Ti­rer loin : du mythe à la réa­li­té

En­tre­tien avec un maître d’armes for­ma­teur au tir à l’arme rayée

Armes de Chasse - - Sommaire - Pro­pos re­cueillis par Laurent Be­du

Les conseils d’un maître d’armes for­ma­teur au tir à l’arme rayée

Be­noit Bau­duin est maître d’armes, an­cien mi­li­taire des forces spé­ciales. Il dis­pense des for­ma­tions au tir aux pro­fes­sion­nels et aux chas­seurs qui font ap­pel à lui. Sa connais­sance des armes rayées, de la ba­lis­tique et du tir en font un in­ter­lo­cu­teur de choix pour abor­der les tirs lointains à la ca­ra­bine.

Armes de Chasse : Vous êtes maître d’armes, vous for­mez cha que an­née au tir à l’arme rayée des di­zaines de pro­fes­sion­nels, des ti­reurs d’élite et des chas­seurs qui veulent s’ini­tier ou pro­gres­ser dans le tir à longue dis­tance. Mais, di­tes­nous, c’est quoi ti­rer loin ?

Be­noît Bau­duin : Pour les chas­seurs, je pense qu’il ne faut pas par­ler de ti­rer loin, mais de tou­cher loin. Si on n’est pas sûr de tou­cher, on ne tire pas. En ti­rant loin sans cer­ti­tude, on dé­grade la sé­cu­ri­té, puisque l’on ne sait pas où va al­ler la balle. De plus, l’éthique n’est pas au ren­dez-vous, car on a de grands risques de bles­ser et d’in­fli­ger des souf­frances à l’ani­mal. Je de­mande tou­jours à un chas­seur que je forme de mar­quer la chute de son pro­jec­tile à 200 m sur sa cible avant de ti­rer. Il marque au crayon cette zone, et on va à 200 m. Là, il vise la cible et tire. Et on vé­ri­fie si la chute cor­res­pond à ce qu’il avait in­di­qué avant le tir. Huit à neuf fois sur dix, les chas­seurs ne connaissent pas la chute de leur pro­jec­tile. C’est sou­vent dû à une mé­con­nais­sance de la vi­tesse ini­tiale et de la chute réelle du pro­jec­tile. Le chas­seur uti­lise les in­di­ca­tions fi­gu­rant sur la boîte de ses balles, sans son­ger que le ca­non de sa ca­ra­bine est plus court que ce qui est men­tion­né sur la table ba­lis­tique. For­cé­ment, les ré­sul­tats dif­fèrent et cer­tains tombent de haut, c’est le cas de le dire. Les chas­seurs ne com prennent pas, se disent alors qu’ils n’ont pas la tech­nique suf­fi­sante pour tou­cher à 200 m ou qu’ils ne connaissent pas as­sez leur pro­jec­tile et sa tra­jec­toire pour com­pen­ser comme il le faut. « Tou­cher loin » sont donc des termes plus ap­pro­priés que « ti­rer loin ». On doit par­ler de l’homme avant d’évo­quer le ma­té­riel. A l’heure ac­tuelle, en 2017, il n’y a plus de mau­vaises armes, toutes sont glo­ba­le­ment pré­cises. Le ma­té­riel pro­po­sé « fonc­tionne bien », ce qui n’est pas tou­jours le cas de l’être hu­main

qui presse la dé­tente. Si on veut tou­cher loin, il faut se de­man­der si on a les com­pé­tences, la tech­nique, la maî­trise du tir pour ce­la, puis si son ma­té­riel convient et si on le connaît suf­fi­sam­ment. Lorsque l’on veut chas­ser et ti­rer à longue dis­tance, il convient de se po­ser les bonnes ques­tions et de sa­voir si notre balle a as­sez d’éner­gie aux dis­tances en­vi­sa­gées.

