Quelle car­touche pour le haut vol ?

Nos es­sais pour les tirs lointains

Armes de Chasse - - Sommaire - Jo­sé Nogent

Nos es­sais pour les tirs lointains

Fai­sans, pi­geons, mais aus­si per­drix peuvent exi­ger de vous des tirs lointains, on parle alors d’oi­seaux de haut-vol. Quelle car­touche em­ployer pour at­teindre ces points dans le ciel ? Les bourres grasses sont-elles in­uti­li­sables, les bourres à jupe doivent-elles avoir des qua­li­tés par­ti­cu­lières ? Notre test.

Si on écoute les chas­seurs, les tirs à plus de 50-60 m sont mon­naie cou­rante. J’ai même connu un vieux chas­seur qui dé­cro­chait ses per­drix à plus de 80 m. Chaque di­manche, il évo­quait un coup de fu­sil in­croyable, qu’il était le seul à croire ! Er­reur de ju­ge­ment, échelle de me­sures faus­sée ou tar­ta­ri­nade, peu im­porte… Peut-être avait-il ti­ré à 30 ou 40, voire 45 m, ce qui est dé­jà très loin. Reste la ques­tion im­por­tante : la car­touche à em­ployer dans ce genre de si­tua­tions où lorsque l’on doit vi­ser les 35, 40, 45, 50 et même 55 m. Nous avons fait le test pour vous. Pour le tir à grande dis­tance, il faut un char­ge­ment lourd avec une vi­tesse ini­tiale éle­vée, une bourre qui concentre au maxi­mum la gerbe afin que cette der­nière ait une forme qui rap­pelle la pointe d’une flèche. Si vous vous re­plon­gez dans les dif­fé­rents es­sais que nous avons réa­li­sés, vous consta­te­rez que pour les tirs jus­qu’à 35 m, nous pré­co­ni­sons des charges lé­gères. Pour les tirs plus lointains, il en est tout au­tre­ment. Nous avons re­pris les es­sais que nous avions réa­li­sés pour le nu­mé­ro 43 d’Armes de chasse au laboratoire No­belS­port d’An­ney­ron, dans la Drôme.

La por­tée de nos car­touches

Nous avions uti­li­sé une 32 g bourre grasse, la Fob Stan­dard, et une 36 g bourre à jupe, la Fob Gold. D’autres mu­ni­tions do­tées des mêmes bourres et des mêmes charges au­raient tout aus­si bien conve­nu, l’idée n’était pas d’éva­luer les per­for­mances de ces car­touches en par­ti­cu­lier ni d’une fa­mille de mu­ni­tions. Les tirs étaient réa­li­sés dans un fu­sil se­mi-au­to­ma­tique à ca­non de 70 cm trois quarts de choke. Voi­ci le compte-ren­du de ces es­sais. La pre­mière cible est po­si­tion­née à 30 m, ce qui cor­res­pond à la dis­tance de pré­di­lec­tion de ce type de car­touches et d’es­sai. S’agis­sant du tir de chasse, elle consti­tue en re­vanche une dis­tance maxi­male, voire ex­ces­sive, pour la ma­jo­ri­té d’entre nous. Pour cette cible et les sui­vantes, nous contrô­lons tout d’abord le grou­pe­ment. Nous avons re­cours pour ce­la à la tra­di­tion­nelle cible de 91 cm de cô­té. Après chaque tir, nous tra­çons un cercle de 76 cm de dia­mètre en pre­nant soin de cen­trer ce trait par rap­port au coeur de gerbe du car­ton de 91 cm. Puis nous re­pé­rons les zones de vide, ma­té­ria­li­sées par un cercle de 8 cm de dia­mètre dé­pour­vu d’im­pacts. Nous tra­çons un car­ré cen­tral de 22 x 22 cm qui dé­ter­mine la zone de concen­tra­tion au centre de la gerbe. Nous me­su­rons éga­le­ment la pé­né­tra­tion des grains de plomb qui va nous per­mettre de confir­mer la puis­sance de chaque car­touche ti­rée.

