Me­su­rer un pas de rayures

Op­ti­mi­ser la pré­ci­sion de son arme Un ca­non rayé pos­sède… des rayures. Oui, mais cette la­pa­lis­sade en­globe toutes sortes de réa­li­tés dif­fé­rentes ! Des rayures à pas court ou long, pro­fondes ou lé­gères. A chaque ca­libre, plu­sieurs pas et, à chaque pas, un

Armes de Chasse - - Sommaire - Paul Ha­chème, photos Bru­no Ber­bes­sou

Op­ti­mi­ser la pré­ci­sion de son arme

Un de mes amis vient d’ac­qué­rir une des pre­mières répliques ita­liennes de ca­ra­bine de selle Sharps mo­dèle 1874 cham­brée en .45-70, une arme « neuve », puis­qu’elle n’a été uti­li­sée par son pré­cé­dent pro­prié­taire que pour la dé­co­ra­tion de son in­té­rieur. Une fois la ca­ra­bine dé­pous­sié­rée et « désa­rach­ni­dée », je suis aus­si im­pa­tient que son nou­veau pro­prié­taire de voir ce qu’elle va don­ner au stand. Nous nous y ren­dons sans tar­der mu­nis d’une boîte de .4570 dé­jà pré­pa­rées pour une re­pro, tou­jours ita­lienne, d’une Re­ming­ton Rol­ling Block cham­brée dans le même ca­libre, que mon co­pain uti­lise avec bon­heur de­puis des an­nées. Mais cette fois, c’est l’hor­reur ! Le nombre d’im­pacts re­le­vés à 25 m ne dé­passe pas la moi­tié des coups ti­rés et en­core, tous montrent une ar­ri­vée du pro­jec­tile par le tra­vers ! Re­tour à la mai­son pour une séance de brains­tor­ming. Les car­touches, re­char­gées en balles de plomb de 405 grains (26,25 g), donnent en­tière sa­tis­fac­tion dans le Rol­ling Block, les étuis sortent par­fai­te­ment de la chambre sans au­cune marque. Il s’agit dans ce cas aus­si d’une arme proche d’un état neuf, au­cun dé­faut ma­jeur n’ap­pa­raît. Les blocs s’ef­fa­çant au char­ge­ment, les deux mo­dèles me per­mettent de re­gar­der di­rec­te­ment dans leur ca­non. Je com­pare les deux et constate que ça ne « tourne » vrai­ment pas beau­coup dans le tube de la Sharps. Gui­dé par une in­tui­tion, je dé­cide de me­su­rer le pas de rayures en uti­li­sant la mé­thode de la ba­guette, dé­crite en images au fil de cet ar­ticle. J’ob­tiens 47 pouces (1 200 mm) alors que le Rol­ling Block est à 22 pouces (558 mm), ce qui est la norme pour ce ca­libre. Nous en concluons que le fa­bri­cant a uti­li­sé des ca­nons pour armes à char­ge­ment par la gueule, le pas de rayures re­le­vé étant ty­pique de ces mo­dèles. Le tout par re­cherche d’éco­no­mies… Nous n’au­rons même pas le sou­la­ge­ment de dire ce que nous pen­sons d’une telle pra­tique au fa­bri­cant, dis­pa­ru de­puis long­temps de la circulation. Pour mal­gré tout re­don­ner à cette arme un sem­blant de pré­ci­sion, la so­lu­tion passe for­cé­ment par l’uti­li­sa­tion de pro­jec­tiles adap­tés à son pas de rayures ul­tralent. J’ai dans mon stock de la balle de 175 grains (11,34 g) à base creuse uti­li­sée pour le .45 Long Colt. Re­tour au stand avec notre charge toute gen­tillette. Ça marche ! L’arme re­trouve toute sa pré­ci­sion. Vu le poids de la balle, il est il­lu­soire d’en­vi­sa­ger un usage cy­né­gé­tique, mais pour faire de la ca­nette vide à 40 pas, ce se­ra par­fait !