A. de C. : Quelles qua­li­tés faut-il pos­sé­der pour « tou­cher loin » ?

B. B. : Il faut maî­tri­ser les cinq fon­da­men­taux du tir : une bonne prise en main, une bonne po­si­tion de tir, une vi­sée conforme, une res­pi­ra­tion in­ter­rom­pue et une maî­trise de la dé­tente. Pris iso­lé­ment, ces fon­da­men­taux posent pas ou peu de pro­blème. C’est quand il s’agit de les co­or­don­ner que ce­la se com­plique, sur­tout quand la fe­nêtre de tir est ré­duite et qu’il faut faire vite, très vite même. L’un des plus gros dé­fauts des chas­seurs concerne leur prise en main, mau­vaise parce que pas as­sez ferme. La crosse qui n’est pas main­te­nue re­cule et le cer­veau mé­mo­rise que tir égale dou­leur. Le tir sui­vant se fait dans la cris­pa­tion et ce­la dé­gra de la qua­li­té du tir et no­tam­ment la pré­ci­sion. L’autre dé­faut concerne le manque de maî­trise de la dé­tente. Gé­né­ra­le­ment les chas­seurs n’ont pas as­sez ti­ré pour connaître leur dé­tente, en ap­pré­hen­der la course, la du­re­té, sa­voir si elle gratte, etc. Ils n’ont pas non plus as­sez ti­ré à sec pour maî­tri­ser le dé­part de la dé­tente. Et de fait le dé­part de la balle ne se fait ja­mais quand il le fau­drait. Sou­vent, le coup part trop tôt, le ré­ti­cule n’est pas ali­gné, ni au bon en­droit. Ce pro­blème est am­pli­fié par un autre phé­no­mène fré­quent, des lu­nettes mal mon­tées. Je ne dis pas mal ré­glées, mais mal mon­tées. La dis­tance ocu­laire, au­tre­ment dit le vide qui sé­pare la lu­nette de l’oeil, n’est pas la bonne. Sou­vent les ar­mu­riers fixent et règlent eux­mêmes la lu­nette, ils se placent sur un che­va­let et po­si­tionnent l’op­tique en fonc­tion de leur propre ga­ba­rit ou de leurs ha­bi­tudes. Or leur client n’a ni la même mor­pho­lo­gie ni la même fa­çon de ti­rer. On le voit quand, au stand, les chas­seurs avancent et re­culent sans cesse la tête à la re - cherche de la bonne po­si­tion. A. de C. : Ti­rer loin n’est pas in­né ? B. B. : Non bien sûr, même si, comme dans toute pra­tique, cer­tains ap­pren­dront plus vite que d’autres. Et en­core, ce­la est très re­la­tif, quelques per­sonnes sont douées, elles gagnent du temps lors de l’ap­pren­tis­sage, mais ce­la passe tôt ou tard par de l’en­traî­ne­ment et en­core de l’en­traî­ne­ment. Pour la chasse, ti­rer pro­pre­ment un ani­mal à 200 ou 300 m à la pre­mière car­touche sup­pose avant tout une bonne tech­nique. A. de C. : Quelle est la part qui re­vient à ap­pren­tis­sage ? B. B. : Comme pour n’im­porte quelle dis­ci­pline, elle est pri­mor­diale, on doit ap­prendre et bien ap­prendre. Je prends sou­vent l’exemple d’une feuille de pa­pier que l’on plie en deux. Si on ne joint pas cor­rec­te­ment les bords, on peut re­com­men­cer le pliage de fa­çon à ajus­ter les bords. Seu­le­ment, lorsque l’on dé­plie la feuille, deux plis sont mar­qués et, pour faire dis­pa­raître ce­lui qui est faux, il fau­dra pas­ser et re­pas­ser. C’est pa­reil dans l’ap­pren­tis­sage du tir. Le jeune chas­seur va dé­cou­vrir le tir en fa­mille. Dès le pre­mier gi­bier tué, on consi­dère qu’il sait ti­rer et son per­fec­tion­ne­ment va se faire au fil des an­nées sans for­cé­ment adop­ter les bons fon­da­men­taux. Pour ac­qué­rir les bons gestes et se per­fec­tion­ner, mieux vaut dé­mar­rer avec la bonne tech­nique que de de­voir « dé­pro­gram­mer » et « re­pro­gram­mer » le cer­veau, ce qui passe par plus de temps et d’ef­forts.

