Pe­raz­zi MXS

Le fu­sil de spor­ting haut de gamme se dé­mo­cra­ti­se­rait-il ?

Armes de Chasse - - Sommaire - Laurent Be­du, pho­tos Bru­no Ber­bes­sou

Le fu­sil de spor­ting haut de gamme se dé­mo­cra­tise

ADé­voi­lé en mars, le MXS est le der­nier-né des fu­sils de tir Pe­raz­zi, c’est aus­si le pre­mier dont la vo­ca­tion est d’être accessible au plus grand nombre. Une toute nouvelle phi­lo­so­phie pour la firme ita­lienne dont le MX8 a fait le suc­cès.

vec-vous dé­jà ti­ré avec un fu­sil Pe­raz­zi ? Si la ré­ponse est non, alors vous vous de­man­dez sans doute pour­quoi ces armes, le plus sou­vent dé­pour­vues de toute gra­vure, à la bas­cule noire et aux crosses ver­nies de fa­çon à mas­quer les veines du bois, connaissent un tel suc­cès. Pour­quoi, ces fu­sils si sobres, à l’image du MX8, le Pe­raz­zi le plus connu et le plus ap­pré­cié, ce­lui qui a lit­té­ra­le­ment lan­cé la marque au dé­but des an - nées 70, sé­duisent-ils au­tant de chas­seurs et de ti­reurs de par le monde ? Cette cé­lé­bri­té, le fa­bri­cant ita­lien l’a ac­quise en raf­flant la ma­jo­ri­té des mé­dailles dans les dif­fé­rentes épreuves de tir, à com­men­cer par la plus pres­ti­gieuse de toutes, les Jeux olym­piques. Et pour cause, bien qu’in­dus­triels et de grande sé­rie, ses fu­sils sont conçus et réa­li­sés comme des armes ar­ti­sa­nales de grand prix dont ils pos­sèdent l’élé­gance mé­ca­nique, la ré­sis­tance et l’équi­libre. On ou­blie au­jourd’hui ce que nos su­per­po­sés non seu­le­ment de tir mais aus­si de chasse doivent à cette marque, fon­dée en 1957 seu­le­ment, à Bot­ti­ci­no Mat­ti­na près de Bres­cia. Le pre­mier Pe­raz­zi de tir fut spé­cia­le­ment conçu pour le ti­reur ita­lien En­nio Mat­ta­rel­li en vue de sa par­ti­ci­pa­tion aux JO de 1964. Da­niele Pe­raz­zi, le fon­da­teur de la marque, et Ivo Fab­bri, son as­so­cié de l’époque, créèrent un fu­sil tel que le vou­lait Mat­ta­rel­li. Un su­per­po­sé à pla­tines d’un genre nou­veau : ca­nons de 74 cm, chokes

fixes, bande de vi­sée fuyante de 11 à 8 mm, gra­vure d’An­ge­lo Ga­leaz­zi, le tout dé­ve­lop­pé sur la base du SHO. Mat­ta­rel­li rem­por­ta la mé­daille d’or, mais c’est en réa­li­té quatre ans plus tard que la lé­gende Pe­raz­zi al­lait s’ins­crire dans le marbre.

