Mer­kel K3 Ex­trem

Mer­kel K3 Ex­trem Poids plume pour le poil Une fois n’est pas cou­tume, ce n’est ni une ca­ra­bine se­mi-au­to­ma­tique, ni une arme à ver­rouillage li­néaire mais une ca­ra­bine à un coup, une kip­plauf, qui vient s’illus­trer au re­gistre des nou­veau­tés. Gros plan sur

Armes de Chasse - - Sommaire - Laurent Be­du, photos Bru­no Ber­bes­sou

Poids plume pour le poil

Les kip­plaufs, long­temps ap­pe­lées Car­pates en Fran ce, sont des ca­ra­bines bas­cu­lantes à un coup, lé­gères et pré­cises. Elles nous ar­rivent d’Eu­rope cen­trale et d’Al­le­magne où la chasse à l’ap­proche et à l’af­fût a tou­jours eu ses lettres de no­blesse. Ces ca­ra­bines sont en ef­fet très pri­sées des chas­seurs qui cra­pa­hutent et passent des heures à pro­gres­ser dans des sec­teurs par­fois dif­fi­ciles ou es­car­pés. Leur faible en­com­bre­ment, leur poids plume, leurs dé­parts gé­né­ra­le­ment doux et la pré­sence ré­gu­lière, et sou­hai­table, d’un ar­meur les rendent sûres et confor­tables pour ce­lui qui pra­tique une chasse de mou­ve­ment. Les mon­ta­gnards ne s’y sont pas trom­pés en adop­tant sou­vent une de ces armes pour leurs sor­ties au cha­mois ou au mou­flon. Mal­gré tout, en France, pays de la bat­tue de san­gliers, ces armes res­tent rares et sou­vent chères. Le choix est as­sez faible entre quelques mo­dèles de grande sé­rie et ceux ar­ti­sa­naux et luxueux, et in­abor­dables pour le com­mun des mor tels. Voi­là pour­quoi il convient de sa­luer comme il se doit l’ar­ri­vée d’une nou­velle kip­plauf sur le marché, a for­tio­ri si elle est pro­po­sée par son fa­bri­cant à un prix in­fé­rieur au reste de la gamme qu’elle vient com­plé­ter. Car la der­nière-née des kip­plaufs Mer­kel, la K3 Ex­trem, est ven­due 3 890 €, contre 4 545 pour la K3 Pre­mium et 5 650 pour la K3 Stut­zen. Les K4, de leur cô­té, dé­butent à 6390 €. Sans être à pro­pre­ment par­ler bon marché, cette ca­ra­bine consti­tue pour Mer­kel une sorte de pre­mier pas vers la dé­mo­cra­ti­sa­tion de ses kip­plaufs. Pour au­tant, n’al­lez pas ima­gi­ner un seul ins­tant que cette nou­velle Ex­trem est une ver­sion sim­pli­fiée, voire low-cost de l’élé­gante K3.

Beau­té clas­sique et sans ar­ti­fice

La K3 Ex­trem est belle, très belle même, mais sans os­ten­ta­tion. Il s’agit d’une ca­ra­bine raf­fi­née qui, sur le re­gistre de la so­brié­té, a tout ce qu’il faut pour sé­duire le chas­seur en quête d’une kip­plauf. Les bois par­ti­cipent bien en­ten­du à cette élé­gance. Il s’agit de noyers de grade 4, au­tre­ment dit bien vei­nés, à la teinte à la fois sombre et nuan­cée de flammes blondes ou ca­ra­mel. La crosse est