A. de C. : Les tech­niques de tir sont mal connues, pou­vez-vous nous en des­si­ner les grandes bases ?

B. B. : J’en re­viens aux cinq fon­da­men­taux, en­core et tou­jours. Il faut com­men­cer à 25-30 m, à bras francs, et ap­prendre les bons gestes et les ré­pé­ter. Ce qui compte à ce stade est d’ac­qué­rir la bonne tech­nique. Pas ques­tion de mettre tout de suite une canne pour s’ai­der ni de ti­rer as­sis. L’en­traî­ne­ment au tir avec un che­va­let n’est pas une bonne mé­thode, on n’em­porte pas cet ac­ces­soire à la chas se. Même le chas­seur à l’ap­proche qui va ti­rer avec sa canne de pirsch doit tout de même sa­voir ti­rer sans. A bras francs, on n’a pas d’aide, on fait tout. L’arme bouge bien plus, et on est obli­gé d’amé­lio­rer sa tech­nique, ce­la per­met de pro­gres­ser.

A. de C. : Le tir de­bout, as­sis, cou­ché… qu’est-ce que ce­la change ?

B. B. : La prise en main des trois po­si­tions est la même, il faut qu’elle soit ferme. C’est d’au­tant plus vrai avec les ca­ra­bines de chasse qui sont de plus en plus lé­gères. Plus l’arme est lé­gère, plus la prise en main doit être ferme. Lorsque l’on tire cou­ché avec une ca­ra­bine de tir de 7 kg, la masse de l’arme ab­sorbe le re­cul et ne bouge pas. Avec une ca­ra­bine de chasse lé­gère et mag­num, le re­cul est très pré­sent, d’où l’im­por­tance d’une so­lide prise en main. Elle évi­te­ra au chas­seur d’être se­coué, ce qui lui per­met­tra d’être plus pré­cis. Il faut bien dis­tin­guer ce que font les ti­reurs spor­tifs ou les ti­reurs d’élite, dont c’est le mé­tier, avec leurs armes spé­ci­fiques et leur gros frein de bou-

che, et ce que peuvent faire les chas­seurs avec une ca­ra­bine lé­gère en 7 Re­ming­ton Mag ou .300 Win­ches­ter Mag au ca­non plus ou moins court et sans frein de bouche. Ce qui s’ap­plique aux ti­reurs n’est pas tou­jours va­lable pour les chas­seurs. A. de C. : On sait que la res­pi­ra­tion est fon­da­men­tale, il faut la blo­quer, mais conseillez-vous de ti­rer pou­mons vides ou pou­mons pleins ?

B. B. : Je pré­co­nise le tir pou­mons vides, sys­té­ma­ti­que­ment. C’est fa­cile à adop­ter pour tous les chas­seurs et ti­reurs, ce­la fonc­tionne pour tout le monde. Quand on est stres­sé ou que l’on vient de vivre une grosse émo­tion, le pre­mier ré­flexe est de souf­fler, on vide na­tu­rel­le­ment ses pou­mons. Ce­la per­met de re­prendre un peu ses es­prits. C’est pa­reil lorsque l’on est es­souf­flé, c’est plus fa­cile de vi­der ses pou­mons que de faire du de­mi­plein, trois-quarts-plein en fonc­tion de son souffle. Lorsque les pou­mons sont rem­plis, on a moins d’ai­sance dans le haut du corps. A l’in­verse, pou­mons vides, on peut se plier, se ra­mas­ser au sol, on gaine les ab­do­mi­naux plus fa­ci­le­ment et ce­la per­met de mieux contrô­ler son tir. Et

quand on doit ti­rer cou­ché, en vi­dant les pou­mons, on s’écrase au sol, on fait corps avec lui et on a for­cé­ment plus d’ap­puis, donc de contrôle sur l’arme et la vi­sée.

A. de C. : Au fu­sil de chasse, le tir, c’est le pied, dit-on ! Ce qui si­gni­fie que la po­si­tion des pieds est fon­da­men­tale. Est-ce le cas pour le tir à longue dis­tance à la ca­ra­bine ?