Dans les pas de l’olym­pisme

Ivo Fab­bri avait alors quit­té la firme pour créer son en­tre­prise, de­ve­nue de­puis mon­dia­le­ment cé­lèbre pour ses armes fines lisses et su­per­po­sées à pla­tines. C’est donc en duo que Pe­raz­zi et Mat­ta­rel­li mirent au point leur fu­sil ré­vo­lu­tion­naire. Un su­per­po­sé de tir qui pour la pre­mière fois dis­po­sait d’une bat­te­rie dé­ta­chable à res­sorts à lame, de ca­nons lourds, dont ce­lui du bas do­té de chokes amo­vibles, ou en­core d’une bande de vi­sée ven­ti­lée et re­haus­sée pour li­mi­ter au maxi­mum l’ef­fet mi­rage que la cha­leur – a for­tio­ri ajou­tée à l’al­ti­tude comme ce­la al­lait être le cas lors des JO de Mexi­co – ne manque pas de créer après quelques car­touches. Un fu­sil à ja­mais as­so­cié à la marque et à son sa­voir-faire ex­cep­tion­nel : le MX8, pour Mexi­co 1968. Iro­nie de l’his­toire, En­nio Mat­ta­rel­li ne par­vint pas à conser­ver son titre avec ce fu­sil. Peu im­porte, la sa­ga Pe­raz­zi était lan­cée et la marque ne s’ar­rê­te­ra plus de dé­cro­cher les suc­cès olym­piques. Qua­rante-quatre ans plus tard, à Londres en 2012, ce sont douze mé­dailles sur les quinze at­tri­buées qui vont gon­fler le pal­ma­rès de la firme. Du­rant ces quatre dé­cen­nies pas­sées, la firme avait lan­cé ses MX3, MX4, MX6, MX10 ou en­core MX2000, au­tant de des­cen­dants de l’illustre MX8. Un tel pres­tige fait for­cé­ment de l’ar­ri­vée d’un su­per­po­sé Pe­raz­zi à prix ré­duit un évé­ne­ment ma­jeur. Avec son MXS Spor­ting, la marque sou­haite pé­né­trer un mar­ché au­quel les prix des MX8 ne lui don­naient pas ac­cès. Cette nou­veau­té est éga­le­ment pour la firme un pa­ri sur la ren­ta­bi­li­té : il s’agit de pro­duire da­van­tage en op­ti­mi­sant l’uti­li­sa­tion de l’en­semble de ses ca­pa­ci­tés de pro­duc­tion. Les ma­chines à com­mandes numériques ne doivent plus s’ar­rê­ter, les ar­mu­riers ne doivent pas connaître de pé­riodes chô­mées. La réus­site se dé­ci­de­ra dans le juste po­si­tion­ne­ment du nou­veau fu­sil : à un prix presque deux fois moins éle­vé que

ce­lui d’un MX8, le MXS ne doit pas être trop proche de ce der­nier en termes de qua­li­té, afin de ne pas le can­ni­ba­li­ser, ni en être trop éloi­gné afin de ne pas nuire au pres­tige de la marque. A 5 933 €, le MXS est for­cé­ment plus simple, moins long et moins coû­teux à fa­bri­quer que le MX8, qui lui vaut 8967 €. Mais estce que cette sim­pli­fi­ca­tion n’at­teint pas un seuil au-de­là du­quel la si­gna­ture Pe­raz­zi se­rait gal­vau­dée ? Notre test va nous per­mettre d’en ju­ger.

Signes re­con­nais­sables

Es­thé­ti­que­ment, le MXS est bien un Pe­raz­zi. Sa crosse ty­pique, avec sa large poi­gnée pis­to­let et son busc droit (ré­glable en op­tion), son de­vant évi­dé dans sa par­tie su­pé­rieure et ven­tru dans sa par­tie basse en sont les ma­ni­fes­ta­tions évi­dentes. La prise en main confirme ce diag­nos­tic, avec cet équi­libre si par­ti­cu­lier d’un fu­sil à la fois lourd et vif, étof­fé mais au com­por­te­ment d’une arme qua­si fine. Le qua­drillage n’a pas été réa­li­sé au la­ser, comme c’est sou­vent le cas en Ita­lie dé­sor­mais, il offre un grain fin et ac­cro­chant, du beau tra­vail. Nous le dé­cou­vri­rons lors de nos es­sais, il offre une prise en main à la fois ferme et sûre sans être trop abra­sive comme ce­la ar­rive par­fois. C’est as­su­ré­ment sur le poste bois qu’ont été faites les prin­ci­pales éco­no­mies. Ré­sul­tat, nous ne re­trou­vons pas l’élé­gance et le vei­nage des bois d’un MX8, une meilleure fi­ni­tion, une ponce à l’huile et une teinte plus sombre au­raient ap­por­té un peu plus de charme à ce fu­sil. Le de­vant se dé­pose par une pé­dale clas­sique non gra­vée et bron­zée. Une fois ôté, il dé­voile des ca­nons à bande in­ter­mé­diaire dis­con­ti­nue. Au­tre­ment dit, à l’abri de la lon­guesse, les ca nons ne sont plus unis par une bande, ce qui per­met de ga­gner quelques grammes sans nuire le moins du monde à la so­li­di­té ou à la lon­gé­vi­té de l’arme. D’au­tant qu’à l’op­po­sé, entre les quinze der­niers cen­ti­mètres des ca­nons, la bande ajou­rée de­vient pleine. Les ca­nons sont cham­brés ma­gnum, c’est-à-dire à 76 mm, et sont dis­po­nibles en deux autres lon­gueurs, 73 et 81 cm. Ils sont alé­sés à 18,7 mm, on peut par­ler de sur­alé­sage par rap-