Le grou­pe­ment est gé­né­ra­le­ment ex­pri­mé par le pour­cen­tage de billes de la car­touche qui, sur une cible, sont dé­nom­brées à l’in­té­rieur d’un cercle de 76 cm de dia­mètre. D’autres cri­tères plus com­plexes (telle la dis­tri­bu­tion) sont éga­le­ment pris en compte mais ne sont pas re­pris dans ces co­lonnes pour ne pas com­pli­quer notre pro­pos. Pour ga­gner du temps et évi­ter les er­reurs, ces opé­ra­tions étant ré­gu­liè­re­ment ef­fec­tuées pour les car­touches à plomb de­puis des di­zaines d’an­nées dans l’usine de pro­duc­tion de Fob, les pro­cé­dures ont été au­to­ma­ti­sées : une ca­mé­ra scanne la cible, un or­di­na­teur dé­nombre les im­pacts et ana­lyse les ré­sul­tats. Le laboratoire de No­bel Sport nous per­met éga­le­ment de réa­li­ser des tests de pé­né­tra­tion, éta­blie ici par le nombre de car­tons nor­més per­fo­rés par la moi­tié des pro­jec­tiles frap­pant le pre­mier car­ton de la sé­rie. No­tons que la mé­thode ne prend pas en compte le nombre maxi­mal de car­tons per­fo­rés : il est en ef­fet fré­quent qu’un ou plu­sieurs pro­jec­tiles, plus gros que la moyenne, tra­versent un bien plus grand nombre de car­tons que le reste des billes de la car­touche. Prendre en consi­dé­ra­tion ce nombre maxi­mal de car­tons per­fo­rés don­ne­rait une image peu réa­liste de la pé­né­tra­tion gé­né­rale de la car­touche.

Le grou­pe­ment à la loupe

Les ta­bleaux ci-contre ras­semblent, pour chaque dis­tance de tir, les ré­sul­tats chif­frés de nos es­sais. La co­lonne grou­pe­ment (« grpt ») donne, ex­pri- mée en pour­cen­tage, la pro­por­tion de plombs pour chaque car­touche com­prise dans le cercle de 76 cm de dia­mètre. Plus le pour­cen­tage est éle­vé, meilleur est le grou­pe­ment puisque ce­la si­gni­fie que les at­teintes sont très nom­breuses et que peu de plombs ratent la cible. On re­mar­que­ra que ce grou­pe­ment va­rie de 48 à 92 % sui­vant la dis­tance de tir et le type de car­touche uti­li­sé. Ain­si, à 35 m, en trois quarts de choke et avec le plomb n° 6, plus de 75% des grains frappent à l’in­té­rieur du cercle vi­sé de 76 cm de dia­mètre. Le grou­pe­ment di­mi­nue bien en­ten­du avec la dis­tance. Ces tests viennent nous confir­mer que la dé­ci­sion de tir à grande dis­tance doit dé­pendre de la connais­sance « ob­jec­tive » des ca­rac­té­ris­tiques de notre car­touche d’une part, du cho­kage de notre arme d’autre part – tout ce­la s’ajou­tant à la prise en compte de la cor­rec­tion à ap­pli­quer sui­vant la dis­tance mais aus­si la tra­jec­toire du gi­bier (cf. dos­sier « La vi­tesse de nos car­touches », Armes de Chasse n° 31, p. 40).

Lors du tir pour le grou­pe­ment, nous dis­po­sons une boîte ré­cep­trice dans l’axe de notre cible de 25 x 25 cm com­por­tant 19 em­pla­ce­ments. Nous y pla­çons des car­tons nor­ma­li­sés de 1 mm d’épais­seur d’une den­si­té de 620 g au mètre car­ré avec un gla­çage sur les deux faces pour ob­te­nir une ri­gi­di­té op­ti­male à même de main­te­nir des condi­tions iden­tiques pour tous les tirs. La pé­né­tra­tion s’ex­prime en nombre de car­tons per­fo­rés par au moins 50 % des billes comp­ta­bi­li­sées sur le pre­mier car­ton. Cette mé­thode per­met de ne pas pé­na­li­ser un tir qui ne se­rait pas cen­tré à 100% dans le centre de la cible. Le pre­mier tir est ef­fec­tué à 30 m avec nos deux car­touches d’es­sais. Les ré­sul­tats montrent que, à cette dis­tance avec un ca­non de 70 cm choke trois quarts, en ad­met­tant que nous

ap­pli­quions la bonne cor­rec­tion lors du tir, notre per­drix se­ra fou­droyée. Comme vous pou­vez le consta­ter en page pré­cé­dente, le pour­cen­tage de grou­pe­ment dans le cercle de 76 cm est de 88% pour la 32 g bourre grasse et presque de 93% pour la 36 g bourre à jupe. La pé­né­tra­tion est res­pec­ti­ve­ment de 15 car­tons pour la 32 g bourre grasse et 17 pour la 36 g bourre à jupe. La concen­tra­tion dans le centre de la cible car­rée de 22 x 22 cm est com­prise entre 25 et 30%. Nous tes­tons et me­su­rons en­suite les per­for­mances de nos car­touches de 35 à 55 m de dis­tance, en pro­gres­sant de cinq mètres en cinq mètres. Le grou­pe­ment et la concen- tra­tion vont nous don­ner une idée as­sez pré­cise de la cou­ver­ture ef­fi­cace de la gerbe mais aus­si de la pé­né­tra­tion, très bon in­di­ca­teur des per­for­mances lé­tales des plombs de chasse aux dis­tances don­nées.