B. B. : Non. Bien sûr, lorsque l’on tire cou­ché, la po­si­tion des pieds est im­por­tante, il faut no­tam­ment veiller à avoir la plus grande sur­face de corps pos­sible au contact du sol. C’est pour­quoi il faut pla­cer l’in­té­rieur des pieds vers le bas. Ain­si le pied est tout en­tier en ap­pui, de la pointe au ta­lon. Mais quand on tire de­bout, ce n’est pas vrai­ment la po­si­tion des pieds qui im­porte. Par contre, l’orien­ta­tion des hanches est elle pri­mor­diale. Si on est droi­tier, les hanches sont orien­tées à 10 h et 4 h – la hanche gauche à 10 h, la droite à 4h. De cette fa­çon, les pieds, les hanches et les épaules sont dans le même axe et si les pieds ne sont pas par­fai­te­ment orien­tés, ce n’est pas dra­ma­tique. Pour un gau­cher, c’est l’in­verse, il doit po­si­tion­ner les hanches à 2 h et 8 h.

A. d. C. : Quelles sont les causes les plus fréquentes d’un tir ra­té ?

B. B. : On re­trouve sou­vent le symp­tôme dé­jà évo­qué, avec une cris­pa­tion au dé­part du coup. La ca­ra­bine n’est pas te­nue fer­me­ment, ce qui en­traîne une ap­pré­hen­sion du re­cul et une cris­pa­tion sur l’arme au mo­ment du tir et de là un im­pact trop bas. L’autre cause est le clas­sique coup de doigt. Plu­tôt que d’ap­puyer pro­gres­si­ve­ment sur la queue de dé­tente, on la presse d’un coup sec et on fait bais­ser le ca­non, ce qui pro­voque là en­core un tir trop bas. Une autre cause de ra­té est un tir trop à droite dû, tou­jours, à une mau­vaise prise en main de l’arme. Si on ne tient pas as­sez fer­me­ment la ca­ra­bine, elle vrille lé­gè­re­ment et tourne dans le sens des rayures du ca­non en­traî­nant une élé­va­tion en haut à droite du ca­non. En­fin, une der­nière source fré­quente de ra­tés se joue dans les trem­ble­ments du ré­ti­cule. Le pro­blème n’est pas dans les trem­ble­ments, c’est un phé­no­mène nor­mal à longue dis­tance – puisque jus­qu’à nou­vel ordre nous ne sommes pas des ma­chines ! –, mais dans notre ten­ta­tive de lut­ter contre. On voit le ré­ti­cule trem­bler, on at­tend un peu que ce­la aille mieux mais les trem­ble­ments ne font que s’ac­cen­tuer. On cherche alors à com­pen­ser en mon­tant ou en des­cen­dant le ré­ti­cule et ce fai­sant on se crispe un peu plus et on ac­cen­tue les trem­ble­ments. Ce qu’il convient de faire dans ces cas­là est de se pla­cer au bon en­droit, de lais­ser trem­bler lé­gè­re­ment le ré­ti­cule, de vi­der ses pou­mons tout en pres­sant dou­ce­ment la queue de dé­tente. Les com­pen­sa­tions for­cées, consis­tant à re­mon­ter le ré­ti­cule en se di­sant « je lâche la balle quand j’ar­rive presque au bon en­droit », ne sont pas sou­vent payantes. Au

contraire, on dis­perse. La vraie dif­fi­cul­té, on y re­vient, est de syn­chro­ni­ser la prise en main, la po­si­tion de tir, la res­pi­ra­tion, la vi­sée et la pres­sion sur la queue de dé­tente. A. d. C. : Avez-vous des conseils pour évi­ter le coup de doigt ?

