La pau­vre­té va-t-elle vrai­ment re­cu­ler ?

La baisse du nombre d’al­lo­ca­taires du RSA ne doit pas faire ou­blier que la pau­vre­té a beau­coup pro­gres­sé de­puis 2008.

Alternatives Economiques - Hors-Série - - Sommaire - LOUIS MAU­RIN

E ntre 2005 et 2015 (der­nière an­née connue), le taux de pau­vre­té au seuil de 60 % du re­ve­nu mé­dian (voir page 19) a pro­gres­sé de 13,3 % à 14,2 % et le nombre de pauvres de 7,9 à 8,9 mil­lions. La crise de 2008 est pas­sée par là. Pas seule­ment : la pau­vre­té se nour­rit aus­si d’évo­lu­tions dé­mo­gra­phiques, comme la crois­sance du nombre de fa­milles mo­no­pa­ren­tales ou l’ar­ri­vée d’im­mi­grés. Même si la France est bien moins ac­cueillante que ses voi­sins, ce­la a un im­pact.

De­puis 2015, l’ac­ti­vi­té donne des signes de redémarrage. Le chô­mage baisse len­te­ment ( voir page 15). Qu’en est- il de la pau­vre­té ? Im­pos­sible de le sa­voir avec pré­ci­sion puisque l’In­see ne pro­duit cette in­for­ma­tion que deux ans après l’an­née de per­cep­tion des re­ve­nus. Mais compte te­nu de l’évo­lu­tion de l’em­ploi, on de­vrait as­sis­ter à une amé­lio­ra­tion. Entre dé­cembre 2015 et dé­cembre 2016, le nombre de ti­tu­laires du re­ve­nu de so­li­da­ri­té ac­tive (RSA) a ain­si bais­sé de près de 100 000. C’est une bonne nou­velle après sept an­nées de pro­gres­sion. Mais at­ten­tion, ce re­cul est faible au re­gard de l’en­semble des ti­tu­laires : 1,75 mil­lion. Et au to­tal, 4 mil­lions de mé­nages sont al­lo­ca­taires d’un mi­ni­mum so­cial (vieillesse, adulte han­di­ca­pé, chô­meurs en fin de droit, etc.).

Il fau­drait des pro­grès au­tre­ment plus im­por­tants pour que le nombre de per­sonnes pauvres re­vienne ne se­rait- ce qu’à son ni­veau du dé­but des an­nées 2000. Dans les phases de re­prise, ce sont d’abord les plus em­ployables (sou­vent les moins dé­fa­vo­ri­sés) qui re­trouvent un poste ; l’ef­fet sur les plus pauvres ne se fait vrai­ment sen­tir que lors de phases de crois­sance forte et du­rable. Les po­li­tiques pu­bliques de com­pres­sion de la de­mande in­té­rieure consti­tuent une ma­chine à main­te­nir la pau­vre­té. Et même si re­prise il y avait, il fau­drait, pour voir une amé­lio­ra­tion franche, que les em­plois créés soient de vé­ri­tables em­plois et non des contrats pré­caires mal ré­mu­né­rés qui ne peuvent qu’ali­men­ter la pau­vre­té la­bo­rieuse.

Cayeux-sur-Mer (Somme). La France comp­tait 8,9 mil­lions de pauvres en 2015.

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