Les ca­libres lisses ou­bliés

Du 4 mm au 48 mm en pas­sant par les 4, 8 et 14

Armes de Chasse - - Sommaire - Texte et pho­tos Jean-Claude Mour­ne­tas

Du 4 mm au 48 mm en pas­sant par les 4, 8 et 14

Les ca­libres 28 et 24 étaient au­tre­fois la norme, bien avant que le 16 ne règne en maître. Le 12 était con­si­dé­ré comme un gros ca­libre, mais on chas­sait le ca­nard au 10 ,voire au 4, ca­libre qui était aus­si uti­li­sé en Afrique par les ex­plo­ra­teurs, dont le fa­meux Se­lous. Re­tour sur ces car­touches ou­bliées qui res­sur­gissent par­fois au gré des ventes aux en­chères.

Deux types de car­touche de ca­libre 4 mm, avec un plomb n° 1 de Pa­ris et 1 g de gre­naille. Ces car­touches sans poudre étaient pro­pul­sées par une pas­tille de ful­mi­nate.

Il y a des an­nées, le ha­sard d’un dé­pla­ce­ment pro­fes­sion­nel me fit pas­ser par une ville du Mas­sif cen­tral où ve­nait de s’ou­vrir un ma­ga­sin à l’en­seigne ré­pu­tée pour les armes de chasse. Par simple cu­rio­si­té, je dé­ci­dais d’y en­trer. Ma vi­site ter­mi­née, je crus de bonne cour­toi­sie de faire un achat, même mo­deste. Je m’adres­sais au jeune ven­deur qui se trou­vait là : « Je vou­drais une boîte de car­touches de ca­libre 16, plomb n° 6. » Et le jeune homme de me re­gar­der d’un air nar­quois : « Ce ca­libre n’existe pas, mon­sieur ! » Je n’ai pas in­sis­té et suis re­par­ti les épaules basses, ac­ca­blé par un tel abîme d’in­com­pé­tence. Ne pas connaître ce ca­libre si ty­pi­que­ment fran­çais était in­ex­cu­sable. Il m’au­rait pa­ru plus com­pré­hen­sible et par­don­nable de ne pas connaître un de ces ca­libres an­ciens pour ca­nons lisses qui furent uti­li­sés au­tre­fois. De ceux-là, nombre de chas­seurs ignorent tout. Voi­là pour­quoi nous vous pro­po­sons une ba­lade par­mi ces car­touches an­ciennes, ob­so­lètes ou ou­bliées. Une pro­me­nade qui com­mence avec la plus pe­tite d’entre elles et qui se pour­sui­vra par ordre crois­sant.

Le 4 mm

Il est le plus pe­tit ca­libre fran­çais et il a équi­pé de très fines armes à ca­nons à âmes lisses à la fin du XIXe siècle. Il s’agis­sait de ca­ra­bines, de pis­to­lets ou de cannes-fu­sils dont se ser­vaient les dames pour ti­rer les pe­tits oi­seaux dans les char­mil­les tout en pre­nant le thé. Le tir s’ef­fec­tuait à moins de deux mètres, ce qui ex­plique l’ef­fi­ca­ci­té d’un aus­si mi­nus­cule ca­libre. Les car­tou­chettes étaient à per­cus­sion sur broche ou à per­cus­sion an­nu­laire, et toutes deux de deux types : à balle ronde ou à gre­naille de plomb mi­nus­cule qui por­tait bien son nom de « cen­drée ». Les car­touches à broche étaient du type Le­fau­cheux pri­mi­tif, c’est-à- dire que l’amorce re­po­sait sur le cô­té in­terne de l’étui étant don­né l’exi­guï­té du lo­ge­ment. Un simple plomb rond (le n° 1 de chasse sé­rie de Pa­ris) coif­fait l’étui en guise de balle. Cette mu­ni­tion dite de sa­lon était uti­li­sée à titre lu­dique pour les concours de tir fa­mi­liaux. Pour le tir des pas­se­reaux, la balle était rem­pla­cée par un tube de car­ton très mince gar­ni d’un gramme de gre­naille n° 12 et même 14, ces plombs qui ser­vaient or­di­nai­re­ment de lest pour les vi­no­mètres et les pèse-al­cool. Il n’y avait pas de poudre, seule une pas­tille de ful­mi­nate as­su­rait la pro­pul­sion.