ba­va­roise à dos de co­chon. On re­trouve la joue large et éva­sée à deux fi­lets ty­pique de ce genre de mon­ture. La poi­gnée pis­to­let est re­la­ti­ve­ment droite et se ter­mine par une ca­lotte noire, de l’ébène. Des corps de crosse très ronds, à la dif­fé­rence de ceux en forme d’ogives d’un Brow­ning B25 par exemple, viennent s’unir à la bas­cule au moyen d’un en­taillage as­sez réus­si. Il s’agit d’un mo­tif à simple pointe qui, sans avoir l’élé­gance ou la fi­nesse d’un en­taillage For­ge­ron, est tout de même as­sez éla­bo­ré. L’ajus­tage bois-mé­tal est bien réa­li­sé et le noyer dé­borde d’un peu plus d’un mil­li­mètre de chaque cô­té, avec une par­faite sy­mé­trie, comme s’il ve­nait dé­li­ca­te­ment re­cou­vrir le mé­tal. Le de­vant bois est ti­ré d’un mor­ceau de noyer en tout point si­mi­laire à ce­lui de la crosse, bra­vo au res­pon­sable de la sé­lec­tion des bois. Ce de­vant pos­sède une forme tu­li­pée, un si l’on veut res­ter fi­dèle à la lan gue de Goethe. Ce re­tour tu­li­pé, très de­si­gn, re­trouve ici sa vraie fonc­tion, à sa­voir em­pê­cher l’arme de glis­ser lors­qu’elle est po­sée sur la fourche d’un bâ­ton de pirsch. Le de­vant est re­la­ti­ve­ment long, la prise en main se­ra par­faite quelle que soit votre mor­pho­lo­gie ou votre fa­çon de ti­rer, plus ou moins cou­ché sur l’arme. Crosse et de­vant sont re­cou­verts d’un qua­drillage fin à triple pointe, deux grandes et une pe­tite. C’est clas­sique, élégant et sur­tout ef­fi­cace car la su­per­fi­cie cou­verte est très im­por­tante. Cette arme ne vous glis­se­ra pas des mains, même s’il fait très chaud et même si vous de­vez vous en sai­sir au terme d’une longue et pé­nible ap­proche. En­fin, le de­vant se dé­pose au moyen d’un au­get à la fa­çon d’un fu­sil de chasse. Entre crosse et de­vant, im­man­quable avec sa belle robe noire sa­ti­née, la bas­cule de cette arme est dé­pour­vue de gra­vure. La seule or­ne­men- ta­tion consiste en un fin fi­let qui dé­li­mite le pour­tour des flancs de la bas­cule. Cette so­brié­té s’ac­corde au mieux avec le reste de l’arme et met en va­leur les veines et la teinte chaude et pro­fonde du noyer. D’ailleurs, à l’ex­cep­tion de la queue de dé­tente do­rée, toutes les pièces mé­tal­liques vi­sibles sont bron­zées noir. La même so­brié­té a cours sous la bas­cule, avec le nom Mer­kel sim­ple­ment ap­po­sé en lettres blanches et deux fi­lets en­tre­mê­lés gra­vés de part et d’autre de la sous-garde.

Un ber­ceau ac­cueille le ca­non

L’as­pect mé­ca­nique de cette arme est in­té­res­sant. Si vous con­nais­sez un peu les kip­plaufs, vous sa­vez qu’elles peuvent re­ce­voir deux types de ver­rouillage, avec pour cha­cun des avan­tages et des in­con­vé­nients. Le ver­rouillage clas­sique, à deux cro­chets en ligne as­so­ciés le plus

sou­vent à un ver­rou su­pé­rieur de type Kers­ten (comme sur un jux­ta­po­sé), a be­soin (gé­né­ra­le­ment) d’une bas­cule acier et im­pose un ajus­tage soi­gné et oné­reux pour dis­po­ser d’un ca­non de re­change. Il peut en re­vanche se conten­ter d’une bas­cule as­sez étroite mais re­la­ti­ve­ment haute. L’autre confi­gu­ra­tion est le ver­rou os­cil­lant ou ver­rou Sim­son- Jä­ger, ap­pe­lé aus­si par­fois ver­rou Suhl ou à ber­ceau. Il s’agit d’une pièce d’acier mo­bile in­té­grée à la bas­cule et os­cil­lant d’avant en ar­rière. Vue de pro­fil, cette pièce épaisse des­sine un L ma­jus­cule. De face, elle évoque une de ces bornes ki­lo­mé­triques rouge et blanche ou jaune et blanche qui bor­daient au­tre­fois nos na­tio­nales et départementales. Ce ver­rou est lo­gé au fond de la bas­cule et va faire le lien, à la fer­me­ture de l’arme, entre la bas­cule, no­tam­ment le ton­nerre, et le ca­non. C’est cette pièce qui ver­rouille en­semble les deux élé­ments. Le ca­non pos­sède un cro­chet qui entre dans la par­tie in­fé­rieure ou ho­ri­zon­tale du ver­rou, où un trou car­ré à été usi­né, tan­dis que la par­tie ver­ti­cale vient s’ap­puyer contre les ton­nerres et est en­suite coif­fée d’un pro­lon­ge­ment de la par­tie su­pé­rieure du tube. La par­tie ver­ti­cale du ver­rou est éga­le­ment per­cée pour lais­ser pas­ser le per­cu­teur. L’ab­sorp­tion des pres­sions au dé­part du coup est as­su­rée par ce ver­rou os­cil­lant et c’est lui en­core qui re­çoit le ca­non et en as­sure la feuillure. Sa pré­sence rend non seule­ment inu­tile l’em­ploi de l’acier pour la réa­li­sa­tion de la bas­cule, qui peut donc être ti­rée d’un bloc d’er­gal, mais elle au­to­rise aus­si une mise en place très simple de ca­nons in­ter­chan­geables puis­qu’elle dé­cide de la feuillure.

