Tarte à la crème

Architecture Durable - - Tendance -

Per­sis­tente com­plainte sur­an­née de la fin de siècle, la li­ta­nie sur l'af­flux d'an­gli­cismes en fran­çais tin­tin­na­bule de plus belle dans le do­maine de la construc­tion. On pressent un phé­no­mène in­va­sif, mais il en va bien au-de­là, trente ans après, de l'émoi Tou­bo­nesque pour les walk­men que le mi­nistre vou­lait en­voyer ba­la­der. Plus qu'un phé­no­mène lin­guis­tique qui vaut à l'an­glais une in­juste mise à l'in­dex, il en re­lève plus gra­ve­ment d'une oc­clu­sion de lan­gage ma­chine dans nos ma­nières d'ap­pré­hen­der et de dé­fi­nir le monde - et fi­na­le­ment de le gé­rer. Que l'Ordre des Ar­chi­tectes plus que d'y prê­ter le flanc, en soit le fer de lance, sous forme d'in­va­gi­na­tion struc­tu­relle, via la pro­mo­tion in­jonc­tive du BIM, est da­van­tage conster­nant. BIM voi­là la tarte à la crème de l'in­gé­nie­rie mon­dia­li­sée in­for­ma­tique que l'Ordre des Ar­chi­tectes nous in­vite à em­bras­ser - dé­jà mise en ac­tion pour les mar­chés pu­blics, dis­cri­mi­na­tion sur­en­ché­rie par ou­tils mé­tiers. Buil­ding In­for­ma­tion Mo­de­ling. On ne prend même plus la peine de faire sem­blant de re­layer avec un acro­nyme fran­çais - la MIB ? Ma­quette d'in­for­ma­tion pour le Bâ­ti­ment ! Une boîte dé­ve­lop­pant le lo­gi­ciel en­va­hit dé­jà les malles élec­tro­niques des maîtres d'oeuvre - banque de don­nées ou­verte par l'Ordre lui-même. On en­ré­gi­mente, et il fau­dra cra­cher en­core au bas­si­net, en for­ma­tions, le phan­tasme du to­tal contrôle, to­tal re­call au quo­ti­dien. Par­fois, mais beau­coup moins main­te­nant que nous avons mis au point une mé­thode. Votre fran­çais n'est pas en cause. Réa­li­ser une tra­duc­tion tech­nique de bonne qua­li­té de­mande un sa­voir faire lin­guis­tique, une connais­sance tech­nique et pra­tique du su­jet trai­té, et bien sûr du temps (par­fois beau­coup).

En pre­mier lieu, vé­ri­fier si le texte ori­gi­nal (texte source) est com­pré­hen­sible. Si c'est le cas, tra­duire le sens gé­né­ral (pas tout à fait du mot à mot, mais presque, c'est le pre­mier jet), contrôle et conver­sion des uni­tés de me­sure (en sys­tème mé­trique dans notre cas), puis re­prise de l'en­semble pour que le ré­sul­tat soit ré­di­gé en fran­çais (il faut sou­vent adap­ter des ex­pres­sions in­tra­dui­sibles) et tech­ni­que­ment viable (en­tendre ap­pli­cable). Le ré­sul­tat est alors à peu près propre. Dans les faits, il faut sou­vent ré­vi­ser le texte plu­sieurs fois en pre­nant en compte les re­tours clients (plus ou moins dé­taillé, plus ou moins ima­gé), se­lon le ni­veau tech­nique du des­ti­na­taire. Ce qui est très chro­no­phage (et donc coû­teux), et ex­plique pour­quoi les tra­duc­tions de ma­nuels sont par­fois ré­di­gées d'étrange ma­nière, voir illi­sibles (tra­duc­tion réa­li­sée en uti­li­sant Google ou autre lo­gi­ciel de tra­duc­tion par exemple, et non re­lues). C'est sou­vent le cas lorsque le pro­duit est très bon mar­ché et d'ori­gine exo­tique.

Une der­nière (en fait, le tout pre­mier contrôle réa­li­sé sur le manuel-source), sa­voir si le texte source est la source, ou s'il est le ré­sul­tat d'une autre tra­duc­tion… Dans la plu­part des cas, le manuel est re­fait de A à Z, après une mise en oeuvre du pro­duit en live, ce qui est le plus ef­fi­cace et le plus éco­no­mique. Vé­ri­fiez que le manuel est li­sible (pour vous) avant d'ache­ter le pro­duit, sur­tout si vous vou­lez le mettre en oeuvre par vous-même et que vous n'êtes pas ex­pé­ri­men­té dans le do­maine concer­né. Simple ne veut rien dire, c'est une no­tion re­la­tive. Faute de quoi, la plai­sante pa­ren­thèse de 2 heures de bri­co­lage pré­vue le sa­me­di ma­tin de­vient les 12 tra­vaux d'Her­cule, avec nom d'oi­seaux et jurons, au mieux. Au pire, le truc reste en plan jus­qu'à ob­te­nir des ex­pli­ca­tions du ser­vice tech­nique, man­da­ter un pro­fes­sion­nel (qui vous coûte un bras), ou fi­nir tout sim­ple­ment à la pou­belle.

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