Sans fu­mée, c’est idem

Voi­là pour un épi­sode de la vie d’une arme an­cienne, mais qu’en est- il dans le cas d’une arme à poudre sans fu­mée ? Eh bien le pro­blème existe aus­si, fi­gu­rez-vous. Je m’y suis d’ailleurs heur­té lorsque j’ai vou­lu faire re­par­ler la .257 Hy­per Ex­press Gras­set (cf. Armes de Chasse n° 61, p. 94). Plus ré­cem­ment, un ar­mu­rier m’a de­man­dé de la 6,5 x54 Mau­ser pour une Kurz Mau­ser ab­so­lu­ment somp­tueuse mu­nie de sa lu­nette d’ori­gine. J’avais beau avoir connais­sance d’un pas de 10 pouces (260 mm) et d’un poids maxi­mal de 127 grains (8,22 g), don­né par une do­cu­men­ta­tion sé - rieuse, mon pre­mier rechargement avec des balles Hor­na­dy de ce poids tour­na à la ca­tas­trophe, pour ne pas dire au ri­di­cule… Tout se mit en tra­vers sur un car­ton d’es­sai à 30 m. Avec de la Sier­ra Match en 105 grains (6,8 g) ce fut à peine mieux.

Tout fi­nit par ren­trer dans l’ordre avec de la RWS VM en 92 grains (6 g), j’ob­te­nais en­fin trois trous dans un timbre-poste.

Les blagues de Gheer­brant

De­puis le dé­but du XIXe siècle, les grandes puis­sances mi­li­taires ont ef­fec­tué un tra­vail ma­thé­ma­tique consi­dé­rable pour per­fec­tion­ner l’ar­tille­rie, reine des ba­tailles ter­restres et ma­ri­times. L’équa­tion qui dé­ter­mine le pas de rayures en fonc­tion du ca­libre, de la vi­tesse et de la lon­gueur du pro­jec­tile (mais pas de son poids) a été for­ma­li­sée en 1879 par le ma­thé­ma­ti­cien anglais Sir Al­fred George Green­hill (1847-1927) – cf.

en­ca­dré ci- contre. Ceux que ce­la in­té­resse trou­ve­ront sur la Toile des sites qui cal­culent le pas de rayures à par­tir des don­nées que vous ren­trez – les termes « Bow­mann Ho­well twist cal­cu­la­tor », « Miller for­mu­la cal­cu­la­tor », « JBM cal­cu­la­tor » ou en­core « Green­hill for­mu­la for op­ti­mal ri­fling twist rate » vous condui­ront di­rec­te­ment à ces cal­cu­la­teurs pra­tiques et ef­fi­caces, à condi­tion de pos­sé­der quelques no­tions d’anglais, au­cun équi­valent n’exis­tant en fran­çais. Le choix d’un pas de rayures est donc dé­ter­mi­né par le couple pro­jec­tile-vi­tesse. Comment les fa­bri­cants dé­cident- ils de la va­leur de leur pas de rayures avec une équa­tion conte­nant une in­con­nue, puis­qu’elle se­ra dé­ci­dée par le fu­tur ac­qué­reur de l’arme ? En spé­cu­lant ! Au­tre­ment dit en op­tant pour un pas de rayures qui gui­de­ra bien le pro­jec­tile choi­si par le client fu­tur et an­ti­ci­pé par le fa­bri­cant. Pre­nons un cas concret. Dans le do­maine du tir sur cible, où est re­quise la pré­ci­sion maxi­male, il existe deux car­touches de no­to­rié­té ma­jeure en 6 mm, la PPC et la BR Nor­ma. Un béo­tien di­rait qu’elles sont sem­blables… Que nen­ni ! La pre­mière a été spé­ci­fi­que­ment créée pour le tir sur ap­pui ( bench rest), pour of­frir le grou­pe­ment le plus ser­ré pos­sible à 200 yards (182 m) avec une arme po­sée sur tré­pied et sac de sable. Elle est née en 1975, de l’as­so­cia­tion d’un ar­mu­rier (Fer­ris Pin­dell) et d’un ti­reur (Lou Pal­mi­sa­no) – d’où le nom de PPC, pour Pin­dell Pal­mi­sa­no Car­tridge –, par­tis de la .220 Russe (elle-même dé­ri­vée de la 7,62x39 Ka­lach­ni­kov) pour ti­rer de la balle lé­gère de 70 grains maxi (4,5 g) dans un tube rayé au pas de 14 pouces (355 mm). On troue du car­ton, la no­tion de ba­lis­tique ter­mi­nale est in­exis­tante, on se contre-fiche de ce que fait la balle à 199 et 201 yards – le re­cord est d’un écart de 2,14 mm pour cinq car­touches… Je me sou­viens qu’Alain Gheer­brant pos­sé­dait une Sa­ko à un coup dans ce ca­libre et s’amu­sait à cou­per les câbles porte-cible de ses voi­sins. Une blague qui fai­sait rire tous les ti­reurs, à l’ex­cep­tion des in­té­res­sés, et qui at­teste de la pré­ci­sion de cette car­touche. A ce jour, elle reste la meilleure dans sa dis­ci­pline, une foul­ti­tude d’autres car­touches