Le la­bo n’est pas la chasse !

Notre dis­tance li­mite et ex­trême, 55 m, va faire sou­rire cer­tains, en ef­frayer d’autres ou en­core exas­pé­rer tous ceux qui se re­fusent à ris­quer de bles­ser en ti­rant à une dis­tance de cet ordre. Ces ré­ac­tions sont en­tiè­re­ment fon­dées : nos es­sais n’ont d’autre but que de dé­ter­mi­ner les li­mites de nos

car­touches, quitte pour ce­la à sor­tir d’un do­maine d’ap­pli­ca­tion rai­son­nable et rai­son­né. Ti­rer un gi­bier en mou­ve­ment à une cin­quan­taine de mètres doit être ré­ser­vé aux « grands fu­sils », à ceux qui tirent sou­vent au par­cours de chasse, aux ha­bi­tués des bat­tues de haut vol. Il s’agit d’être ca­pable de « ba­lan­cer » son coup de fu­sil loin de­vant pour at­teindre le gi­bier en vol mais aus­si de ti­rer bien au-des­sus pour com­pen­ser la chute des plombs. « Au-de­là de 30 m, il faut ajou­ter un mètre d’avance à “chaque” dix mètres de dis­tance de

tir de plus » , in­di­quait le ti­reur JeanPaul Mor­de­froid. Dans notre cas, ce sont 2,50 m d’avance sup­plé­men­taires qui sont à ap­por­ter à notre vi­sée. Ti­rer à 35 m consti­tue dé­jà un très beau coup de fu­sil même si en dé­but de sai­son le gi­bier est moins ra­pide et moins em­plu­mé qu’en plein hi­ver et la ten­ta­tion de ti­rer un peu trop loin sans doute plus grande. Nous ne vous in­ci­tons pas à re­pro­duire à la chasse nos dis­tances de tir, mais vous conseillons vi­ve­ment de vous ins­pi­rer de notre dis­po­si­tif d’es­sai pour vé­ri­fier la concen­tra­tion et la pé­né­tra­tion des car­touches dans votre propre arme. La chose est as­sez ai­sée à mettre en place au moyen de vieux bot­tins. La mé­thode reste ru­di­men­taire, mais vous per­met­tra une éva­lua­tion hon­nête de la qua­li­té de votre couple arme-mu­ni­tions. Comp­tez un mi­ni­mum de trois tirs pour chaque type de car­touche pour un ré­sul­tat fiable. Le tir sur cible est tou­jours riche d’en­sei­gne­ments, il per­met de mieux connaître les per­for­mances de son arme avec les car­touches choi­sies et ain­si de mieux éva­luer les risques de bles­ser en fonc­tion de la dis­tance de tir. De plus, il a la ver­tu de mettre en évi­dence cer­tains dé­fauts du ti­reur et/ou de son couple arme-mu­ni­tions. En cette pé­riode d’ou­ver­ture, il est es­sen­tiel d’avoir pleine confiance en son ma­té­riel. Ces tests nous le dé­montrent une fois de plus, dès qu’il s’agit de ti­rer loin, il convient de ne pas uti­li­ser n’im­porte quelle mu­ni­tion mais de pri­vi­lé­gier des car­touches spé­ci­fiques pour le tir à grande dis­tance. As­sez de fa­bri­cants nous en pro­posent un large choix pour que nous ne fas­sions pas l’er­reur d’op­ter pour des car­touches trop faibles. Une fois ce choix ar­rê­té, sou­ve­nez-vous que vous êtes dès lors l’élé­ment faible du trio arme-mu­ni­tion-ti­reur. Il est en­core temps de pré­voir une séance d’en­traî­ne­ment spé­ci­fique !

Les deux car­touches de ca­libre 12/70 de notre es­sai, une bourre à jupe de 36 g de plombs et une bourre grasse de 32 g.

Avec le ca­libre 20 et face à des oi­seaux mé­fiants comme le fai­san vé­né­ré, le pro­blème est en­core plus dé­li­cat à ré­soudre.

Trou­ver une car­touche longue por­tée par­mi l’offre plé­tho­rique n’est pas tou­jours simple.

Avec l’in­ter­dic­tion du plomb dans les zones hu­mides, la ques­tion de la por­tée ef­fi­cace est de­ve­nue cru­ciale pour les sau­va­gi­niers. Ca­libre 20 ou 12, il est tou­jours pos­sible d’aug­men­ter la charge et le nombre de plombs, mais au dé­tri­ment du confort et de la vi­tesse.

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