Le sys­tème Anson & Dee­ley

Com­ment fonc­tionnent nos fu­sils

Armes de Chasse - - Sommaire - Julien Cou­dray, pro­fes­seur à l’école d’ar­mu­re­rie de Liège

Com­ment fonc­tionnent nos fu­sils

En 1875, les Bri­tan­niques William Anson & John Dee­ley ré­vo­lu­tionnent l’ar­mu­re­rie en pro­po­sant une voie al­ter­na­tive au tra­di­tion­nel mé­ca­nisme à pla­tines. Un mé­ca­nisme de per­cus­sion sim­pli­fié et sans chiens ex­té­rieurs qui de­vien­dra pour tous le « sys­tème Anson & Dee­ley ».

Le mé­ca­nisme Anson & Dee­ley doit son nom à deux ar­mu­riers an­glais, William Anson & John Dee­ley. En 1875, em - ployés chez West­ley Ri­chards, les deux hommes conçoivent un sys­tème simple et in­gé­nieux, pou­vant s’ar­mer lors du bas­cu­lage des ca - nons. Au­jourd’hui, leur dé­cou­verte reste la pierre an­gu­laire de l’ar­mu­re­rie en ce qui concerne les jux­ta­po­sés ham­mer­less.

Un sys­tème simple et ro­buste

La bat­te­rie se com­pose de deux chiens (1), deux le­viers ar­meurs (2), deux gâ­chettes (3), deux res­sorts de chien (4) et deux res­sorts de gâ­chette. Lors de l’ou­ver­ture de l’arme, l’er­got de lon­guesse (5) en­traîne le le­vier ar­meur qui à son tour fait pi­vo­ter le chien, ce der­nier bas­cule et com­prime son res­sort. Lors­qu’il a bas­cu­lé, le chien est re­te­nu par la gâ­chette, l’arme est prête à faire feu. Une pres­sion sur la dé­tente per­met à la gâ­chette de bas­cu­ler sur son axe et ain­si de li­bé­rer le chien qui, pous­sé par son propre res­sort, per­cute l’amorce de la car­touche. Le sché­ma (ci-contre, en haut) fait clai­re­ment ap­pa­raître le jeu entre le fond de gorge du chien et la face cor­res­pon­dante de la bas­cule. Ce jour, ap­pe­lé prise, em­pêche un choc trop brusque du fond de gorge lors du tir. Ce fai­sant il évite que la lon­gueur du per­cu­teur se mo­di­fie sous l’ef­fet du tas­se­ment mais aus­si que le per-

cu­teur ne reste ca­lé dans l’amorce lors de l’ou­ver­ture de l’arme. Au mo­ment du tir, la force avec la­quelle le chien est re­pous­sé pro­voque une dé­for­ma­tion élas­tique du le­vier, ce qui per­met au per­cu­teur de sor­tir de toute sa lon­gueur, de per­cu­ter et en­suite de se ré­trac­ter pour re­prendre sa po­si­tion ini­tiale. Si l’arme dis­pose d’un ex­cès de prise, il n’y au­ra pas de per­cus­sion. Si au contraire la prise est qua­si­ment in­exis­tante, le risque de dé­chi­rer l’amorce est pré­sent – et avec lui la pos­si­bi­li­té que les gaz passent dans la crosse et pro­voquent son écla­te­ment, sy­no­nyme de risque de bles­sure grave pour le ti­reur. Le sys­tème de per­cus­sion est ré­ar­mé avant l’ou­ver­ture com­plète du fu­sil, il est im­pos­sible d’in­tro­duire une car­touche dans la chambre sans que le chien ne soit re­te­nu par sa gâ­chette. L’éjection de la douille ti­rée s’ef­fec­tue après le ré­ar­me­ment, une ré­serve de course en ar­rière du chien (la sur­bande) est né­ces­saire pour ga­ran­tir une ou­ver­ture to­tale du fu­sil sans pro­vo­quer de ten­sion aux bat­te­ries. Sans cette sur­bande, le le­vier ar - meur plie­rait. Si le mé­ca­nisme en était dé­pour­vu, de nom­breuses so­lu­tions sont tou­te­fois en­vi­sa­geables : di­mi­nuer la prise, réduire au maxi­mum la lon­gueur du le­vier, des­cendre le lo­ge­ment de res­sort du chien et sa sur­face, af­fi­ner le res­sort ou en­core di­mi­nuer lé­gè­re­ment les tables in­fé­rieures. La bat­te­rie Anson et Dee­ley est dé­nuée de res­sort de dé­tente. En po­si­tion désar­mée, le res­sort de gâ­chette ap­puie sur la gâ­chette, qui bas­cule et en­traîne la dé­tente en po­si­tion de re­pos. En po­si­tion ar - mée, la dé­tente dis­pose d’un jeu d’en­vi­ron deux dixièmes de mil­li­mètre entre sa table et le tou­rillon de gâ­chette per­met­tant au bec de gâ­chette de pé­né­trer au maxi­mum dans le cran de chien tout en évi­tant un contact di­rect de la table de dé­tente. Ce jeu ré­sul­tant d’un bon tra­çage di­mi­nue le risque de dé­part ac­ci­den­tel en cas de choc. De nom­breuses ma­nu­fac­tures ont co­pié ce sys­tème et par­fois l’ont trop sim­pli­fié pour en di­mi­nuer le coût de pro­duc­tion. Sur cer­tains Anson & Dee­ley mé­ca­ni­sés, le chien et son res­sort sont par exemple rem­pla­cés par une masse per­cu­tante pous­sée par un res­sort à bou­din. Une bat­te­rie Anson & Dee­ley ne se dé­monte pas avec une simple clé, à la dif­fé­rence de celle d’un fu­sil à pla­tines. Vous de­vez confier cette tâche à un pro­fes­sion­nel, qui pour­ra vous in­di­quer, à l’exa­men des pièces in­ternes, de l’état des le­viers, de la forme des pièces, des res­sorts em­ployés et des fi­ni­tion ap­por­tée à l’en­semble, si l’arme à été réa­li­sée de ma­nière ar­ti­sa­nale ou in­dus­trielle. Bou­dés par les col­lec­tion­neurs, mé­pri­sés au pro­fit des fu­sils à pla­tines consi­dé­rés comme un in­ves­tis­se­ment plus pro­met­teur, les Anson & Dee­ley de bel les si­gna­tures sont pour­tant des pièces ex­cep­tion­nelles. Et quel dom­mage que leur mé­ca­nisme en blanc se fasse de plus en plus rare dans les râ­te­liers d’ar­mu­re­rie. Simple, ro­buste et fiable, il peut bra­ver les sai­sons de chasse sans au cune al­té­ra­tion lors­qu’il est réa­li­sé par un ar­mu­rier com­pé­tent.

A l’ou­ver­ture, le chien (1) est ar­mé par le le­vier ar­meur (2) re­pous­sé par l’er­got de lon­guesse (5). Le res­sort (4) est com­pri­mé. La gâ­chette (3) main­tient l’en­semble dans cette po­si­tion jus­qu’à ce qu’une pres­sion

sur la queue de dé­tente li­bère le chien.

Re­pré­sen­ta­tion d’un sys­tème de per­cus­sion type Anson & Dee­ley avec per­cu­teurs in­dé­pen­dants et

le­viers à bec, pour un sys­tème d’éjection Hol­land

et Hol­land. Une confi­gu­ra­tion qui se ren­contre sur les armes de luxe

et les ex­press.

West­ley Ri­chards est l’in­ven­teur et le plus fervent dé­fen­seur des belles mé­ca­niques Anson & Dee­ley.

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