ga­tifs ont re­pré­sen­té 5,6 points de PIB sur cette même pé­riode et ont donc été lar­ge­ment su­pé­rieurs aux chocs po­si­tifs. A elle seule, la po­li­tique d’aus­té­ri­té en France, mais aus­si dans la zone eu­ro, vi­sant à ra­me­ner au plus vite le dé­fi­cit pu­blic sous la barre des 3 % du PIB (il était su­pé­rieur à 5 % en France en 2011) afin de res­pec­ter les trai­tés eu­ro­péens a am­pu­té la crois­sance de 4 points de PIB pen­dant ces an­nées. Ain­si, du­rant le quin­quen­nat, la crois­sance an­nuelle moyenne n’a été que de 0,8 % alors qu’elle au­rait pu at­teindre le double en l’ab­sence de choc bud­gé­taire (voir gra­phique ci-contre).

DÉ­FI­CIT SOUS LES 3 % EN 2017

En ce qui concerne les comptes pu­blics, cette po­li­tique a per­mis de ré­duire le dé­fi­cit pu­blic de 2,2 points de PIB au cours du quin­quen­nat. Il de­vrait at­teindre 2,9 % du PIB en 2017. Se­lon les cal­culs de l’OFCE, l’ef­fort bud­gé­taire struc­tu­rel (c’est-à-dire le solde une fois cor­ri­gé des ef­fets de la conjonc­ture) s’est amé­lio­ré de 3,7 points de PIB pen­dant la pé­riode 2012-2017. Cet ajus­te­ment a au dé­part été réa­li­sé ex­clu­si­ve­ment par une hausse des pré­lè­ve­ments obli­ga­toires. En 2012 et 2013, cette hausse a été mas­sive (+ 53 mil­liards d’eu­ros), tou­chant les en­tre­prises (+ 17 mil­liards) et,

De 2012 à 2017, les pré­lè­ve­ments sur les en­tre­prises ont bais­sé de 14 mil­liards et ceux sur les mé­nages aug­men­té de 47 mil­liards

sur­tout, les mé­nages (+ 33 mil­liards). Sur ce to­tal, 33 mil­liards cor­res­pondent à des me­sures fis­cales vo­tées sous Fran­çois Hol­lande (voir ta­bleau).

L’an­née 2014 marque l’ar­rêt de cette stra­té­gie avec la baisse des pré­lè­ve­ments sur les en­tre­prises. Suite au rap­port Gal­lois, le gou­ver­ne­ment dé­cide de me­ner une po­li­tique de l’offre qui se concré­ti­se­ra avec le Cice (cré­dit im­pôt com­pé­ti­ti­vi­té em­ploi) et se­ra ren­for­cée l’an­née sui­vante avec le Pacte de res­pon­sa­bi­li­té (voir en­ca­dré page 46). Ces me­sures pour­suivent l’ob­jec­tif d’amé­lio­rer la com­pé­ti­ti­vi­té des en­tre­prises grâce à une forte ré­duc­tion du coût du tra­vail et de la fis­ca­li­té pe­sant sur elles. Il s’agit en ef­fet de faire face à la fois à la dé­té­rio­ra­tion du tis­su pro­duc­tif de­puis le dé­but de la crise et à une concur­rence ac­crue au sein de la zone eu­ro, avec la mise en place de po­li­tiques de dés­in­fla­tion com­pé­ti­tive dans de nom­breux pays.

Se­lon les cal­culs de l’OFCE, les pré­lè­ve­ments sur les en­tre­prises ont di­mi­nué de 30 mil­liards d’eu­ros sur la pé­riode 2014-2017, tan­dis que la fis­ca­li­té des mé­nages conti­nuait à pro­gres­ser (+ 13 mil­liards). Au to­tal, de 2012 à 2017, les pré­lè­ve­ments sur les en­tre­prises ont bais­sé de 14 mil­liards et ceux sur les mé­nages aug­men­té de 47 mil­liards. Le pou­voir d’achat par mé­nage s’est du coup contrac­té de 585 eu­ros entre 2011 et 2016, la hausse moyenne des pré­lè­ve­ments fis­caux et so­ciaux (1 400 eu­ros) ayant dé­pas­sé celle des re­ve­nus.

A par­tir de 2014, pour te­nir les ob­jec­tifs bud­gé­taires, le gou­ver­ne­ment a res­ser­ré les dé­penses pu­bliques : de 2014 à 2017, elles ont pro­gres­sé de 0,5 % par an en moyenne (hors in­fla­tion), ce qui est net­te­ment in­fé­rieur à son évo­lu­tion his­to­rique (+ 2,0 % par an en moyenne sur la pé­riode 2000-2010).

LES EN­TRE­PRISES RES­PIRENT

Quels ont été les ef­fets de cette po­li­tique de l’offre ? Après une pé­riode de forte dé­gra­da­tion, le taux de marge* des en­tre­prises fran­çaises s’est re­dres­sé sur la pé­riode 2012-2016, par­ti­cu­liè­re­ment dans le sec­teur in­dus­triel où il a re­trou­vé les re­cords his­to­riques du dé­but des an­nées 2000. Les marges des en­tre­prises ont ain­si aug­men­té à par­tir de 2014, pas­sant de moins de 30 % de la va­leur ajou­tée à 31,5 % ac­tuel­le­ment. Les me­sures fis­cales ont contri­bué pour 1,5 point de va­leur ajou­tée à l’amé­lio­ra­tion et la baisse des prix du pé­trole à 1,2 point, tan­dis que la hausse des sa­laires réels, plus ra­pide que la pro­duc­ti­vi­té, a contri­bué né­ga­ti­ve­ment de 1,1 point.