B. B. : Il faut tra­vailler à sec, sans mu­ni­tion. On vise un pe­tit point – le coin d’une cible, un pi­quet, une pierre à 25 m –, on laisse trem­bler lé­gè­re­ment le ré­ti­cule et on va pres­ser dou­ce­ment la queue de dé­tente. Le but ici est de vi­ser un point don­né, de pres­ser en dou­ceur la queue de dé­tente, de gar­der le doigt en­fon­cé et en­suite de vé­ri­fier que la vi­sée n’a pas bou­gé. Une fois que l’on a en­ten­du le clic, on s’as­sure que l’on est tou­jours au même en­droit. Si on est cris­pé au mo­ment du tir, le point vi­sé ne se­ra plus le même après la pres­sion sur la queue de dé­tente, ce dont, sans mu­ni­tion, on s’aper­çoit très fa­ci­le­ment. A force de ré­pé­ter ces exer­cices, on va amé­lio­rer sa maî­trise de la dé­tente et son tir, et ne plus faire de coup de doigt. Dans mon livre, je pré­co­nise ces tirs à sec en vi­sant de pe­tites cibles noires et cir­cu­laires de 3 à 5 cm de dia­mètre. Lorsque je dis que le ré­ti­cule reste au même en­droit, ce­la si­gni­fie qu’il reste dans un cercle de 3 à 5 cm, n’ou­blions pas que le ré­ti­cule trem­blote. Tant que, pen­dant la vi­sée, le ré­ti­cule est dans ce cercle, on peut ti­rer, dès que l’on en sort, on dés­épaule et on re­com­mence. Et après le tir bien sûr, on doit être res­té dans le cercle. A. d. C. : Que pré­co­ni­se­riez-vous à un jeune chas­seur qui veut ap­prendre à ti­rer loin ? B. B. : Pour ce qui concerne le ma­té­riel, je lui conseille­rais un ca­libre doux et confor­table, le but étant qu’il

n’ap­pré­hende pas le dé­part du coup : un .243 Win­ches­ter, un .270 Win. ou un .308 Win. En­suite, il doit ré­gler cor­rec­te­ment sa lu­nette avec une bonne dis­tance ocu­laire. C’est à lui de le faire avec l’aide de l’ar­mu­rier. Pas ques­tion d’avan­cer ou de re­cu­ler la tête en per­ma­nence, comme je l’évo­quais, ce­la prouve que la lu­nette n’est pas ins­tal­lée où il le fau­drait. En­suite, notre jeune chas­seur va de­voir ti­rer à sec, sans mu­ni­tion, avec son arme afin de l’ap­pré­hen­der comme il le faut et de la connaître par­fai­te­ment, tou­jours avant d’al­ler au stand. Il doit voir si, à force de ré­pé­ter, il trouve une po­si­tion de tir conve­nable. Ce n’est qu’à ce stade qu’il peut al­ler au stand et ti­rer quelques balles, mais sans ré­gler la lu­nette. C’est im­por­tant, le but est de faire le meilleur grou­pe­ment, pas de mettre une balle dans la mouche. Le chas­seur tire ain­si à bras francs, à 25 m, et doit mettre ses trois balles dans un cercle de 5 cm. Pour dé­bu­ter, il est in­utile d’être trop am­bi­tieux, il se­ra temps en­suite de pas­ser à 3 cm. Une fois que c’est fait, le ti­reur est « ré­glé », ses com­pé­tences tech­niques sont dé­jà bien ac­quises, il est temps de ré­gler la lu­nette ! D’or­di­naire, on règle l’arme sur une seule balle, qui peut être bonne, mais qui peut aus­si être une er­reur. Aus­si il est pré­fé­rable de ré­gler sur un grou­pe­ment de trois balles. Dans sa sai­son de chasse, le chas­seur va ti­rer une ving­taine de balles, il faut donc ré­gler l’arme sur une moyenne. Une moyenne de vi­tesses, toutes les balles ne sortent pas à la même vi­tesse, une moyenne de vi­sée et de pres­sion sur la queue de dé­tente. A. d. C. : Vous for­mez au­tant les ti­reurs que les chas­seurs, avez-vous ob­ser­vé des dé­fauts et des manques plus cou­rants chez les se­conds ? B. B. : Les chas­seurs connaissent en gé­né­ral les cinq fon­da­men­taux, mais la mise en pra­tique et la coordination ne sont pas au ren­dez- vous. Tout sim­ple­ment parce qu’ils ne sont pas pas­sés par un vé­ri­table ap­pren­tis­sage. Sou­ve­nons-nous qu’il y a en­core une di­zaine d’an­nées, il n’exis­tait au­cun en­droit en France pour ap­prendre à ti­rer. Les chas­seurs manquent d’un ba­gage tech­nique. Bien sûr, il y a l’ins­ti­tut Fran­çois Som­mer, mais sa vo­ca­tion n’est pas de for­mer au tir des cen­taines de chas­seurs. Et l’ANCGG a dé­mar­ré un pro­gramme vi­sant à for­mer des cadres pour amé­lio­rer les qua­li­tés de tir des par­ti­ci-