Pour les car­touches à per­cus­sion an­nu­laire, le char­ge­ment était le même, mais s’avé­rait un peu plus puis­sant. La pro­duc­tion des armes de ce tout pe­tit ca­libre ne semble pas avoir dé­pas­sé l’an­née 1890.

Le 5 mm

C’est la co­pie in­té­grale du 4 mm. Cer­taines cannes de pro­me­nade ont eu une poi­gnée équi­pée de l’arme de dé­fense ri­di­cule qu’elle char­geait ! Plus sé­rieu­se­ment, la ca­ra­bine belge Her­mo­sa était do­tée d’un ca­non­ral­longe vis­sant qui per­met­tait de la « trans­por­ter dis­si­mu­lée dans un vê­te­ment et ain­si chas­ser dis­crè­te­ment » ( sic). Un pis­to­let Her­mo­sa fut éta­bli se­lon le même prin­cipe et pour le même usage. Ces mu­ni­tions furent très en vogue dans les an­nées 1900, avant que leur fa­bri­ca­tion soit ar­rê­tée avec le conflit de 1914.

Le 6 mm

C’était cer­tai­ne­ment le ca­libre le plus connu et ré­pan­du avant qu’il ne soit sup­plan­té par le .22 ve­nu des Etats-Unis. Son ca­libre réel est de 5,4 mm. Le 6 mm pour ca­ra­bine à ca­non lisse n’a pas été éta­bli en car­touches à broches mais seu­le­ment à per­cus­sion an­nu­laire. Il était pro­po­sé avec des balles rondes (n° 0000 sé­rie de Pa­ris) mais aus­si des car­touches à gre­naille. Le char­ge­ment était un étui car­ton gar­ni de pe­tits plombs, en deux mo­dèles, avec simple et double charge. Ces der­nières ces­se­ront d’être fa­bri­quées par la so­cié­té Gé­ve­lot dans les an­nées 1940 ; pour les car­touches dites bos

quettes pour armes rayées, ce se­ra vers 1980. Une car­touche à étui mé­tal­lique à per­cus­sion cen­trale char­gée de gre­naille avec fer­me­ture plis­sée, comme les car­touches Feuillette, fit une courte ap­pa­ri­tion dans les an­nées 1900, et ces­sa d’être pro­duite avec la guerre de 1914. Avec le ca­libre 6 mm ap­pa­raît une car­touche très par­ti­cu­lière créée par Jean-Bap­tiste Gau­bert, ar­que­bu­sier pa­ri­sien, dont il dé­pose le bre­vet en 1864. La mu­ni­tion est dite à per­cus­sion pé­ri­phé­rique et non an­nu­laire : la charge de ful­mi­nate est dis­po­sée en pour­tour d’un évi­de­ment pra­ti­qué par em­bou­tis­sage du cu­lot. Cette charge re­vêt ain­si la forme d’une bague blo­quée entre le bour­re­let de la car­touche et la pro­tu­bé­rance cen­trale du cu­lot. La ca­ra­bine uti­li­sant cette mu­ni­tion com­porte un er­got sur le rem­part de cu­lasse. A la fer­me­ture de l’arme par cou­lis­sage du ca­non, la car­touche vient se blo­quer contre le rem­part de cu­lasse et l’er­got pé­nètre dans la ca­vi­té cen­trale du cu­lot où

