6,5x55 SE ou 6,5x57

Deux mil­li­mètres qui changent quoi ?

Armes de Chasse - - Sommaire - Do­mi­nique Czer­mann

Deux mil­li­mètres qui changent quoi ?

Ca­libre ty­pi­que­ment eu­ro­péen (ja­po­nais aus­si !), le 6,5 mm a fait son ap­pa­ri­tion à la fin du XIXe siècle. Dé­cli­né en di­verses lon­gueurs et formes d’étuis, il est avant tout mi­li­taire, mais va très vite être conver­ti pour la chasse.

Les pays qui adoptent le 6,5 mm pour leurs armes d’in­fan­te­rie sont en avance d’un de­mi­siècle. Ses car­touches sont plus lé­gères, et aus­si ef­fi­caces, que les mu­ni­tions de plus gros dia­mètre, elles peuvent être trans­por­tées en plus grandes quan­ti­tés à poids égal. Elles ne souffrent que du manque d’armes au­to­ma­tiques ou se­miau­to­ma­tiques.

C’est par­ti pour la chasse

Les 6,5 mi­li­taires, forts de leur vi­tesse, de leur ra­sance et de l’ex­cel­lente pé­né­tra­tion des balles de 10/10,5 g, se re­trouvent bien­tôt à la chasse, y com­pris afri­caine ou asia­tique. Les 6,5 x 53 R et 6,5 x 54 MS, que vous connais­sez au moins de nom, ain­si que l’ex­cellent 6,5 x 55 SE, li­bé­ré à la fin de l’an­née 2013 en France, pos­sèdent cette même ori­gine mi­li­taire. Adop­té en 1894, le 6,5 x 55 ou 6,5 Mau­ser Sué­dois au­rait pu s’ap­pe­ler 6,5 x 55 Norvégien puis­qu’il fut le ca­libre mi­li­taire stan­dard de ce pays. C’est une mu­ni­tion très ré­pan­due en Scan­di­na­vie, aux Etats-Unis et au Ca­na­da. Des di­zaines de mil­liers d’élans, san­gliers, cerfs sont ti­rés avec lui chaque an­née aux­quels s’ajoutent rennes, che­vreuils, ain­si que whi­te­tails et ours noirs, à l’ap­proche, à l’af­fût mais aus­si en bat­tue. On le re­trouve aus­si sur les stands de tir de ces pays, y com­pris à longue dis­tance. Hor­mis son cô­té rè­gle­men­taire et son ex­cellent ren­de­ment ba­lis­tique, le 6,5 x 55 doit sa lon­gé­vi­té aux rè­gle­ments qui ré­gissent la chasse en Scan­di­na­vie et Fin­lande. Avec in­tel­li­gence, même si c’est dif­fi­cile à ad­mettre pour les par­ti­sans du « tout lé­ger, très ra­pide » , les Nor­diques in­tro­duisent la no­tion de masse de la balle et de ca­libre en plus de celle de l’éner­gie pour le tir du grand gi­bier. En Suède, à l’ex­cep­tion des che­vreuils et cas­tors, ti­rables avec une .222 Re­ming­ton ( mi­ni­mum 800 J à 100 m), il faut au mi­ni­mum 6,5 mm de dia­mètre et une balle de 9 à 10 g dé­ve­lop­pant 2700 J à 100 m ou une balle de plus de 10 g de 2 000 J à la même dis­tance. Le 6,5 x55, ma­jo­ri­tai­re­ment char­gé avec des balles de 10,1 à 10,4 g, rem­plit par­fai­te­ment ces condi­tions. Li­mi­té en char­ge­ment d’usine par sa pres­sion CIP de 3800 bars, en rai­son des armes an­ciennes en cir­cu­la­tion, le 6,5 x 55 est sou­vent lé­gè­re­ment « boos­té » par ceux qui re­chargent pour la chasse. On peut pous­ser une 9,1 g Par­ti­tion à un hon­nête 840 m/s d’un tube de 61/63 cm. Fin XIXe dé­but XXe siècle, en marge des pro­duc­tions mi­li­taires, cer­tains fa­bri­cants vont dé­ve­lop­per des mu­ni­tions de 6,5 conçues uni­que­ment pour la chasse : la 6,5 x57 et sa ver­sion R à bour­re­let en font par­tie. Cette car­touche très ré­pu­tée en Al­le­magne et en Au­triche a été dé­ve­lop­pée à Obern­dorf vers 1893, im­mé­dia­te­ment

