Fo­cus Mai­son Ch­ris­tian La­croix

Apollo Magazine - - Sommaire - Par Ju­lie San­so­net­ti

IL ÉTAIT TEMPS DE RE­DÉ­COU­VRIR LA MODE, LE LI­FE­STYLE, SOUS UN NOU­VEL ANGLE. POUR LES TRENTE ANS DE LA MAI­SON CH­RIS­TIAN LA­CROIX, SA­CHA WALCKHOFF, LE DI­REC­TEUR AR­TIS­TIQUE DE LA MARQUE, S’EST AS­SO­CIÉ à L’AR­TISTE AMÉ­RI­CAIN AUX MAINS D’AR­GENT BRIAN KEN­NY. EN­SEMBLE, ILS CRÉENT UNE COL­LEC­TION CAP­SULE CERTES VI­TA­MI­NÉE, EN­THOU­SIASME ÉTER­NEL EX­PRI­MÉ SANS RE­LÂCHE DE­PUIS LES AN­NÉES 1990. SEULE­MENT, AU­CUNE ILLUS­TRA­TION, AU­CUN TRAIT, NI AU­CUN APLAT DE COU­LEUR N’EST LAIS­SÉ AU HA­SARD. LE FRUIT DÉ­FEN­DU DE L’OU­VER­TURE D’ES­PRIT SUR DE NOM­BREUSES VA­LEURS CONTEM­PO­RAINES S’EX­PRIME, VA­LEURS QUI CHOQUENT EN­CORE, BIEN LOIN DU MASQUE ES­TAM­PILLÉ « MO­DER­NI­TÉ », DE­VANT LE VRAI VI­SAGE DE LA DÉ­MO­CRA­TIE. SI LE MAR­KE­TING NOUS VEND DE LA TENDANCE HOMME/FEMME/ EN­FANT, GRANDE TAILLE/PE­TITE TAILLE, TROP GROS, TROP GRAND, TROP MAIGRE, TROP GAY, Où EST PAS­SÉ LA NO­TION D’HU­MA­NI­TÉ ÉGA­LI­TAIRE ET FRA­TER­NELLE ? à LA DÉ­COU­VERTE DE CE QUE L’IN­DI­VI­DUA­LI­TÉ EST, BIEN LOIN DES CLI­CHÉS STÉRÉOTYPÉS, NOUS AVONS PAR­LÉ D’AN­NI­VER­SAIRE (UN PEU) ET DE DI­VER­SI­TÉ (BEAU­COUP) AVEC SA­CHA ET BRIAN. REN­CONTRE AU SOM­MET D’UNE PHI­LO­SO­PHIE DE VIE QUI AS­SOIT AVANT DE DE­VE­NIR SIENNE, VERS UNE VO­LON­TÉ LAÏQUE DE (RE)DE­VE­NIR SOI. AVEC DU CH­RIS­TIAN LA­CROIX, IN­DEED.

« Ne pas se re­tour­ner sur le pas­sé »

En trente an­nées, La Mai­son Ch­ris­tian La­croix a vé­cu ce que la mode et le li­fe­style ont de plus am­bi­tieux. Ici, mo­ti­va­tion, créa­ti­vi­té riment avec fé­ro­ci­té : des an­nées de « Su­perbe » au « Su­blime », ad­jec­tif vo­lé au vo­ca­bu­laire de l’art pour des ta­bleaux aus­si beaux qu’ils sont ef­frayants, il n’y a qu’un seul pas. Et tré­bu­cher est fa­cile. Mais il est une no­tion qui sub­siste à la mo­ro­si­té des temps mo­dernes pour ceux qui dé­cident de vivre dans un monde de seule sur­vi­vance, et ce­la s’ap­pelle la ré­si­lience. Pou­voir en­core don­ner du po­si­tif quand tout pousse à se trans­for­mer en ce que l’en­tou­rage nous voit exis­ter, sou­vent dans un sens dé­va­lant les som­mets que l’on cherche à at­teindre.

Cet as­pect des tem­pé­ra­ments hu­mains rap­prochent. Dans le cas de Sa­cha Walckhoff et Brian Ken­ny, l’un DA de Ch­ris­tian La­croix, l’autre ar­tiste contem­po­rain ba­sé à New York, leurs his­toires se sont croi­sées et les ont ame­nées à col­la­bo­rer pour l’an­ni­ver­saire de la Mai­son, avec une col­lec­tion cap­sule met­tant en avant ce que La­croix sym­bo­lise de va­leurs es­sen­tielles.

Car il n’est nul­le­ment ques­tion de re­tra­vailler sur ce qui a été fait un jour ici ou ailleurs, le but pour les deux créateurs était de, d’abord, se faire mu­tuel­le­ment confiance, puis, en­suite, avoir cette ou­ver­ture d’es­prit né­ces­saire pour com­mu­ni­quer dans la même di­rec­tion, et ain­si lais­ser libre cours aux hommes de ta­lent.

