AMIR AMIR KA­CEM EL EL KA­CEM

At­ta­chant...

Apollo Magazine - - Personnalité -

Rdv 15 heures au Ca­fé de la Paix. La jour­née est en­so­leillée. J’aper­çois, at­ta­blé le long de la baie vi­trée, un jeune homme au sou­rire lu­mi­neux. L’in­ter­view s’en­chaîne comme une conver­sa­tion entre amis. Der­rière une lé­gère ti­mi­di­té, je dé­couvre son co­té char­mant et humble. Conscient de qui il est et du monde dans le­quel nous vi­vons, il ne se ra­conte pas d’his­toire, mais va de l’avant et se veut op­ti­miste quant à l’ave­nir. Ou­vert aux autres et to­lé­rant, il parle avec hu­mour de ce que nous ap­pe­le­rons « la bê­tise hu­maine ». Tête-à-tête avec un ac­teur bien dans son époque. Com­men­çons par par­ler de votre actualité ... Ami­rel­ka­cem: Je viens de ter­mi­ner le tour­nage d’ab­del­ka­der et la Com­tesse, le qua­trième long mé­trage d’isa­belle Do­val ( Rire et Châ­ti­ment, Fon­zy, Un châ­teau en Es­pagne), aux cô­tés de Char­lotte de Turck­heim. C’est mon pre­mier rôle im­por­tant au ci­né­ma et une très belle ex­pé­rience.

Pou­vez vous nous par­ler de votre per­son­nage? A.EL.K.: J’in­ter­prète un jeune homme, en­fant d’un mi­lieu plu­tôt mo­deste, qui très tôt s’est in­té­res­sé à l’art. Un in­ci­dent de par­cours l’amène dans un centre de ré­in­ser­tion fi­nan­cé par une com­tesse avec la­quelle il se lie d’une cer­taine façon d’ami­tié. Ce sont alors deux uni­vers qui se ren­contrent et qui, au fond, ne sont pas si dif­fé­rents... Pour le reste, il fau­dra al­ler voir le film !

Dans la vie êtes-vous du genre à cas­ser les codes? A.EL.K.: Oui, d’une cer­taine façon j’adore ce­la. Ce­ci étant, je ne sau­rais vous dire si je les casse vo­lon­tai­re­ment ou si ce­la est dû à l’édu­ca­tion que j’ai re­çue... La ques­tion reste en­tière. J’ai eu la chance de vivre dans deux mondes dif­fé­rents. Je suis né à Pa­ris, rue Ma­de­moi­selle dans le XVE, donc dans les beaux quar­tiers comme on dit. Plus tard, la vie a fait que nous avons été obli­gé de par­tir pour Bor­deaux, où nous avons vé­cu dans une ban­lieue agréable, mais pour moi qui ar­ri­vait de Pa­ris, la vie a été cham­bou­lée, les codes n’étaient plus les mêmes et il a fal­lu que je m’adapte. Grace à ma ma­man, qui m’a trans­mis l’amour des mots, des belles lettres et m’a don­né une bonne édu­ca­tion, j’ai tout de même gran­di dans une sorte de co­con qui m’a per­mis de faire des études et de ne pas être juste un pe­tit « re­beu » sym­pa. Ce que j’aime en fait c’est sor­tir des cases trop sou­vent im­po­sées par notre so­cié­té. Je pense que quelques soient nos ori­gines, notre classe so­ciale, notre re­li­gion ou notre cou­leur de peau, tout est une ques­tion de pos­ture. Chaque hu­main peut bien se te­nir et res­pec­ter les autres. Je m’ap­plique à évi­ter le piège de la ca­ri­ca­ture, des lieux com­muns et des cli­chés, tant dans la vie de tous les jours que dans mon mé­tier, et ce n’est pas tou­jours évident croyez-moi.

Est-ce à dire que si l’ on vous pro­pose un rôle avec un jo­li ca­chet pour in­ter­pré­ter le«reb eu» de ser­vice, vous re­fu­se­riez?

A.EL.K.: Ab­so­lu­ment. Jouer une ra­caille pour jouer une ra­caille juste à cause de mes ori­gines n’a au­cun in­té­rêt. Et sin­cè­re­ment nul be­soin d’être Arabe pour être une ra­caille, sauf évi­dem­ment si on plonge dans les sté­réo­types. En re­vanche, si le ca­rac­tère et l’évo­lu­tion du per­son­nage sont in­té­res­sants, alors là, pas de pro­blème.

Vos ori­gines vous ont-elles sou­vent cau­sé des dif­fi­cul­tés dans votre vie au quo­ti­dien?

A.EL.K.: Bien évi­dem­ment, ce­la m’est ar­ri­vé, mais je pense que grâce à mon édu­ca­tion j’ai eu la chance de pas­ser entre les mailles du fi­let, même si au­jourd’hui en­core il m’ar­rive de sen­tir un peu d’ani­mo­si­té de la part de cer­taines per­sonnes dans cer­tains en­droits, comme le lieu où nous nous trou­vons où l’ac­cueil qui m’a été ré­ser­vé était à la li­mite de l’im­po­li­tesse... Mais je pré­fère ne pas re­le­ver ce genre d’at­ti­tudes.