il fait of­fice d’en­clume. Le chien, ar­qué en de­mi-cercle, frappe par le des­sus. Sa tête est mu­nie d’une dent qui pé­nètre par une per­cée dans le ca­non comme sur les fu­sils à broche. Le bour­re­let de la car­touche re­çoit donc le choc à la ver­ti­cale et s’écrase contre l’en­clume du rem­part de cu­lasse. Outre deux car­touches à balle à tête ronde, deux car­tou­chettes à gre­naille à simple et double charge furent éta­blies. L’une des car­touches à balle fut même amé­lio­rée par une charge de poudre com­plé­men­taire, ce qui en fai­sait dé­jà un pro­jec­tile sé­rieux. Il est rare de trou­ver l’une de ces ca­ra­bines dans son état d’ori­gine car les uti­li­sa­teurs les ont trans­for­mées en meu­lant l’er­got du rem­part et en « bi­douillant » la pointe per­cu­trice afin d’uti­li­ser les mu­ni­tions ul­té­rieures du type Flo­bert à per­cus­sion an­nu­laire. Les mu­ni­tions ori­gi­nelles type Gau­bert ne semblent pas avoir dé­pas­sé les an­nées 1890. On les re­trouve en­core en Al­le­magne dans le ca­ta­logue Al­fa de 1911. Leur pro­duc­tion ces­se­ra to­ta­le­ment au com­men­ce­ment de la guerre de 1914. Les ca­ra­bines Gau­bert de ce mo­dèle furent des armes gra­cieuses et très soi­gnées à crosse sque­lette, bap­ti­sées le Pe­tit Pa­ri­sien. Un exem­plaire fut of­fert à l’im­pé­ra­trice Eu­gé­nie, alors que dans le même temps un fu­sil était of­fert à Na­po­léon III, mais dans un ca­libre plus sé­rieux, peut-être un 20.

Le 7 mm

Cette car­touche est celle du re­vol­ver Le­fau­cheux du même ca­libre. Elle fut uti­li­sée pour quelques can­nes­fu­sils à ca­nons lisses avec sa car­touche à broche mé­tal­lique char­gée là aus­si d’un tube de car­ton gar­ni de gre­naille de plomb n° 8.

Le 8 mm (ou 320)

Cette car­touche est is­sue du ca­libre rè­gle­men­taire et n’a donc été éta­blie qu’à per­cus­sion cen­trale, mais avec

la par­ti­cu­la­ri­té d’avoir l’amorce in­terne au cu­lot. Celle-ci est donc non ap­pa­rente, ce qui donne l’as­pect d’une mu­ni­tion à per­cus­sion an­nu­laire. Outre l’amorce, le char­ge­ment est à poudre noire. La poudre et les plombs de la charge, conte­nus dans un tube de car­ton, sont sé­pa­rés par une simple ron­delle de car­ton en guise de bourre, mais le tube est ex­pul­sé avec la charge, ce qui en amé­liore le grou­pe­ment. Il s’agit d’une car­touche pour de rares « cannes de pro­me­nade » dont la fa­bri­ca­tion ces­se­ra là en­core avec la guerre de 1914.

Le 9 mm

Il ne s’agit pas de la bien connue 9 mm Flo­bert à per­cus­sion an­nu­laire, mais de la car­touche à gre­naille dé­ri­vée de la car­touche du re­vol­ver de ca­libre .380. C’est une car­touche à per­cus­sion cen­trale avec charge de poudre noire. Une ca­ra­bine fut éta­blie pour elle, dont le suc­cès ame­na une mo­di­fi­ca­tion : l’étui fut por­té à 55 mm avec un cu­lot de 6 mm, rem­pla­çant l’étui de car­touche du re­vol­ver. La charge fut éga­le­ment ren - for­cée, ce qui don­na une ef­fi­ca­ci­té cer­taine à la mu­ni­tion. Celle-ci était en­core char­gée dans les an­nées 1960 alors que la fa­bri­ca­tion des ca­ra­bines et cannes-fu­sils l’uti­li­sant avait ces­sé de­puis dé­jà deux dé­cen­nies. Pour les col­lec­tion­neurs de car­touches, si­gna­lons aus­si une mu­ni­tion par­ti­cu­lière : la 9 mm Sharps à per­cus­sion an­nu­laire, dite .350 Sharps. Il s’agit d’une mu­ni­tion des­ti­née à une ca­ra­bine de chasse beau­coup plus puis­sante que la Flo­bert. Là aus­si avec deux mo­dèles de car­touches à balle. L’une à balle à tête ronde et l’autre beau­coup plus puis­sante à balle cy­lin­dro-co­nique. Ce sont éga­le­ment deux car­touches à gre­naille à étui car­ton mon­té sur l’étui cuivre de la car­touche à balle, ce qui en fait une car­touche à très haut cu­lot. Les mu­ni­tions pos­sèdent des étuis de 45 mm

