Tel père, tel fils ?

La mo­bi­li­té so­ciale n’est pas blo­quée en France, mais l’in­éga­li­té des chances reste mar­quée. En par­tie du fait d’un sys­tème sco­laire qui reste éli­tiste.

Alternatives Economiques - Hors-Série - - Sommaire - L. M.

L a des­ti­née so­ciale des in­di­vi­dus reste pro­fon­dé­ment mar­quée par les in­éga­li­tés. En 2014, la moi­tié des en­fants de cadres su­pé­rieurs étaient eux­mêmes de­ve­nus cadres su­pé­rieurs. Les trois quarts étaient soit cadres su­pé­rieurs, soit pro­fes­sions in­ter­mé­diaires. Seuls deux sur dix étaient de­ve­nus ou­vriers ou em­ployés. A l’autre bout de la hié­rar­chie so­ciale, la pro­ba­bi­li­té de mon­ter est tout aus­si faible que celle de des­cendre pour les plus fa­vo­ri­sés. La moi­tié des en­fants d’ou­vriers l’est aus­si et moins d’un sur dix est de­ve­nu cadre.

Pour au­tant, l’as­cen­seur so­cial n’est pas blo­qué. Les deux tiers des fils de 30 à 59 ans n’ap­par­te­naient pas à la ca­té­go­rie so­ciale de leur père. Le ni­veau très éle­vé du chô­mage donne l’im­pres­sion d’une so­cié­té fi­gée alors que le pro­ces­sus de créa­tion d’em­plois conti­nue. Même si c’est plus len­te­ment que du­rant les Trente Glo­rieuses, la so­cié­té fran­çaise se trans­forme tou­jours. Les des­tins so­ciaux des ca­té­go­ries in­ter­mé­diaires sont moins fi­gés. Ain­si par exemple, 42 % des en­fants d’em­ployés ont grim­pé dans la hié­rar­chie so­ciale pour at­teindre un poste de cadre su­pé­rieur (16 %) ou de pro­fes­sion in­ter­mé­diaire (26 %).

Res­tent plu­sieurs points d’ombre. Tout d’abord, le dé­ca­lage entre le dis­cours ré­pé­té sur l’éga­li­té des chances et la réa­li­té des par- cours. En par­tie du fait du sys­tème édu­ca­tif fran­çais qui, s’il n’est pas la ca­ri­ca­ture qu’on en fait, fa­vo­rise les plus fa­vo­ri­sés. En­suite, la sta­bi­li­té so­ciale ac­tuelle contraste avec la forte pro­gres­sion de la mo­bi­li­té au cours des an­nées 1960 et 1970, alors même qu’au cours des dé­cen­nies sui­vantes l’élé­va­tion des ni­veaux de qua­li­fi­ca­tion s’est pour­sui­vie avec un fort in­ves­tis­se­ment édu­ca­tif. Ain­si, une par­tie de la jeu­nesse est « dé­clas­sée » et n’ar­rive pas à la po­si­tion so­ciale à la­quelle elle pour­rait pré­tendre du fait de son di­plôme.

En­fin, toutes les don­nées sur la mo­bi­li­té so­ciale portent sur des gé­né­ra­tions re­la­ti­ve­ment an­ciennes, nées entre les an­nées 1950 et 1980 : elles ne disent rien du sort des plus jeunes, dont on a de bonnes rai­sons de pen­ser qu’il est bien moins fa­vo­rable.

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