Un ins­tan­ta­né de Ker­né

Armes de Chasse - - Saga -

Pour sa­voir à quoi pou­vait res­sem­bler la pro­duc­tion d’une firme, rien de tel que les ca­ta­logues d’époque. A cette fin, nous avons éplu­ché un exem­plaire de Ker­né des an­nées 50. L’adresse de la « Ma­nu­fac­ture d’armes de chasse » in­di­quée sur le li­vret est en­core la rue Hoche à Ver­sailles. Il est donc for­cé­ment an­té­rieur à 1956, date à la­quelle l’en­seigne ira s’ins­tal­ler rue des Etats-Gé­né­raux, non loin du châ­teau, un choix avi­sé « mar­ke­tin­gue­ment par­lant », di­rait-on de nos jours, ou, dans le vo­ca­bu­laire de l’époque, une ré­clame épa­tante pour la mai­son Ker­né. Son pro­duit d’ap­pel est in­con­tes­ta­ble­ment le « vé­ri­table fu­sil Ker­né », qui a fait l’ob­jet d’un bre­vet en 1935, un réel « ul­tra­lé­ger » puis­qu’il pèse 2, 2 kg en ca­libre 24 ; 2,3 kg en 20 ; 2,4 kg en 16 ; 2,5 kg en 12, voire 2,850 kg avec ca­nons de 76 cm. Même en 10, il ne dé­passe pas les 3,2 kg, mais ce n’est pas un ma­gnum dont la firme se fe­ra en­suite la spé­cia­li­té. Il s’agit de jux­ta­po­sés clas­siques, dans toute la dé­cli­nai­son de ca­libres usuels à l’époque, plus un su­per­po­sé à de­vant deux pièces et même un « type mo­no ma­gnum » genre Sim­plex à le­vier de pon­tet, y ajou­tant éga­le­ment le 14 mm dit dejardin. Le choix est très im­por­tant sur les jux­ta­po­sés avec trois types : le 200 cou­rant (un An­son à fer­me­ture Hé­lice), le 210 avec faux corps en acier, le 215 avec fausses pla­tines à pi­vot, et en­fin le Grand Luxe, fer­me­ture Pur­dey, pla­tines type Hol­land & Hol­land, éjec­teurs au­to­ma­tiques. A cô­té de ces ma­gnum est dé­ve­lop­pée une sé­rie clas­sique Ar­mor, nom af­fi­chant les ori­gines bre­tonnes de la marque, avec des jux­ta­po­sés et un su­per­po­sé (S10 et S20) que l’on peut éga­le­ment per­son­na­li­ser à l’in­fi­ni : choix des bois, des types de crosses, des lon­gueurs de ca­nons. Le ni­veau de qua­li­té pou­vant, pour les col­lec­tion­neurs, s’ap­pré­cier aux contre­marques et au nombre d’étoiles. A une époque où les fu­sils or­di­naires sont éprou­vés à 950 bars, tous les fu­sils Ker­né le sont à 1200 bars, gage de so­li­di­té et qui ex­plique que l’on trouve tant de Ker­né en­core en bon état de nos jours. Le fa­bri­cant pro­pose même un Pro­jec­tir, avec car­touches à lampe et cibles lu­mi­neuses mo­biles, qui n’est pas sans évo­quer notre ci­né-tir ac­tuel… Quel avant-gar­disme ! Feuille­ter ces opus­cules jau­nis par les an­nées nous re­plonge dans un temps que les moins de 50 ans ne peuvent pas connaître ! Il y a là une ca­ra­bine sys­tème Mau­ser « adop­tée dans nos co­lo­nies » (en 6,5 x 57, 7x57, 8x57 S, 7x64, 9,3 x 72, 10x75), des tas de pe­tites ca­ra­bines .22 LR « au­to­ma­tiques », celles de notre en­fance, les Unique, Ge­varm, la Brow­ning Trom­bone, et dans le même pe­tit ca­libre au­jourd’hui in­ter­dit par­tout, des « genre Le­bel » et à « sys­tème Gras » qu’ont connus nos grands-pères. Tout ça bien sûr en vente libre, comme les pis­to­lets se­mi-auto MAB et Unique ! En pos­sé­der un au­jourd’hui vous en­ver­rait illi­co pres­to de­vant les tri­bu­naux. L’ar­mu­re­rie versaillaise vend bien sûr aus­si « l’au­to­ma­tique Brow­ning » en 5 coups ain­si que, pre­mier aper­çu d’une Ita­lie bien­tôt concur­ren­tielle sur notre ter­ri­toire, le Lui­gi Fran­chi 48 AL, éga­le­ment en 5 coups, et fa­brique toutes ses car­touches, du fait de sa spé­cia­li­té « ma­gnum », as­sez bou­dée par les en­car­tou­cheurs de l’époque.

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