pour la simple charge et 55 mm pour le mo­dèle à charge ren­for­cée. Cette der­nière of­frant alors des per­for­mances voi­sines de notre 12 mm à per­cus­sion cen­trale ac­tuelle (nous par­lons ici de la .410 clas­sique, pas de la .410 mag­num ). En Al­le­magne et en An­gle­terre fut éta­blie une ca­ra­bine à ca­non lisse ti­rant une car­touche à étui tout lai­ton à bour­re­let et per­cus­sion cen­trale, la 9,1 x40 mm, char­gée de poudre noire et com­por­tant une bourre faite de car­ton épais. Ses per­for­mances étaient bien su­pé­rieures à la 9 mm Flo­bert simple charge.

Le ca­libre 36

On trouve es­sen­tiel­le­ment dans ce ca­libre des ca­ra­bines et des can­nes­fu­sils al­le­mandes, des armes bien par­ti­cu­lières à car­touche mé­tal­lique. La mu­ni­tion est une 11,15 x 52 mm à bour­re­let à per­cus­sion cen­trale. L’amorce est du type small, c’es­tà- dire le mo­dèle ré­duit de notre amorce plate 6,45 pour poudre noire. Cette car­touche est la grande soeur de la 9,1 x540 mm de même ori­gine. Il s’agit de deux car­touches ra­ris­simes qui ne peuvent in­té­res­ser que les col­lec­tion­neurs. Leur connais­sance a pour prin­ci­pale ver­tu de dé­mon­trer com­bien il faut être prudent avant de faire l’es­sai d’une ar me an­cienne au ca­libre in­dé­ter­mi­né. Ce n’est pas parce que « ça rentre » qu’une mu­ni­tion ac­tuelle est ap­pro­priée. Cer­tains l’ont ap­pris à leurs dé­pens, fort mal­heu­reu­se­ment.

Le 12 mm

Il est ici ques­tion du « vrai » 12 mm et non de la clas­sique car­touche à per­cus­sion cen­trale dite 12 mm. Ce 12 mm réel était le pre­mier ca­libre usuel des fu­sils se char­geant par la gueule, qu’ils soient à si­lex ou à pis­ton. L’oc­ca­sion d’ou­vrir une pa­ren­thèse sur les ca­libres de ces armes de chasse, qui étaient char­gées en

12 mm, 14 mm, 30, 28, 26, 24, 22, 20, 18, 17, 16, 15, 14, 13, 12, 10 et 8. La bourre de feutre à en­coches de ces car­touches est pro­po­sée pour la der­nière fois au ca­ta­logue de la Ma­nu­fac­ture d’armes et cycles de 1900. Avant cette bourre, les mu­ni­tions avoi­si­naient les 260 m/ s, du fait du « vent » entre le pro­jec­tile et le ca­non. Le ca­le­pin de­vait amé­lio­rer ces per­for­mances et at­teindre les 300 m/s. Avec les bourres grasses de laine par­fai­te­ment ca­li­brées et sur­tout l’ar­ri­vée des poudres py­roxy­lées, les per­for­mances s’am­pli­fièrent, par­fois même à l’ex­cès. Les re­mar­quables tra­vaux du gé­né­ral Jour­née font res­sor­tir que les meilleurs ré­sul­tats étaient ob­te­nus avec des charges don­nant 375 m/s – nos bourres à jupe et à go­det ac­tuelles per­mettent de pas­ser les 400 m/s. Dans le 12 mm fut fa­bri­quée une car­touche à broche à étui tout lai­ton com­por­tant un ré­treint au ni­veau de la charge de gre­naille. Ce ca­libre était ce­lui d’un pis­to­let de gar­de­chasse mo­no­coup à ca­non lisse. Il pou­vait éga­le­ment ti­rer une car­touche à balle plomb ogi­vale des­ti­née à ache­ver un nui­sible pris au piège. Tou­jours pour les gardes-chasse était éta­bli un ré­vol­ver de ca­libre .450 à âme lisse, crosse sque­lette re­pliable, qui pou­vait ti­rer la « 12 mm Ar­mée », ogive plomb, mais éga­le­ment une car­touche à étui car­ton char­gée de gre­naille des­ti­née « à dé­truire les

