L’Eu­rope vic­time de sa po­tion amère bud­gé­taire

Prag­ma­tiques face à la crise des sub­prime, les Eu­ro­péens sont en­suite re­de­ve­nus trop tôt les gar­diens du dogme. La crois­sance s’en res­sent en­core.

Alternatives Economiques - Hors-Série - - Sommaire - OLI­VIER LA­COSTE

Aforce de lui faire su­bir des purges et des ponc­tions, il ar­ri­vait ja­dis que les mé­de­cins af­fai­blis­saient tel­le­ment le ma­lade qu’ils le fai­saient pé­rir. C’est ce qui a me­na­cé la crois­sance eu­ro­péenne ces der­nières an­nées. Un rap­pel de la chro­no­lo­gie des faits illus­tre­ra le cu­rieux diag­nos­tic fait par les Etats-membres. En 2007-2008, l’Union (comme le reste du monde) est frap­pée par une crise ma­jeure, dé­clen­chée dans le mar­ché im­mo­bi­lier amé­ri­cain et exa­cer­bée par une hy­per­tro­phie de l’en­det­te­ment pri­vé à l’oeuvre de­puis plu­sieurs an­nées. Les fi­nances pu­bliques sont ap­pe­lées à la res­cousse, pour sou­te­nir l’ac­ti­vi­té et, par­fois, sau­ver le sec­teur ban­caire. Du coup, le dé­fi­cit pu­blic se creuse et la dette pu­blique grimpe su­bi­te­ment. En la ma­tière, les évo­lu­tions ne sont ce­pen­dant pas plus graves en Eu­rope que dans le reste du monde.

Mais les Eu­ro­péens sont fo­ca­li­sés sur le res­pect de dif­fé­rents pla­fonds sor­tis d’un cha­peau : dé­fi­cit pu­blic de­vant re­ve­nir sous les 3 % du pro­duit in­té­rieur brut (PIB), dette pu­blique sous les 60 % du PIB. Pour ce faire, ils donnent un tour de vis bud­gé­taire dès 2011, trop tôt au re­gard des fon­da­men­taux éco­no­miques. Cette ri­gueur fut dé­ci­dée en ré­ac­tion à la di­ver­gence, à par­tir de fin 2009, des taux d’in­té­rêt sur les dettes sou­ve­raines des dif­fé­rents pays de l’Union. Le solde struc­tu­rel (c’est-àdire cal­cu­lé en neu­tra­li­sant l’im­pact de la con­jonc­ture) a été ra­me­né presque à zé­ro en zone eu­ro en 2012 et 2013.

Du coup, la crois­sance fut né­ga­tive en 2012 et 2013, et très faible en­suite. L’in­ves­tis­se­ment pu­blic re­pré­sente seule­ment 2,5 % du PIB en Eu­rope. Heu­reu­se­ment, la po­li­tique bud­gé­taire de l’Union est au­jourd’hui moins res­tric­tive. Ce­pen­dant, de­puis presque dix ans dans la zone eu­ro, c’est la Banque cen­trale eu­ro­péenne (BCE) qui porte à bout de bras l’ac­ti­vi­té, mise sous per­fu­sion mo­né­taire.

La Banque cen­trale eu­ro­péenne porte à bout de bras l’ac­ti­vi­té dans la zone eu­ro de­puis presque dix ans.

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