Pro­pice à la lé­gè­re­té et à la po­ly­va­lence

La K3 Ex­trem dis­pose, vous l’au­rez com­pris, de ce ver­rouillage Sim­son-Jä­ger. Sa bas­cule est donc faite d’er­gal, une bonne chose puisque ce­la porte le poids de l’arme, en ordre de marche et sans lu­nette, à 2,650 kg seule­ment. Un vrai poids plume. De plus, la ca­ra­bine est pro­po­sée avec deux ca­nons au choix, un .270 Win­ches­ter et un 6,5 x 57 R. Deux ca­nons qui peuvent être ache­tés sé­pa­ré­ment pour com­po­ser une pa­no­plie et of­frir une plus grande po­ly­va­lence. Ce­la dit, un autre ca­libre que le 6,5 mm au­rait été bien­ve­nu pour nous of­frir une vé­ri­table al­ter­na­tive, le .270 Win­ches­ter cou­vrant à peu près tous les champs d’ap­pli­ca­tion du 6,5 x 57 R. En 2016, cette kip­plauf était pro­po­sée avec un ca­non oc­to­go­nal, ce qui in­ter­di­sait l’ac­cès aux nom­breux ca­nons de re­change pré­sents au ca­ta­logue Mer­kel K3, tous à pro­fil rond. Cette res­tric­tion est ré­vo­lue puisque l’arme dis­pose dé­sor­mais d’un ca­non qui au­to­rise une in­ter­chan­gea­bi­li­té to­tale avec les ca­nons des autres K3 (.243 Win­ches­ter, 6,5x65R, 7x57R, 7x65R, .300 Win­ches­ter Mag, .30R Bla­ser, 8 x 57 JRS ou 9,3 x 74 R). Ce nou­veau ca­non est flû­té et se ter­mine par fi­le­tage, idéal pour ac­cueillir un frein de bouche, ou un si­len­cieux, bien­tôt au­to­ri­sé dans notre pays si Sé­go­lène Royal res­pecte sa pro­messe (lire p. 12).

Le ber­ceau os­cil­lant est, comme la dé­tente, do­ré. Au­tre­fois, au temps des poudres noires ou py­roxy­lées et des amorces chlo­ra­tées, ce trai­te­ment des pièces mé­ca­niques per­met­tait de les pro­té­ger de l’oxy­da­tion, voire de la cor­ro­sion. Cette fonc­tion est de­ve­nue inu­tile avec nos poudres vives et nos mu­ni­tions mo­dernes, et la do­rure n’a plus qu’une rai­son d’être es­thé­tique. Que ceux qui craignent qu’elle ne les tra­hisse du­rant une ap­proche soient ras­su­rés, elle ne se voit que lorsque l’arme est ou­verte – et ceux qui n’aiment pas le jaune n’en souf­fri­ront pas tant que ça ! Le ca­non me­sure 60 cm. Il est donc flû­té et com­porte un gui­don sur rampe en acier et une hausse à un feuillet sur un sup­port sur­éle­vé. Taillé dans la masse, au-des­sus de la chambre, se trouve le mon­tage in­té­gré et exclusif Mer­kel, un de plus, bap­ti­sé Sam. C’est pra­tique mais ce­la oblige ceux qui aiment chan­ger de ca­ra­bine ré­gu­liè­re­ment tout en gar­dant la même op­tique à de­voir ré­in­ves­tir à chaque fois dans un nou­veau mon­tage. La kip­plauf a vocation à être uti­li­sée pour des chasses si­len­cieuses où les tirs se font sur des ani­maux ar­rê­tés et où les dé­parts doivent être non seule­ment nets et francs mais sur­tout lé­gers, afin d’évi­ter les coups de doigt. C’est le cas ici. En outre, comme les autres K3, les K4 et les Sim­son dont les unes et les autres sont is­sues, cette kip­plauf pos­sède un cur­seur à deux po­si­tions pour choi­sir en moins d’une se­conde son poids de dé­part. Ce cur­seur, po­si­tion­né sur le cô­té gauche et sur le pied ar­rière du pon­tet, est ro­ta­tif : se­lon les be­soins, vous pla­cez sa pointe vers l’ar­rière ou vers le bas, pour des dé­parts lé­gers ou très lé­gers. La nuance peut pa­raître in­si-

gni­fiante, mais elle suf­fit à fa­vo­ri­ser la confiance et l’ai­sance dans votre tir et donc sa pré­ci­sion. Pour au­tant, ce dis­po­si­tif pra­tique sur le pa­pier ne l’est pas tou­jours sur le ter­rain. Avec des gants ou lorsque l’hu­mi­di­té la rend glis­sante, cette pièce de plas­tique lisse de­vient dif­fi­cile à ma­ni­pu­ler. Un lé­ger cran­tage ou striage de sa sur­face se­rait utile.