« The ener­gy to be who he real­ly is »

Ce qui se dé­gage de ces créa­tions ex­clu­sives, à y re­gar­der de plus près, au-de­là de l’es­thé­tisme du pre­mier abord, c’est l’hon­nê­te­té du geste. Rare et chère dans un monde de fri­vo­li­té, le tout est de peindre une vérité, leur vérité, qui part d’une dua­li­té an­crée de chaque part.

Ch­ris­tian La­croix, c’est une iden­ti­té forte, de la cou­leur, de la joie de vivre, re­trans­crites sur de la mode Homme et du li­fe­style, en gar­dant ce que Mon­sieur La­croix a lais­sé par le pas­sé, des archives et de pro­fonds concepts d’hu­ma­ni­té. Brian Ken­ny est un ar­tiste qui a gran­di dans une fa­mille amé­ri­caine conser­va­trice. Et puis, l’âge fai­sant, les pre­miers émois n’étaient pas ceux at­ten­dus par cet en­tou­rage. Ils étaient autres, plu­riels, « flexibles » comme il s’amuse à nous le dire. L’art est alors non pas « exu­toire » comme il est sou­vent consi­dé­ré gé­né­ri­que­ment. Dans un corps et un es­prit to­ta­le­ment as­su­més, l’art est tout sim­ple­ment une conti­nui­té de son être, un moyen d’ex­pres­sion à part en­tière, ce qui per­met à ce créa­teur de tou­cher à tous les sup­ports, sans jamais perdre d’ins­pi­ra­tion, car ins­pi­ra­tion égale vivre, en toute lo­gique.

Il crée à l’ins­tant, comme La­croix en son temps, en en­ga­geant toute sa vérité d’ar­tiste pour don­ner vie à une oeuvre, ou par­fois trans­for­mer une seule pen­sée en quelque chose de no­va­teur.

« Fa­shion is about trans­for­ma­tion »

La trans­for­ma­tion, voi­là ce qui anime les deux en­ti­tés créa­trices de cette saison. Au-de­là de ce que re­pré­sente celle de la mode, du li­fe­style, du ma­té­riel en somme, c’est l’idée de se re­nou­ve­ler sans cesse et de pou­voir être plu­sieurs en un seul corps qui im­porte. Pas schi­zo­phré­nie, non, pas bi­po­la­ri­té, que nen­ni. Nous par­lons ici de la ca­pa­ci­té de l’être hu­main à ne pas se lais­ser ac­ca­pa­rer par une seule dé­fi­ni­tion de lui.

Comme si l’homme, la femme, le neutre – oui, car il se­rait temps de consi­dé­rer cette iden­ti­té à l’égal de la bi­na­ri­té po­li­ti­que­ment cor­recte – étaient dans l’obli­ga­tion de suivre à la lettre ce que l’édu­ca­tion, la fa­mille, la pa­trie, dictent dans toutes les fanges d’une so­cié­té ca­té­go­ri­sée.

Pa­roxysme de la trans­for­ma­tion, voi­ci ve­nu le temps de rendre hom­mage dans cette dis­cus­sion à ceux qui portent en eux plu­sieurs sexes, en se lais­sant la chance de les lais­ser vivre, jus­qu’à l’anéan­tis­se­ment d’un pre­mier bio­lo­gique au pro­fit d’un se­cond choi­si. Cette fas­ci­na­tion est alors al­lè­gre­ment mise en re­lief par nos deux in­ter­lo­cu­teurs, qui voient en cette prouesse la ca­pa­ci­té sur­hu­maine de l’hu- main qui sait alors im­po­ser sa place mal­gré sa dif­fé­rence, dans un qu’« en-di­ra-t-on » ha­bi­tué à faire de l’étran­ger un vul­gaire ob­jet de foire.

« So­cial rules are just so­cial rules »

Si le point de dé­part de notre ren­contre était un an­ni­ver­saire de taille au­tour des trente an­nées d’ex­pé­rience de la marque Ch­ris­tian La­croix, nous res­sor­tons de ce mo­ment avec l’image d’un nou­veau monde, à la hau­teur d’un Hy­pé­rion ro­ma­nesque, ce­lui mis en forme par deux gé­né­ra­tions d’ar­tistes, deux in­di­vi­dus at­teints par la pas­sion de leurs mé­tiers, puis, in fine, celle d’une hu­ma­ni­té en qui il est urgent d’avoir en­core foi.

Fer­veur ag­nos­tique, un vent in­no­vant souffle en cette saison sur la sphère du mode de vie, ce­lui que l’on achète, cou­plé à ce que l’on choi­sit de trans­po­ser à son exis­tence, en cô­toyant notre propre fé­ro­ci­té, pour de­ve­nir meilleur, sans nulle autre éti­quette res­tric­tive, en­fin.

Col­lec­tion Ch­ris­tian La­croix x Brian Ken­ny, à dé­cou­vrir sur le site ch­ris­tian-la­croix.com.

Brian Ken­ny, ar­tiste à suivre, @brian­ken­ny sur son Ins­ta­gram.

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