L’in­ves­tis­se­ment des en­tre­prises s’est par ailleurs re­dres­sé à par­tir de 2015, sous l’ef­fet d’une com­bi­nai­son de fac­teurs dont l’amé­lio­ra­tion du taux de marge est un élé­ment par­mi d’autres. Ont tout au­tant joué l’amé­lio­ra­tion des pers­pec­tives d’ac­ti­vi­té, la fai­blesse du coût du ca­pi­tal et les me­sures d’al­lè­ge­ment fis­cal en contre­par­tie des in­ves­tis­se­ments dans les équi­pe­ments in­dus­triels. La contrac­tion du pou­voir d’achat des mé­nages a ce­pen­dant nour­ri la dé­gra­da­tion de l’in­ves­tis­se­ment dans la construc­tion.

Concer­nant le com­merce ex­té­rieur, on a consta­té entre la fin 2013 et la mi-2015, une lé­gère amé­lio­ra­tion des parts de mar­ché des en­tre­prises fran­çaises à l’ex­por­ta­tion. La dé­pré­cia­tion de l’eu­ro face au dol­lar, ajou­tée à des me­sures fis­cales ac­com­mo­dantes, a per­mis d’amé­lio­rer la com­pé­ti­ti­vi­té-coût* de l’ap­pa­reil pro­duc­tif. En re­vanche, de­puis la mi-2015, les en­tre­prises ont pri­vi­lé­gié la re­cons­ti­tu­tion de leurs marges au dé­tri­ment d’une baisse de leurs prix, ce qui s’est à nou­veau tra­duit par des pertes de parts de mar­ché.

CHÔ­MAGE : UNE IN­VER­SION TAR­DIVE

L’in­ver­sion pro­mise de la courbe du chô­mage a bien eu lieu, mais elle a été tar­dive. Avec une crois­sance du PIB faible, le taux de chô­mage a conti­nué à pro­gres­ser après l’élec­tion de Fran­çois Hol­lande, pas­sant de 9,5 % [1] au 2e tri­mestre 2012 à 10 % dé­but 2013 pour se sta­bi­li­ser en­suite à ce ni­veau. Ce n’est qu’à par­tir de fin 2015 que le taux de chô­mage a re­cu­lé. Il était re­ve­nu à 9,7 % au 3e tri­mestre 2016, un ni­veau ce­pen­dant plus éle­vé qu’au dé­but du quin­quen­nat. Au to­tal, entre le 2e tri­mestre 2012 et le 3e tri­mestre 2016, les créa­tions d’em­plois dans le sec­teur mar­chand (+ 58 000 sa­la­riés, prin­ci­pa­le­ment à par­tir de 2015 dans le sec­teur ter­tiaire) et non mar­chand (+ 117 000 contrats ai­dés no­tam­ment) au­ront été in­suf­fi­santes pour ab­sor­ber l’aug­men­ta­tion de la po­pu­la­tion ac­tive et faire re­cu­ler le nombre de chô­meurs, qui a au contraire crû de 145 000 pour at­teindre un to­tal de 2,8 mil­lions.

Au 3e tri­mestre 2016, les me­sures mises en place n’ont tou­te­fois pas pu don­ner leur plein ef­fet et il fau­dra at­tendre les chiffres de 2017 pour dres­ser un bi­lan dé­fi­ni­tif. A cet ho­ri­zon, se­lon les es­ti­ma­tions de l’OFCE, si le Cice et le pacte de res­pon­sa­bi­li­té de­vraient avoir per­mis de créer ou de sau­ve­gar­der en­vi­ron 230 000 em­plois du­rant le quin­quen­nat (voir en­ca­dré), le nombre de chô­meurs de­vrait avoir aug­men­té de 100 000 [ 2]. En in­cluant le « ha­lo du chô­mage » (temps par­tiel su­bi, chô­meurs dé­cou­ra­gés...), ce sont près de six mil­lions de per­sonnes qui se trouvent fra­gi­li­sées vis-à-vis de l’em­ploi, soit un de­mi-mil­lion de plus que lors de l’ar­ri­vée de Fran­çois Hol­lande à l’Ely­sée.

In fine, la hausse des pré­lè­ve­ments sur les mé­nages et la ré­duc­tion des dé­penses pu­bliques ont per­mis à la fois de fi­nan­cer la baisse de la fis­ca­li­té des en­tre­prises et la ré­duc­tion du dé­fi­cit pu­blic. Au cours du quin­quen­nat, la si­tua­tion fi­nan­cière des en­tre­prises s’est donc amé­lio­rée et les comptes pu­blics se sont re­dres­sés, bien que len­te­ment au re­gard des ef­forts bud­gé­taires four­nis. Ce­pen­dant, ces me­sures ont am­pu­té le pou­voir d’achat des mé­nages et pe­sé sur l’in­ves­tis­se­ment pu­blic, tas­sant la de­mande adres­sée aux en­tre­prises et cas­sant la crois­sance à court-moyen terme, ce qui a pous­sé le chô­mage à la hausse jus­qu’à la mi-2015. L’éco­no­mie fran­çaise a donc sur­tout en­cais­sé les ef­fets né­ga­tifs de la po­li­tique d’offre. Reste à sa­voir dans quelle me­sure les ef­fets po­si­tifs es­comp­tés à terme se­ront au ren­dez-vous.

A l’oc­ca­sion de ses voeux à la na­tion le 31 dé­cembre 2013, Fran­çois Hol­lande an­nonce la mise en oeuvre du pacte de res­pon­sa­bi­li­té.

Bru­no Du­cou­dré et Ma­thieu Plane, éco­no­mistes à l’OFCE, dé­par­te­ment ana­lyse et pré­vi­sion.

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