port à la norme de 18,4 mm. Ces tubes sont fret­tés ; une gra­vure bien exé­cu­tée masque plu­tôt agréa­ble­ment la sou­dure nette et propre. Les Pe­raz­zi doivent une grande part de leur suc­cès au po­si­tion­ne­ment très bas de l’axe des ca­nons dans la bas­cule. Plus les ca­nons sont bas, moins la crosse doit être pen­tée pour ame­ner l’oeil du ti­reur au ni­veau de la bande de vi­sée. Au­jourd’hui, alors que la plu­part des fa­bri­cants mettent en avant leur bas­cule basse, la per­ti­nence de cette confi­gu­ra­tion pa­raît évi­dente. Mais Pe­raz­zi fut long­temps l’un des rares à la dé­fendre. Elle est au­to­ri­sée par le choix du sys­tème de ver­rouillage : les cro­chets de ver - rouillage ne sont pas lo­gés sous la frette, où un large ver­rou bas tra­di­tion­nel les y at­ten­drait, mais sur la face ar­rière de cette der­nière, en visà-vis des ton­nerres de la bas­cule. Les deux cro­chets si­tués qua­si­ment entre les deux ca­nons et de chaque cô­té de la frette pé­nètrent à la fer­me­ture dans deux mor­taises que deux ver­rous co­niques et ré­trac­tables à rat­tra­page de jeu viennent coif­fer. Ain­si la frette ne me­sure-t-elle que la hau­teur des deux ca­nons pla­cés l’un au­des­sus de l’autre et la bas­cule ne dé­passe pas 63 mm. Les ca­nons bas­culent de fa­çon tra­di­tion­nelle sur deux tou­rillons amo­vibles, donc in­ter­chan­geables en cas de jeu. La frette com­porte aus­si les éjec­teurs à échap­pe­ment, du clas­sique.

Au diable l’ano­ny­mat…

La bas­cule n’est pas gra­vée. Mais là où un MX8 fait preuve d’une élé­gante so­brié­té, avec la si­gna­ture Pe­raz­zi gra­vée sur l’une des faces de la bas­cule, on tombe ici dans le dé­mons­tra­tif. Le sigle MXS, gra­vé en creux et en lettres bâ­tons, me­sure 45 mm de long et 15 de haut. Il est en outre sur­mon­té d’un fi­let de 70 mm lui­même coif­fé du nom Pe­raz­zi sur 30 mm. C’est toute la sur­face du cô­té de la bas­cule qui fait ain­si of­fice d’af­fiche pu­bli­ci­taire ! Et le sigle MXS re­vient sous la bas­cule, presque dans les mêmes pro­por­tions. Voi­là que la marque que l’on a tou­jours connue plu­tôt dis­crète flirte avec la dé­me­sure. Au moins, on ne vous de­man­de­ra pas sans cesse le nom de votre fu­sil ni ce­lui de son fa­bri­cant ! Autre dé­tail et dé­co­ra­tion contes­table, les tou­rillons de bas­cu­lage sont gra­vés fa­çon pi­geon d’ar­gile. Si les prin­cipes mé­ca­niques du MX8 n’ont pas été re­mis en cause, la forme gé­né­rale de la bas­cule est plus proche de celle du MX4 clas­sique, avec ses flancs plats et des co­quilles mo­dernes et ogi­vales. A la fa­çon de celles d’un B725, celles-ci pro­longent les corps de crosse en bois et l’ai­le­ron des ca­nons alors que celles d’un MX8 sont en ron­deurs, à l’image d’un Boss su­per­po­sé. Cette forme al­lon­gée, moins douce, obéit cer­tai­ne­ment aux im­pé­ra­tifs d’une re­lime mé­ca­nique, plus éco­no­mique. La bas­cule de notre mo­dèle d’es­sai est ni­cke­lée, une ver­sion bron­zée noir est éga­le­ment pro­po­sée – avec vrai­sem­bla­ble­ment des mar­quages sau­tant moins au re­gard sur cette se­conde ver­sion. Le pontet, la sous-garde, la queue de dé­tente et la clé de bas­cule sont bron­zés noir mat et dé­pour­vus de la moindre or­ne­men­ta­tion, comme le pous­soir de sé­cu­ri­té d’ailleurs, ce­pen­dant strié. No­tez que toutes ces pièces sont en acier, l’al­liage ou l’er­gal n’ont pas droit de ci­té ici. Sur le terrain, le MXS se montre à son avan­tage. A au­cun mo­ment, nous n’al­lons ren­con­trer de pro­blèmes ou d’éjection pous­sive ou non