becs droits » (sic).

Le ca­libre 18

En fu­sil à si­lex ou trans­for­mé à pis­ton, ce ca­libre est rare en France car, sous l’Em­pire, il était in­ter­dit de confec­tion­ner des armes de chasse ayant moins d’un mil­li­mètre d’écart avec les armes rè­gle­men­taires. C’est en re­vanche le ca­libre de beaux fu­sils doubles an­glais se char­geant par la cu­lasse. Le ca­libre fut adop­té en An­gle­terre pour pal­lier le dé­tour­ne­ment des mu­ni­tions, comme ce fut le cas pour le 14 sur le conti­nent, nous al­lons le voir. Ce 18 eut une vie très courte, car les mu­ni­tions spé­ci­fiques qui lui étaient des­ti­nées cor­res­pon­daient exac­te­ment aux côtes du 16 du conti­nent. On les trou­vait chez Lan­cas­ter en étuis lai­ton de 63 et 70 mm pour la gre­naille et 40 mm pour la balle. Le dia­mètre in­té­rieur était de 16,9 mm, soit exac­te­ment l’alé­sage adop­té par la Ma­nu­fac­ture d’armes et cycles de Saint-Etienne pour son Ro­bust et l’Idéal de ca­libre 16. Avec la nor­ma­li­sa­tion des ca­libres, cette car­touche de­vint im­mé­dia­te­ment ob­so­lète. La der­nière trace que l’on en re­trouve est chez Uten­doerf­fer, la sec­tion de Nu­rem­berg de la So­cié­té rhé­nane-west­fa­lienne des ex­plo­sifs, aux alen­tours de 1890. Il semble avoir été le der­nier fa­bri­cant. C’est dire la ra­re­té !

Le ca­libre 14

Dans la gamme ac­tuelle des ca­libres de chasse al­lant du 28 au 10, il manque une gra­dua­tion : le 14. Ce ca­libre in­ter­mé­diaire entre le 16 et le 12 se ren­con­trait avec des car­touches à broche et des car­touches à per­cus­sion cen­trale. Les armes uti­li­sant ces mu­ni­tions n’étaient pas celles du com­mun des mor­tels. Elles étaient faites sur com­mande par des gens for­tu­nés fré­quen­tant les chasses pri­vées, où of­fi­ciait du « pe­tit per­son­nel ». Or ces va­lets de chasse sub­ti­li­saient nombre de car­touches pour leur usage per­son­nel. Pour re­mé­dier à ces cou­lages, nos chas­seurs for­tu­nés optèrent pour un ca­libre in­usi­té, le 14, aux car­touches flot­tant dans le 12 et n’en­trant pas dans le 16. Au­tant dire que ces fu­sils par­ti­cu­liers étaient tou­jours d’une fi­ni­tion re­mar­quable. Leur fa­bri­ca­tion de­vait ces­ser dans les an­nées 1910, car les dé­tour­ne­ments de mu­ni­tions se per­pé­tuèrent avec la four­ni­ture par les ar­mu­riers d’en­ton­noirs à com­pres­ser les bourres ! Les car­touches de 14 pou­vaient dès lors être vi­dées et trans­po­sées dans un étui de 16. Ces car­touches de 14, tant à broche qu’à per­cus­sion cen­trale, étaient éta­blies aus­si bien en étui car­ton qu’en étui tout lai­ton avec une lon­gueur de 64 et 75 mm. Furent éga­le­ment pro­po­sés des étuis en acier tour­né à « usage in­fi­ni ». Il était re­com­man­dé d’uti­li­ser avec ces étuis des bourres d’un ca­libre in­fé­rieur (donc le 16), alors qu’avec les étuis lai­ton il était pré­co­ni­sé d’uti­li­ser des bourres d’un ca­libre su­pé­rieur (donc le 12 ). Ces in­ven­tions son­nèrent le glas du ca­libre 14 et des très belles armes qui le ti­raient.