ayant été éli­mi­nées de cette com­pé­ti­tion où prime la tech­no­lo­gie. La se­conde, stan­dar­di­sée par Nor­ma en 1996, uti­lise au contraire les balles les plus lourdes du ca­libre, soit de 100 grains ( 6,48 g) ou 105 grains ( 6,8 g) avec un pas de 8 pouces ( 203 mm). Le ré­sul­tat ? Une car­touche uti­li­sée par la qua­si-to­ta­li­té des mat­cheurs UIT à 300 m. Quand il faut ti­rer 60 ou 120 car­touches, ça fa­tigue moins qu’avec du .308 Na­to. Et si les condi­tions mé­téo s’y prêtent, cette « car­touche de mi­gnon » concourt ef­fi­ca­ce­ment en pré­ci­sion à 1000 m où elle est confron­tée à de bien plus grosses qu’elle ! Quand on les met côte à côte, on a du mal à s’ima­gi­ner que la PPC et la Nor­ma sont faites pour des usages dif­fé­rents et que l’une ne peut ab­so­lu­ment pas se sub­sti­tuer à l’autre.

Six mil­li­mètres, un pas d’écart

C’est bien gen­til le tir, mais la chasse dans tout ça ? J’y viens, avec un deuxième exemple. Dans l’après­guerre, en 1955, les grands concur­rents que sont Re­ming­ton et Win-

ches­ter sortent pra­ti­que­ment en même temps une car­touche de chasse en 6 mm. Chez le pre­mier, elle s’ap­pelle .244 Re­ming­ton. C’est une car­touche conçue pour le varmint, c’es­tà-dire le chien de prai­rie à grande dis­tance. Re­ming­ton la chambre dans son mo­dèle 721 avec un pas de 12 pouces (310 mm) pour sta­bi­li­ser de la balle lé­gère, de 90 grains maxi. La même an­née, Win­ches­ter dé­voile sa .243 WCF dans son mo­dèle 70, mais pour chas­ser l’équi­valent de notre che­vreuil. Les armes sont do­tées d’un pas de 10 pouces (260 mm) qui porte par­fai­te­ment des pro­jec­tiles de 100, voire 105 grains (6 à 6,5 g). Le ver­dict du marché est sans ap­pel, il se vend une Re­ming­ton pour dix Win­ches­ter. Le .243 WCF va s’im­po­ser mon­dia­le­ment, Re­ming­ton a fait le mau­vais choix. En 1963, il tente de « rat­tra­per la sauce », trans­forme sa car­touche en gar­dant stric­te­ment la même chambre mais avec des ca­nons au pas de 9 pouces (228 mm). Ain­si re­ma­niée, la 6 mm Re­ming­ton, comme est ap­pe­lée la nou­velle mou­ture, est su­pé­rieure à la .243 WCF avec des pro­jec­tiles de 100 grains. Ce­la ne suf­fit pas à re­dres­ser les ventes et, soixante ans plus tard, l’une est de­ve­nue un stan­dard mondial, l’autre tom­bée dans les ou­bliettes. C’est une don­née in­vi­sible, le pas de rayures, qui a dic­té sa loi. Que si­gni­fie tout ce­la pour le chas­seur lamb­da ? Avec les ca­libres cou­rants, pas grand-chose, peu de pro­blèmes étant à craindre… Pour chaque ca­libre, la loi du marché a éli­mi­né les com­bi­nai­sons de char­ge­ments qui ne donnent pas de bons ré­sul­tats avec l’arme de M. Tout-le Monde. Adieu la balle Barnes FMJ de 180 grains (11,66 g) qui ten­tait de trans­for­mer une .270 en arme de bat­tue ! Adieu le char­ge­ment Ac­ce­le­ra­tor de Re­ming­ton de ca­libre .30- 30 qui, avec des balles de .224 de 55 grains (3,56 g) mon­tées sur un sa­bot de.30 en po­ly­mère, ten­tait de trans­for­mer une Win­ches­ter 94 à le­vier de sous-garde en arme de varmint ! Les poids de balle des car­touches que vous trou­vez sur les éta­gères des ar­mu­riers sont adap­tés à l’ins­crip­tion in­di­quée sur le ca­non, les pas de rayures étant pra­ti­que­ment nor­ma­li­sés dans l’im­mense ma­jo­ri­té des armes ré­centes.