après la 7x57 Mau­ser. Elle est connue sous di­verses ap­pel­la­tions, plus ou moins of­fi­cielles. Il est pro­bable que les re­cherches ont dé­bu­té avec une vi­sion mi­li­taire de la mu­ni­tion, et qu’elles ont for­te­ment in­fluen­cé le choix des Sué­dois et Nor­vé­giens pour leur 6,5 x 55, mais la­dite mu­ni­tion s’est muée ra­pi­de­ment en car­touche de chasse sans avoir été pro­po­sée comme mu­ni­tion rè­gle­men­taire. Car­touche al­le­mande, elle est dé­cli­née en ver­sion R, pour armes bas­cu­lantes. Si on se ré­fère aux an­ciens ca­ta­logues ou em­bal­lages, la car­touche de 6,5 x57 (R) était dis­po­nible avec une clas­sique balle blin­dée ou de­mi-blin­dée ogi­vale de 10,1 à 10,3 g. Plus puis­sante que la cé­lèbre 6,5 x 54 MS, on peut se de­man­der pour­quoi elle n’a pas connu plus de po­pu­la­ri­té aux mains des « chas­seurs blancs ». Il est vrai que la 6,5x54MS, suite aux nom­breux dé­boires qu’elle en­traî­na par une uti­li­sa­tion à contreem­ploi, dis­pa­rut elle aus­si des plaines et sa­vanes. La vi­tesse de la 6,5 x 57 avec ces balles lourdes était an­non­cée au­tour des 780 m/s, ce qui pa­raît op­ti­miste avec les poudres du dé­but du XXe siècle. DWM et Dy­na­mit No­bel, entre autres, la pro­po­saient aus­si avec des balles à pointe creuse type H (sans la coiffe ba­lis­tique) d’un poids de 10,15 g. La 6,5 x 57 voit peu à peu sa cote d’amour bais­ser, en dé­pit de son ex­trême pré­ci­sion qui pour­rait se me­su­rer à celle des .260 Re­ming­ton AI ou 6,5 Creed­moor, tant à la chasse qu’en tir longue dis­tance pour peu qu’on peau­fine la mu­ni­tion. Sa ver­sion R, pour­tant beau­coup moins puis­sante, se main­tient en­core dans les armes bas­cu­lantes, mal­heu­reu­se­ment sou­vent pro­po­sées avec un tube mi­ni­ma­liste (Mer­kel K3) qui grève les per­for­mances de la car­touche.

Po­ly­va­lents ou spé­cia­li­sés ?

Si on est chas­seur éclec­tique, bon ti­reur, plu­tôt orien­té ap­proche et af­fût mais ne né­gli­geant pas la bat­tue, si on en­vi­sage la chasse du grand gi­bier dans le nord de l’Eu­rope, que l’on veuille un 6,5 non mag­num et que l’on ne re­charge pas ses car­touches (oui, ce­la fait beau­coup de pa­ra­mètres !), le 6,5 x55SE ou Mau­ser Sué­dois s’im­pose haut la main. Non parce que le 6,5 x 57 est mau­vais mais parce que les offres de char­ge­ments et les types de balles of­ferts pour le pre­mier per­mettent de cou­vrir toutes les chasses en­vi­sa­gées. Tout en res­pec­tant les li­mites lé­gales des pays nor­diques, ce que le 6,5 x57 ne fait pas ou plus. Je ne parle même pas de sa ver­sion à bour­re­let qui avec cer­taines balles et des ca­nons courts ne se qua­li­fie pas pour le grand gi­bier en Al­le­magne (6,5 mm et 2 000 J à 100 m). La mu­ni­tion sué­do-nor­vé­gienne est pen­sée pour la po­ly - va­lence alors que le 6,5 x 57 est au­jourd’hui plu­tôt can­ton­né à la mon­ta gne ou à l’ap­proche. Nous