Le ca­libre 8

Ce ca­libre si­tué juste au-des­sus du 10 est le pre­mier à être in­ter­dit pour la chasse. Il est clas­sé dans les ca­nar­dières dont nous avons par­lé dans un nu­mé­ro d’Armes de Chasse (n° 45, 2e tri­mestre 2012). Son ca­libre ori­gi­nel est de 21,4 mm et les em­por­te­pièces, four­nis gra­cieu­se­ment avec l’arme pour réa­li­ser soi-même les bourres, étaient de 22 mm. C’est ce­pen­dant le plus gros ca­libre pour le­quel les ma­nu­fac­tures pro­po­saient en­core à la vente des bourres en feu- tre ou en ca­ou­tchouc de leur fa­bri­ca­tion. Ce fut le ca­libre de tous les types de fu­sils : à si­lex, à pis­ton, à broche et à per­cus­sion cen­trale. Les charges em­ployées étaient de 12 à 13 g de poudre noire dite à gros

grains, puis de su­per­fine. Les plombs (qui n’étaient pas de plomb mais de po­tin, un al­liage de cuivre et d’étain) étaient de 60 à 80 g. Ces char­ge­ments ont été éga­le­ment pré­sen­tés dans le nu­mé­ro d’Armes de

Chasse ci­té à l’ins­tant. Le ca­libre a été uti­li­sé pour la grande chasse avec des mu­ni­tions tout à fait par­ti­cu­lières. En 1892, Ver­ney-Car­ron pré­sente une balle ex­plo­sive pour « le lion, le rhi­no­cé­ros et l’élé­phant » dans les ca­libres 10, 8 et 4. En fait, il s’agit d’un obus en acier. Il est gai­né de deux cein­tures de plomb pour le frot­te­ment dans les ca­nons et ex­plose en deux temps à l’im­pact.

Le ca­libre 6

Il n’a été uti­li­sé que pour des ca­nar­dières pri­mi­tives à si­lex. Peut-être pou­vait-on le trou­ver avec une trans­for­ma­tion à pis­ton. Son ca­libre ini­tial était de 22 mm, rai­son pour la­quelle les em­porte-pièces du 8 étaient alé­sés à 22 mm. Dans la réa­li­té, les uti­li­sa­teurs ne s’em­bar­ras­saient pas de ce genre de soins : une fois la poudre ver­sée et tas­sée dans le ton­nerre, un tam­pon de pa­pier ou de vieux chif­fons fai­sait of­fice de bourre. Les vieux clous usa­gés re­ti­rés des sa­bots de bois ou de bro­de­quins et autres dé­chets mé­tal­liques se trou­vaient re­cy­clés en gre­naille.

Le ca­libre 4

Bien que la con­ven­tion d’Ulm ait vou­lu stan­dar­di­ser les ca­libres, on re­trouve des 4 avec des âmes de 23 à 23,4 mm. Ce ca­libre a été uti­li­sé de­puis les pre­mières ca­nar­dières à si­lex ou à mèche jus­qu’aux ca­nar­diers à per­cus­sion cen­trale du