Don­nez une chance à votre arme

Si vous re­char­gez, la si­tua­tion change du tout au tout dès que vous sor­tez des sen­tiers bat­tus. Si vous vou­lez mon­ter soit une balle ul­tra­lé­gère pour du plus pe­tit gi­bier, soit une balle ul­tra­lourde pour de la bat­tue, la connais­sance de votre pas de rayures est im­pé­ra­tive… pour ap­pré­hen­der les pro­blèmes que vous n’al­lez pas tar­der à ren­con­trer. Si, a for­tio­ri, comme moi, vous ai­mez les bi­zar­re­ries, cette don­née de­vient ni plus ni moins cru­ciale. Avec une 6,5 x68, les pas sont va­riables d’une marque à l’autre, voire dans la même marque d’une an­née et d’un lieu de fa­bri­ca­tion à l’autre. Un cas ty­pique étant ce­lui de Wea­ther­by, avec les Europa fa­bri­quées par Sauer ou les plus ré­centes fa­bri­quées aux Etats-Unis ou en­core celles made in Ja­pan : toutes ne pos­sèdent pas le même pas de rayures. N’es­pé­rez pas faire di­gé­rer à votre arme au pas de 12 pouces une balle de 120 grains (cf. ta­bleau p. 90). Alors, si d’aven­ture une belle arme prend la pous­sière dans votre râ­te­lier sous pré­texte qu’elle ne tire pas juste, me­su­rez donc son pas de rayures. Cet ar­ticle vous a don­né toutes les clés pour mieux choi­sir son pro­jec­tile et ain­si lui of­frir une nou­velle chance.

Ce dont vous al­lez avoir be­soin pour me­su­rer le pas de rayures de votre ca­ra­bine. Un coup d’oeil dans le ca­non ne suf­fit pas, mieux vaut ap­pli­quer notre sys­tème.

Pour me­su­rer le pas de rayures, vous al­lez uti­li­ser un écou­villon vis­sé sur une ba­guette de net­toyage.

Gai­né d’un chif­fon ou d’un ca­le­pin, l’écou­villon va prendre les rayures du ca­non.

Deux car­touches proches mais qui ont be­soin de pas dif­fé­rents, une 6 PPC à gauche et une 6 BR à droite.

On tire la ba­guette vers soi, elle tourne et le ru­ban avec elle. Dès que le re­père au feutre re­vient dans l’axe du gui­don, on s’ar­rête et on place un autre ru­ban sur la ba­guette à la bouche du ca­non.

Après avoir en­ga­gé la ba­guette au fond de ca­non, on place un ru­ban ad­hé­sif à la bouche et on le marque au feutre dans l’axe du gui­don.

A la fin de l’opé­ra­tion, on me­sure la dis­tance entre les deux ru­bans blancs : un mètre à double uni­té de me­sure nous donne le pas de rayures en cen­ti­mètres et en pouces.

Sur cette boîte de .22 (ou 5,6 mm) de 52 g fi­gure le pas de rayure : 14 pouces.

Une Sier­ra Hol­low Point de 85 grains et une Im­pa­la de 90 grains, de même ca­libre mais de pro­fil très dif­fé­rent, qui n’au­ront pas les mêmes be­soins en termes de pas de rayures.

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