Le ci­né­ma, pour vous, évi­dence ou ha­sard dans votre vie?

A.EL.K.: Ce se­rait da­van­tage le théâtre qui, très vite, est de­ve­nu une évi­dence pour moi. C’était au CE2, je par­ti­ci­pais au spec­tacle de fin d’année, j’in­ter­pré­tais le fou du roi et croyez moi il fal­lait l’as­su­mer. Mais pour la première fois, moi qui était un grand ti­mide, je me suis sen­ti à l’aise, je me suis ou­blié et j’étais très heu­reux. Je n’ai pas tout de suite com­pris que ce­la pou­vait être un mé­tier. Quelques an­nées ont donc pas­sé avant qu’au col­lège je par­ti­cipe à dif­fé­rentes ani­ma­tions. Mais pour mes pa­rents c’était « Passe ton bac d’abord ! ». Après quoi je me suis ins­crit en psy­cho, mais j’ai vite com­pris que là n’était pas ma voix, il me man­quait ce pe­tit truc qui pou­vait me faire vi­brer. J’ai donc dé­ci­dé de re­tour­ner à Pa­ris où je me suis ins­crit aux Cours Florent. J’ai à cette époque-là beau­coup ap­pris sur moi.

Que conseille riez-vous à quel­qu’ un qui vous di­rait :« je rêve d’ être ac­teur »? A.EL.K.: Je lui conseille­rais de com­men­cer par s’in­ter­ro­ger sur ses mo­ti­va­tions à de­ve­nir ac­teur. Si celles-ci sont réelles, je lui di­rais de trou­ver une bonne école pour com­men­cer par prendre des cours, pour ap­prendre à se connaître, à se confron­ter aux autres. Et lire beau­coup, être cu­rieux de tout, car nour­rir et ali­men­ter son ima­gi­naire est pri­mor­dial dans ce mé­tier.

Pen­sez-vous quel’ on puisse avoir l’ en­vie et pas le ta­lent?

A.EL.K.: Oui, je pense sur­tout qu’il y a des gens fait pour ce­la et d’autres pas. Il y a des gens pour qui « jouer » est vi­tal, qui ont une vé­ri­table ai­sance sur scène ou de­vant une ca­mé­ra. Mais ces gens-là tra­vaillent aus­si beau­coup.

Théâtre, ci­né­ma, web,tv...qu elle est la dis­ci­pline qui ...?

A.EL.K.: Sans hé­si­ter, je vous dis que c’est au théâtre que je me sens le plus à l’aise. J’aime le contact di­rect avec le pu­blic. J’aime les en­tendre, les sen­tir

J’ai une ex­cel­lente mé­moire.

res­pi­rer, ré­agir, ce­la se passe juste là. Le ci­né­ma de­mande une cer­taine ri­gueur, car les jour­nées sont longues, on re­fait les scènes, au bas mot, une qua­ran­taine de fois en­vi­ron pour en ti­rer le meilleur. Il faut donc te­nir et être ca­pable à chaque prise de don­ner le meilleur de soi-même. En ce­la, je pense sou­vent à Isa­belle Hup­pert qui un jour dans une in­ter­view a dit : « Être ac­trice, c’est trou­ver une chaise et s’as­soir » et ce n’est pas faut, car il faut sa­voir at­tendre.

Quels sont vos atout sen­tant que co­mé­dien?

A.EL.K.: J’ai une ex­cel­lente mé­moire. Mon phy­sique est éga­le­ment un atout non né­gli­geable (rires), et en­fin j’ai au­jourd’hui une réelle ai­sance sur un pla­teau car je ne me pose plus au­cune ques­tion de lé­gi­ti­mi­té sur le fait d’être là où je suis.

Quels­sont­les­réa­li­sa­teur­sa­ve­cles­quels­vous­rê­vez­de­tour­ner?

A.EL.K.: J’ado­re­rais tra­vailler avec Em­ma­nuelle Ber­cot, je ne sau­rais dire exac­te­ment pour­quoi, mais j’aime ses uni­vers.

Unac­teu­ra­vec­qui­vou­sai­me­riez­par­ta­gerl’af­fiche?

A.EL.K.: Oui ! Ri­chard Boh­rin­ger, je pense que c’est un ac­teur et un homme très gé­né­reux.

En­fant,étiez-vous­fan­de­ci­né­ma?et­sioui­quel­sé­taient­le­sac­teurs­qui­peu­tê­tre­vou­sont­fas­ci­nés?

A.EL.K.: Je ne sais pas si je peux pré­tendre avoir été fan de ci­né­ma lorsque j’étais en­fant, mais mon père, qui a beau­coup voya­gé, a éga­le­ment beau­coup par­ta­gé avec nous cette culture qu’il pou­vait rap­por­ter d’ailleurs. C’est ain­si que j’ai ap­pris à dé­cou­vrir et à ai­mer le jazz, Bras­sens, Bour­vil, de Fu­nès. Il était aus­si fan de wes­terns et je ne sau­rais vous dire com­bien de fois il nous a fait re­gar­der Le bon, la Brute et le Truand (de Ser­gio Leone).

On me dit sou­vent que je res­semble à Ro­sch­dy Zem. C’est pour moi un com­pli­ment car c’est un ac­teur que j’ad­mire beau­coup.

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