avons donc deux vi­sions dif­fé­rentes de l’em­ploi des armes et mu­ni­tions. Mais n’est-ce pas stu­pide de chas­ser en bat­tue ou à l’ap­proche des gi­biers aus­si lourds que cerfs, élans ou grands san­gliers avec un 6,5 x 55 ou 57 ? Pas tant que ça si on re­garde les ta­bleaux ef­fec­tués chez les Vi­kings ou les cha­mois qui suc­combent sous les balles des 6,5 x 57. Chez RWS, qui pro­pose les deux mu­ni­tions, les Evo Green de 6,9 g font jeu égal avec 15 m/s de mieux pour le 6,5 x 57 (915 m/s et DRO de 189 m contre 900 m/ s et DRO de 186 m). A 300 m, la dif­fé­rence de tra­jec­toire est de 1,3 cm… Mais au­cune des deux car­touches ne se qua­li­fie pour le grand gi­bier en Scan­di­na­vie. Il en va de même pour les KS de 8,2 g qui, avec en­vi­ron 2 600 J à 100 m, conviennent bien pour tous les grands gi­biers outre-Rhin ou chez nous, mais res­tent can­ton­nées aux che­vreuils pas­sé la fron­tière da­noise. Pour des gi­biers plus lourds et plus so­lides, RWS pro­pose sa DK de 9,1 g pour les deux car­touches qui donnent des ré­sul­tats équi­va­lents lorsque les ca­nons me­surent la même lon­gueur. Une DRO à 165 m, une chute de 20 à 21 cm à 250 m per­mettent de res­ter « sur le poil » de l’isard ou du cha­mois et les 1 550 J d’éner­gie ré­si­duelle à cette dis­tance ga­ran­tissent en­core une ex­pan­sion et une pé­né­tra­tion suf­fi­santes. RWS, conscient que le 6,5 x57 est anec­do­tique sur le grand mar­ché que re­pré­sente Scan­di­na­vie et Fin­lande, ne pro­pose pas plus lourd ni plus puis­sant pour cette car­touche. Par contre, de­vant le nombre im­por­tant d’uti­li­sa­teurs de 6,5 x 55, la mai­son de Fürth offre une Evo de 10,1 g à 780 m/s qui du­plique peu ou prou les per­for­mances en termes d’éner­gie et quan­ti­té de mou­ve­ment des stan­dards des fa­bri­cants nor­diques La­pua et Nor­ma. Plus de 2 200 J à 200 m et plus de 10 g. L’Evo convient pour les grands gi­biers. Elle re­joint les Nor­ma Oryx, Vul­kan, Alas­ka de 10,1 g et les La­pua Me­ga de même poids dont les éner­gies moyennes à la dis­tance de ré­fé­rence tournent au­tour de 2 300/2 600 J en fonc­tion des formes de balles et de leur co­ef­fi­cient ba­lis­tique.

Le bon sens nor­dique

Le nem­rod fran­co­phone qui hé­site entre les deux an­ciennes mais tou­jours jeunes car­touches de­vra dé­ter­mi­ner ses réels be­soins. Même si nous n’avons pas les rè­gle­ments dra­co­niens du nord de l’Eu­rope, il peut être bon d’en re­te­nir cer­tains prin­cipes de bon sens. Si vous chas­sez à l’ap­proche ou à l’af­fût, les deux mu­ni­tions se valent lorsque les lon­gueurs de ca­non et les balles sont sem­blables. Si vous en­vi­sa­gez bat­tue et mi­ra­dor, le 6,5 x 55 Sué­dois avec une Evo, une Vul­kan, une Oryx ou une Me­ga de 10,1 g n’a plus rien à prou­ver, n’en dé­plaise aux fans des 1000 m/s. Il faut gar­der en tête que les balles lé­gères perdent vite de leur vi­tesse et de leur éner­gie et sont plus sen­sibles aux me­nus obs­tacles que la na­ture in­ter­pose par­fois entre vous et le gi­bier. Tou­te­fois, si on fait fi des prin­cipes du nord, il existe un poids de balle qui met tout le monde d’ac­cord et ap­porte une cer­taine po­ly­va­lence chez nous : 9,1 g (à 820 m/s, pour la Nos­ler Par­ti­tion char­gée par Nor­ma en 6,5 x55, ou à 810 m/ s pour la DK de chez RWS pour le 6,5 x 55 ou 57, ca­non de 60 cm). J’ai pour ma part choi­si le Sué­dois, que ce soit pour la chasse ou pour le tir. Il me donne en­tière sa­tis­fac­tion et n’est pas ri­di­cule face au Creed­moor ou 260 AI quand on le re­charge avec soin.

Le 6,5 x 57 est de­puis tou­jours un re­dou­table ca­libre d’ap­proche.

En Suède, son pays d’ori­gine, le 6,5 x 55 est in­con­tour­nable, uti­li­sé pour chas­ser le re­nard, le che­vreuil et même l’élan. 6,5 x 57 Très ap­pré­cié des chas­seurs de bro­cards à l’ap­proche, le 6,5 x 57 est un peu tom­bé en désué­tude. A tort ! 6,5 x 55

En Al­le­magne et en Au­triche, le 6,5 x 57 est le ca­libre de mon­tagne par ex­cel­lence.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.