Dou­ceur et pré­ci­sion maxi

Mais avant de ti­rer, la ca­ra­bine au­ra bien en­ten­du été ar­mée. Pour ce faire, un ar­meur de sé­cu­ri­té prend place sur le col de crosse, un de ces ar - meurs aux­quels nous sommes dé­sor­mais tous ha­bi­tués puis­qu’ils équipent la plu­part des ca­ra­bines à ver­rou mo­dernes, à com­men­cer par les li­néaires. A l’ap­proche, il se ré­vèle un vrai plus. Il est un gage de sé­ré­ni­té pour le chas­seur com me pour le guide ou l’ac­com­pa­gnant. Il est aus­si un gage de temps ga­gné, la pro­gres­sion pou­vant se faire avec une car­touche cham­brée, il per­met de faire feu im­mé­dia­te­ment. Nous sommes deux à avoir tes­té cette kip­plauf, lui im­po­sant un banc d’es­sai des plus exi­geants. Un pre­mier test clas­sique a été me­né au stand et fut sui­vi de deux jours d’es­ca­pade dans les Alpes pour une chasse du cha­mois et du mou­flon. Pour l’oc­ca­sion nous avions équi­pé notre K3 d’une in­dis­pen­sable lu­nette de tir, une Leu­pold VX-3, une 3,5- 14x50. L’arme s’est ré­vé­lée à l’aise, pré­sente, ma­niable et im­mé­dia­te­ment dis­po­nible quand il le fal­lait, tout en se fai­sant presque ou­blier le reste du temps, lors­qu’elle était por­tée à l’épaule et qu’il fal­lait pro­gres­ser. La ques­tion es­sen­tielle pour une telle arme, outre celle de la lé­gè­re­té, concerne la pré­ci­sion. Inu­tile de feindre un grand sus­pens en la ma­tière, on sait que Mer­kel fa­brique ses propres ca­nons rayés de­puis tou­jours ou presque et en réa­lise aus­si bon nombre pour d’autres fa­bri­cants d’armes rayées par­tout en Eu­rope. Sans sur­prise donc, la K3 se montre pré­cise et offre des dé­parts vrai­ment très doux. At­ten­tion d’ailleurs, les deux poids of­ferts pour ces dé­parts peuvent sur­prendre, il s’agit presque de ste­chers de poids va­riables mais qui res­tent néan­moins très lé­gers. Et la chose est par­faite pour une arme de ce type qui rem­plit ain­si plei­ne­ment son rôle. Quant au poids plume, il est vrai­ment par­fait pour l’ap­proche et sur­tout la mon­tagne. Mais at­ten­tion là en­core, cer­tains, j’en fais par­tie, aiment avoir du poids dans la main pour sta­bi­li­ser leur vi­sée et pour­ront être déso­rien­tés par cette ca­ra­bine vrai­ment light. Pour eux, une lu­nette à large ob­jec­tif et forts gros­sis­se­ments, un peu lourde, amé­lio­re­ra les choses. Les autres au­ront au contraire tout in­té­rêt à ins­tal­ler une op­tique lu­mi­neuse mais lé­gère pour gar­der à cette pe­tite ca­ra­bine si jo­lie toute sa vi­va­ci­té et sa lé­gè­re­té.

Le mo­dèle que nous avons tes­té à la chasse était do­té d’un ca­non oc­to­go­nal.

L’ar­meur est in­dis­pen­sable sur une telle arme d’ap­proche.

La K3 Ex­trem, avec sa robe noire sobre et élé­gante, est clas­sique, in­dé­mo­dable et sur­tout très réus­sie.

Une crosse ni plus ni moins ma­gni­fique.

Un mon­tage de plus, certes pra­tique et fiable.

La pièce do­rée qui émerge de la bas­cule est le ver­rou os­cil­lant.

La sil­houette fine ca­rac­té­ris­tique de la kip­plauf, avec sa crosse ba­va­roise et son de­vant tu­li­pé.

La dé­tente, do­rée, est ré­glable en du­re­té au moyen d’un cur­seur pla­cé sur le pon­tet.

Le ca­non flû­té se ter­mine par un fi­le­tage pour la mise en place d’un frein de bouche, voire d’un si­len­cieux.

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