pants au bre­vet. Mais il faut re­mettre l’homme au coeur de l’ap­pren­tis­sage, pas le ma­té­riel. Les in­ves­tis­se­ments en ca­ra­bine, lu­nette, balles sont par­fois co­los­saux mais peuvent être anéan­tis par une ab­sence de mise en pra­tique. La course à l’ar­me­ment n’est pas tou­jours bé­né­fique. Un dé­bu­tant doit se conten­ter d’ache­ter de l’en­trée ou du moyen de gamme et pri­vi­lé­gier sa tech­nique. A. d. C. : Que vé­ri­fier avant de par­tir chas­ser à l’ap­proche vers une des­ti­na­tion où l’on sait que l’on va ti­rer loin ?

B. B. : Il faut s’as­su­rer que le ma­té­riel est bien adap­té à ses be­soins, à ce que l’on veut faire. Plus on veut ti­rer loin et plus il faut prendre le vent en compte, la chute du pro­jec­tile… Il faut aus­si vé­ri­fier qu’à grande dis­tance il reste as­sez d’éner­gie pour l’ani­mal convoi­té. Il faut que le ca­libre soit adap­té et que le chas­seur ait pu s’en­traî­ner avant afin d’amé­lio­rer sa tech­nique. A. d. C. : Bien ti­rer loin im­pose de com­prendre son arme et la ba­lis­tique, et de s’en­traî­ner… B. B. : Oui, vous avez bien ré­su­mé les choses, amé­lio­rer l’er­go­no­mie de l’arme, com­prendre la ba­lis­tique et en­suite s’en­traî­ner doivent être les maîtres mots de ce­lui qui veut bien ti­rer loin. Ti­rer à la cible de plus en plus loin per­met de rendre les tirs de chasse aux dis­tances stan­dards plus fa­ciles. Mais sa­voir ti­rer loin, c’est aus­si mieux ti­rer près !

Quand on parle de tirs lointains, c’est la mon­tagne qui nous vient en pre­mier lieu à l’es­prit.

Ti­rer as­sis, oui, mais à condi­tion de maî­tri­ser au préa­lable le tir à bras francs sans ap­pui.

Pour Be­noît, l’ob­jec­tif est de tou­cher loin, pas de ti­rer loin. Cha­cun ap­pré­cie­ra la nuance.

Be­noît en pleine dé­mons­tra­tion de ce que doit être une bonne prise en main de son arme.

Le tir cou­ché sur un sac, ici à 300 m, fait par­tie des en­sei­gne­ments.

Pour le tir cou­ché, l’in­té­rieur des pieds doit être au contact du sol.

Bien ti­rer, avec un bi­pied ou pas, sup­pose de maî­tri­ser les fon­da­men­taux du tir et sur­tout de bien les co­or­don­ner.

En Ecosse, les tirs lointains, avec du re­lief et du vent, sont la norme, connaître la ba­lis­tique de son arme est in­dis­pen­sable.

S’en­traî­ner à tou­cher loin per­met en­suite de mieux maî­tri­ser les tirs de chasse à moindre dis­tance.

Une arme de tir est lourde, avec un ca­non long et épais, elle ne bouge pas. Une arme de chasse lé­gère est plus dif­fi­cile à maî­tri­ser.

Des ca­ra­bines tac­tiques dé­barquent dé­sor­mais dans le monde de la chasse.

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