San­té : vers un sys­tème à deux vi­tesses

Dé­serts mé­di­caux, soins peu rem­bour­sés par la Sé­cu, es­sor de l’as­su­rance pri­vée…, notre sys­tème de san­té est de­ve­nu plus in­éga­li­taire. Il doit aus­si re­le­ver le dé­fi des ma­la­dies chro­niques.

Alternatives Economiques - Hors-Série - - Sommaire - CÉ­LINE MOUZON

L a loi san­té de 2015 n’a pas chan­gé la donne : le sys­tème de san­té fran­çais pour­suit sa marche vers une or­ga­ni­sa­tion des soins à deux vi­tesses. La part cou­verte par la Sé­cu­ri­té so­ciale, qui cor­res­pond à la part so­cia­li­sée où cha­cun contri­bue se­lon ses moyens et re­çoit se­lon ses be­soins, reste in­fé­rieure aux 80 % at­teints en 1980 : elle cou­vrait 76,8 % des frais en­ga­gés en 2015. Si ce chiffre est lé­gè­re­ment re­mon­té ces der­nières an­nées, ce­la est sur­tout dû à l’ac­crois­se­ment du nombre de per­sonnes at­teintes d’af­fec­tions de longue du­rée (ALD)* : can­cers, ma­la­dies car­dio-vas­cu­laires, dia­bètes, pa­tho­lo­gies men­tales graves, VIH, etc. Elles sont au­jourd’hui 12 mil­lions, soit 17 % des as­su­rés, contre 9,5 mil­lions en 2012 et 3,3 mil­lions en 1994. Cette ex­plo­sion des ma­la­dies chro­niques est cor­ré­lée aux condi­tions de vie, à l’ali­men­ta­tion, à l’en­vi­ron­ne­ment et au vieillis­se­ment de la po­pu­la­tion.

La Sé­cu­ri­té so­ciale concentre ses rem­bour­se­ments sur les soins lourds, comme les soins hos­pi­ta­liers, pris en charge à 91 %, contre moins de 50 % pour les soins de ville hors ALD. Le reste est sup­por­té par des ac­teurs pri­vés : mu­tuelles, ins­ti­tuts de pré­voyance, as­su­rances com­plé­men­taires ou usa­gers eux-mêmes di­rec­te­ment (le « reste à charge »). La part crois­sante des as­su­rances com­plé­men­taires dans la cou­ver­ture san­té, ac­cen­tuée par la gé­né­ra­li­sa­tion de la com­plé­men­taire san­té en en­tre­prise en vi­gueur de­puis jan­vier 2016, des­ti­née aux seuls sa­la­riés, creuse les in­éga­li­tés face à la san­té, au dé­tri­ment des plus pauvres, des étu­diants, des chô­meurs et des re­trai­tés.

Ces in­éga­li­tés sont ac­crues par les dé­serts mé­di­caux pour l’ac­cès aux gé­né­ra­listes et aux spé­cia­listes. Les dé­pas­se­ments d’ho­no­raires re­streignent aus­si de fait l’ac­cès aux soins d’une par­tie de la po­pu­la­tion. En 2014, ils re­pré­sen­taient plus de 2,8 mil­liards d’eu­ros, contre 900 mil­lions en 1990.

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