XXe siècle. C’est d’ailleurs le der­nier fu­sil à broche ou per­cus­sion cen­trale qui soit épau­lable, au-de­là, les armes sont mon­tées sur af­fût. C’est éga­le­ment le der­nier ca­libre pour le­quel des mu­ni­tions à car­touches clas­siques à étui car­ton et cu­lot lai­ton sont fa­bri­quées. L’em­porte- pièce four­ni pour dé­cou­per les bourres dans les plaques de feutre était alé­sé à 24 mm. Les étuis va­rient de lon­gueur, de 64 à 100 mm, se­lon la charge de gre­naille mais aus­si de poudre. En ef­fet, la hau­teur de la charge était ex­trê­me­ment dif­fé­rente se­lon le type de poudre uti­li­sé. Avec les poudres noires, il était pré­co­ni­sé de faire un mé­lange de va­rié­tés ain­si ré­par­ties : 100 g d’ex­tra­fine, 200 g de su­per­fine et 300 g de fine. Le­dit mé­lange était uti­li­sé avec une charge de 12 g et « 8 fois ce poids pour le

plomb » , ce qui avoi­si­nait les 100 g. Avec la poudre blan che mise au point par le co­lo­nel al­le­mand Schultze, 3 à 4 g suf­fi­saient. Soyons pré­cis, il ne s’agit pas d’une drogue illi­cite, mais de sciure de bois très fine épu­rée chi­mi­que­ment, puis sa­tu­rée de sal­pêtre li­quide, gra­nu­lée et sé­chée. La por­tée se si­tuait entre 80 et 100 m. Les fu­sils de ce ca­libre étaient des mo­no­coups à fer­me­ture du type Le­fau­cheux double clé, mais sur­tout de lourds mo­dèles is­sus du prin­cipe du fu­sil Gras, bien plus ré­sis­tants avec leur cu­lasse à ver­rou. Du fait de leur poids éle­vé (7 à 9 kg), leur re­cul était en­core sup­por­table.

Le ca­libre 26 mm

C’est le ca­libre d’un énorme fu­sil ca­nar­dier pou­vant en­core être bou­gé. Il n’est pas blo­qué en fixe sur un châs­sis, mais re­pose sur un ar­ceau qui per­met de l’orien­ter pour le tir. Ce ca­libre in­ter­mé­diaire est rare, car peu pro­po­sé par les ma - nu­fac­tures, car cha­cune dis­po­sait d’un ca­libre par­ti­cu­lier pour ce type d’armes, un bon moyen de se fi­dé­li­ser une clien­tèle.

Le ca­libre 32 mm

Le 32 est en fait alé­sé à 30 mm et c’est le ca­libre de la pre­mière arme de la sé­rie des ca­nar­dières-ca­nons, où le ca­non est sup­por­té par un pi­vot re­po­sant sur une pièce de bois ro­buste an­crée sur un ba­teau ou le bâ­ti d’une hutte d’af­fût. Dis­po­si­tion in­dis­pen­sable pour une arme d’une lon­gueur to­tale de 4 m et pe­sant 90 kg. Le char­ge­ment s’opère par une énorme cu­lasse mo­bile, du genre Gras, dans la­quelle on in­tro­duit une douille d’acier à per­cus­sion cen­trale préa­la­ble­ment char­gée de 80 g de poudre et 500 g de plombs.

Le ca­libre 33 mm

C’est la ré­plique du 32 pré­cé­dent quant à l’usage sur af­fût, à la seule dif­fé­rence que le ca­libre su­pé­rieur lui donne plus de por­tée meur­trière, es­ti­mée à 150 m. La cu­lasse est va­riable : du type Gras, à vis à fi­lets in­ter­rom­pus ou en­core à char­nière à blo­cage par coin. La charge était qua­si­ment iden­tique au 32 mm mais avec « triple épais­seur de bour­ra

ge » . La pla­quette de feutre étant de 10 mm, on en dé­duit un bour­rage de 30 mm. La charge pré­co­ni­sée est de 80 à 100 g de poudre pour 5 à 600 g de plombs. La lon­gueur de l’arme est de 2,50 m pour un poids de 130 kg. Ici, le ca­libre réel est bien de 33 mm, l’arme est d’ailleurs four­nie avec un em­porte-pièce à cet alé­sage. Là en­core, chaque ma­nu­fac­ture avait en réa­li­té son ca­libre propre pour ces armes qui n’étaient éta­blies que sur com­mande spé­ciale et non de sé­rie.

