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Apollo Magazine - - Interview Créateur -

Ma première ques­tion n’est pas des plus ori­gi­nales, mais qu’est-ce qu’un ? Ch­ris­tian Bal­les­trin : (Dans un an­glais im­pec­cable, mais avec un ac­cent bré­si­lien très chan­tant, il est as­sis en face de moi dans un ca­fé à l’opé­ra. De sa main gauche, il touche une cor­de­lette bleue en tis­su qui se trouve à son cou. On y dé­cèle, at­ta­ché, un pe­tit pen­den­tif car­ré en or. Il re­tourne le col­lier pour me mon­trer qu’un autre pe­tit car­ré se trouve à l’ar­rière.).

L’es­ca­pu­la­rio est le col­lier le plus connu dans la culture et la tra­di­tion bré­si­lienne. Le nom vient du la­tin et veut dire « épaules ». Deux pen­dants sont rat­ta­chés à une corde : tra­di­tion­nel­le­ment une Vierge Ma­rie et un pe­tit Jé­sus. C’est comme un porte-bon­heur. C’est un ob­jet re­li­gieux alors ?

C.B. : Oui et non. C’est de tra­di­tion catholique, oui, mais c’est plu­tôt un ob­jet de pro­tec­tion. Comme un ta­lis­man. Le pen­dant de de­vant pro­tège et guide nos pas et ce­lui à l’ar­rière pré­vient des mau­vaises au­gures et du pas­sé. Mais votre est dif­fé­rent à ce que je vois, non ? C.B. : J’ai vou­lu ré­in­ven­ter le concept. En faire un ta­lis­man de pro­tec­tion, certes, mais un ob­jet tendance à la fois. Et sur­tout qui touche tout le monde, que tu sois croyant ou non. C’est de la spi­ri­tua­li­té en fait. Mes es­ca­pu­la­rio sont at­ta­chés à des cor­de­lettes co­lo­rées. Cha­cune a un sens, comme le rouge pour l’amour par exemple. Les pen­dants, eux, sont des mo­dèles ca­tho­liques, boud­histes, ara­bo-mu­sul­mans, juifs, etc. J’ai­me­rais même en faire avec les sym­boles égyp­tiens. Comment vous est ve­nue l’idée de ré­cu­pé­rer ce bi­jou tra­di­tion­nel et d’en faire un bi­jou à la mode ?

C.B. : À dix-sept ans, j’ai fait un road­trip en Eu­rope. Pen­dant ce voyage « ini­tia­tique » (rires), je por­tais un es­ca­pu­la­rio et tout le monde me di­sait : « Whaou, il est su­per beau, ça vient d’où ? C’est quoi exac­te­ment ? ». Et puis, la vie a conti­nué. J’ai tra­vaillé comme in­for­ma­ti­cien – j’ai fait des études dans ce sens au Bré­sil – pen­dant treize ans en Aus­tra­lie, mais je n’étais pas très heu­reux. Du coup, je suis par­ti trois mois à Ba­li et là j’ai eu cette idée. Mais je ne l’ai mise en pra­tique que quelques an­nées plus tard, en 2012, quand j’ai dé­mé­na­gé à Londres avec deux va­lises. Après un pas­sage à Pa­ris, car j’adore Pa­ris. Quel est votre rêve au­jourd’hui ?

C.B. : J’ai fait une for­ma­tion en joaille­rie que j’ai ter­mi­née il y a deux ans, pour ap­prendre les ma­tières, les ma­chines et le mé­tier tout sim­ple­ment. J’ai lan­cé mon site in­ter­net ( bal­les­trin.com) qui sert aus­si de pla­te­forme d’achat pour mes bi­joux. J’ai trou­vé un col­la­bo­ra­teur au Bré­sil avec qui je tra­vaille et qui fa­brique mes pen­dants, que je monte à Londres. Je vou­lais tra­vailler avec le Bré­sil, comme un re­tour aux sources, mais aus­si pour ai­der les gens de mon pays... J’ai, éga­le­ment, des bou­tiques à Pa­ris, Rome et Ma­jorque qui vendent mes col­liers. Et puis je fais tout tout seul. Du coup, il faut faire aus­si at­ten­tion... J’ai quand même la chance d’avoir des amis dans le monde en­tier qui pu­blient sur mon Ins­ta­gram, ce qui me donne en­core plus de vi­si­bi­li­té.

Mes es­ca­pu­la­rio sont co­lo­rés, mul­ti­cul­tu­rels, tendance, et j’es­père avec du sens. En tout cas, l’idée est là.

Mon rêve ? Je fais un mé­tier-pas­sion qui ne me de­mande pas de vivre dans un en­droit pré­cis. Du coup, je vou­drais conti­nuer à voya­ger, me nour­rir de ce que je vois, des gens que je ren­contre, et mettre tout ce­la dans mes bi­joux. C’est ça mon rêve, tout sim­ple­ment...

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