La guerre du trois au­ra-t-elle lieu ?

Alternatives Economiques - Hors-Série - - Sommaire -

C ’est le nombre d’or, la va­leur ab­so­lue de la po­li­tique éco­no­mique. Grâce aux me­sures à ef­fet im­mé­diat dé­ci­dées pen­dant la trêve es­ti­vale – dont la baisse des aides au logement –, le dé­fi­cit pu­blic de­vrait être ra­me­né dès 2017 sous la barre des 3 % du pro­duit in­té­rieur brut (PIB). Que la France se tienne sous ce seuil et tout ira mieux : les in­ves­tis­seurs se­ront ras­su­rés, les ca­pi­taux af­flue­ront et les pays par­te­naires de la zone eu­ro, à com­men­cer par l’Al­le­magne, écou­te­ront la voix d’une puis­sance en­fin ir­ré­pro­chable.

Tout à la ju­bi­la­tion de sor­tir du cô­té obs­cur des 3 %, on en ou­blie que ce chiffre ne re­flète pas vrai­ment ce que les pays de l’Union de­vraient faire ou non compte te­nu de leur si­tua­tion ob­jec­tive. Cette règle ri­gide, fixée a prio­ri, ex­prime sur­tout le manque d’un cadre éco­no­mique et fis­cal com­mun, per­met­tant aux pays eu­ro­péens d’adap­ter ef­fi­ca­ce­ment leur po­li­tique bud­gé­taire aux réa­li­tés du mo­ment.

Fort d’un bon ali­gne­ment des pla­nètes – une in­dé­niable re­prise éco­no­mique, des prix de l’éner­gie conte­nus, des taux de change fa­vo­rables –, Em­ma­nuel Ma­cron a dé­ci­dé d’al­ler plus loin, et vite. Ob­jec­tif : zé­ro dé­fi­cit ou presque à la fin du quin­quen­nat. D’où un pro­gramme de baisse des dé­penses pu­bliques qui at­tein­dra 3 points de PIB (près de 70 mil­liards d’eu­ros par an) en 2022. Car consa­crer 55 % du PIB à la dé­pense pu­blique, c’est mal. Peu im­porte si ce ni­veau, éle­vé par rap­port à la moyenne des pays riches, ex­prime sur­tout le fait qu’on mu­tua­lise en France plus qu’ailleurs les dé­penses de san­té, d’édu­ca­tion et de prise en charge de nos pa­rents âgés. Ju­pi­ter l’a dit, Ju­pi­ter le veut, ce se­ra 3 points de moins, un point c’est tout !

Certes, ce gros ef­fort de­man­dé aux Fran­çais – qui af­fec­te­ra sur­tout les trans­ferts so­ciaux et donc, en pre­mière ligne, les plus mo­destes – va être en par­tie com­pen­sé. D’une part, avec un plan d’in­ves­tis­se­ment de 57 mil­liards d’eu­ros sur cinq ans, dont une par­tie si­gni­fi­ca­tive cor­res­pond ce­pen­dant au re­dé­ploie­ment de cré­dits exis­tants. D’autre part, par une baisse des pré­lè­ve­ments obli­ga­toires, avec 10 mil­liards re­dis­tri­bués dès 2018. Avec une par­ti­cu­la­ri­té : cet ar­gent ira pour l’es­sen­tiel aux 10 % les plus riches. Grâce à cette manne, ils sont cen­sés in­ves­tir da­van­tage dans l’éco­no­mie, ce qui per­met­trait de créer des em­plois nou­veaux et pro­fi­te­rait in fine aux pauvres…

Cette équa­tion peut-elle fonc­tion­ner ? Se­lon l’OFCE, les ef­fets ré­ces­sifs de cette po­li­tique – in­duits prin­ci­pa­le­ment par la baisse de 3 points de la dé­pense pu­blique – l’em­por­te­ront, avec pour ré­sul­tat fi­nal une crois­sance moindre que si ces me­sures n’avaient pas été prises. Pas sûr, donc, que creu­ser les in­éga­li­tés soit la meilleure fa­çon de mettre la France sur la voie d’une crois­sance du­rable, d’une baisse per­sis­tante du chô­mage et d’une di­mi­nu­tion de sa dette.

Les chiffres de l’éco­no­mie 2018 Al­ter­na­tives Economiques - hors-sé­rie n° 112

Creu­ser les in­éga­li­tés ne re­met­tra pas sur la voie d’une crois­sance du­rable

AN­TOINE DE RAVIGNAN

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