si­mul­ta­née. Rien de ce­la, tout fonc­tionne à la per­fec­tion, avec une ré­gu­la­ri­té mé­tro­no­mique. Pour la séance de par­cours de chasse des­ti­née à éva­luer ce nou­veau Pe­raz­zi, nous choi­sis­sons une com­bi­nai­son de chokes 4 et 8/10, ba­sique et éprou­vée. L’équi­libre est ex­cellent, il donne à cette arme ce qu’il faut de lé­gè­re­té et de vi­va­ci­té mais aus­si une bonne iner­tie pour le contrôle des pla­teaux. Les dé­parts, ta­rés à 2,050 kg sont bons. A la fois nets, sans course et bien éta­lés. La mo­no­dé­tente au­to­rise un bon en­chaî­ne­ment mais sur­tout sa cour­bure est par­faite. Non striée, as­sez courte, elle en­globe et épouse par­fai­te­ment la forme de la der­nière pha­lange de l’in­dex.

Des courbes

par­faites

On a l’im­pres­sion de faire corps avec son arme, d’au­tant que la poi­gnée est comme tou­jours bien dessinée. Là aus­si, la cour­bure et sur­tout la lon­gueur sont par­fai­te­ment étu­diées. L’épau­lé est évident et sur­tout la mise en ligne est ultrarapide et ef­fi­cace. On ne cherche ni la bande, ni le gui­don, ni la cible, tout se fait avec la sen­sa­tion d’être en terrain fa­mi­lier. Pas de doute, ce fu­sil porte bien dans ses gènes l’ADN de la marque ! Avec au­tant de fa­ci­li­té ap­pa­rente, les ra­tés sont mal vé­cus, mais res­tent dis­crets. On a vrai­ment l’im­pres­sion, guère fa­cile à res­ti­tuer, d’être avan­ta­gé, ti­ré vers le haut avec une arme conçue de la sorte, pen­sée et réa­li­sée pour vous ai­der à cas­ser des pla­teaux. Au terme de nos deux par­cours de chasse, la ques­tion po­sée en préa­lable à cet ar­ticle a trou­vé sa ré­ponse. Ce MXS est bien un Pe­raz­zi, à « bas » prix mais au­cu­ne­ment au rabais. Le fa­bri­cant ita­lien a certes réa­li­sé des éco­no­mies sur les bois, la mé­ca­ni­sa­tion, la re­lime de la bas­cule, la bat­te­rie amo­vible, mais sans s’épar­gner sur ce qui fait le charme et l’in­té­rêt de ses su­per­po­sés : leur in­croyable équi­libre, leur ci­né­ma­tique, leur fonc­tion­ne­ment ir­ré­pro­chable, en un mot leur au­ra. Quelque chose nous dit que le S de MXS pour­rait être l’ini­tiale de suc­cès !

Au tir, ce MXS se ca­rac­té­rise par un très bon équi­libre et une prise en main re­mar­quable.

Le frette du MXS est 100 % Pe­raz­zi. C’est elle qui au­to­rise la faible hau­teur de la bas­cule.

Les pa­rois de la bas­cule sont bien

di­men­sion­nées. Sur les ton­nerres,

on découvre les ver­rous de

bas­cu­lage.

Sur la bas­cule ni­cke­lée, les mar­quages Pe­raz­zi manquent consi­dé­ra­ble­ment de dis­cré­tion ! Avec la bas­cule noire, c’est un peu moins gê­nant.

Poi­gnée et de­vant évi­dé offrent une ex­cel­lente prise en main.

L’ou­ver­ture de l’arme est ai­sée et sans be­soin de ro­dage, l’éjection est puis­sante et franche, si­mul­ta­née aus­si.

Dans la mal­lette du MXS : des chokes, de la graisse pour

chokes et des douilles amor­tis­seurs.

On ac­cède au mé­ca­nisme en dé­po­sant la crosse à l’aide du tour­ne­vis four­ni avec l’arme.

Le MXS est éga­le­ment dis­po­nible en op­tion avec des chokes fixes (5 et 7/10) et une crosse à busc ré­glable.

La re­lime des co­quilles, proche de celle du MX4 et sans doute mé­ca­ni­sée.

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