Les ca­libres 35, 38, 42 et 48 mm

Ce sont les ca­libres ex­trêmes pour des ca­nar­dières mon­tées sur af­fût cri­no­line avec frein de re­cul… et il s’agit da­van­tage de pièces d’ar­tille­rie que d’armes de chasse. La douille est en acier tour­né avec des charges de 500 g de poudre à gros grains et « 1 ki­lo et plus » de plombs en­ro­bés de stéa­rine. La por­tée pas­sait à plus de 200 m. Ces « ma­chines de guerre » ont éga­le­ment été uti­li­sées pour le tir des grands ani­maux en bor­dure de fleuve. Conjoin­te­ment, sur com­mande spé­ciale, un tube ré­duc­teur du ca­libre 8 était éta­bli pour des tirs plus mo­destes.

Tous ces ca­libres gi­gan­tesques et meur­triers, qui trans­for­maient la pe­tite chasse au gi­bier d’eau en un vaste dis­po­si­tif à ren­de­ment éle­vé, dis­pa­rurent avec le XIXe siècle. On n’en trouve plus au­cune trace dans les ca­ta­logues des fa­bri­cants à par­tir de 1900. Les temps avaient chan­gé, l’heure n’était plus aux chasses-mas­sacres et la tra­di­tion re­pre­nait ses droits. L’uni­vers des « pe­tits ca­libres », ce­lui des fu­sils de chasse por­ta­tifs, se nor­ma­li­sait avec le stan­dard de l’ham­mer­less et ne sub­sis­taient plus que les 28, 24, 20 et 16, tan­dis que le ca­libre 12 poin­tait dou­ce­ment le bout du guidon, jus­qu’à prendre en quelques dé­cen­nies la place du 16. La fin du XXe siècle mar­que­ra le re­tour du ca­libre 20, au­tre­fois ca­libre de dame, et ce­lui du ca­libre 28. Le 24 de son cô­té de­meu­rant dé - lais­sé. Mais qui sait si, dans quelques an­nées, ce ca­libre ou d’autres ne re­trou­ve­ront pas une nou­velle jeu­nesse en dé­trô­nant un de nos ca­libres au­jourd’hui très en vogue ?

En vogue en 1900, no­tam­ment pour les cannes-fu­sils, le 5 mm dis­pa­raî­tra en 1914.

Le 28 a connu une tra­ver­sée du dé­sert avant de re­ve­nir à la mode et être dé­sor­mais très re­cher­ché.

Deux balles plomb, celles du plus pe­tit et du plus gros ca­libre pré­sen­tés ici.

Un pa­nel non ex­haus­tif mais re­pré­sen­ta­tif de la va­rié­té des ca­libres pour armes lisses que l’on pou­vait trou­ver au dé­but du siècle der­nier.

La car­touche de 9 mm Gau­bert, avec son cu­lot très pro­fond.

Une car­touche de 7 mm à broche, uti­li­sée éga­le­ment dans les re­vol­vers Le­fau­cheux.

Le ca­libre 18, an­glais, avec ses étuis en lai­ton, eut une du­rée de vie très courte. Il pas­sait dans les 16 du conti­nent. La ca­libre 14, conçu pour évi­ter les « vols » de car­touches, dis­pa­rut lorsque ses com­po­sants furent ceux du 12.

La 9 mm Sharps à per­cus­sion an­nu­laire, dite aus­si .350 Sharps.

De tout dans toutes les tailles. Les ca­libres lisses sont bien plus nom­breux et va­riés qu’on ne le pense.

Nous n’avons pas évo­qué le très bon ca­libre 24, dé­lais­sé à l’heure ac­tuelle, mais qui pour­rait, comme le 28, re­trou­ver les fa­veurs des chas­seurs.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.