Ga­briel Ku­ri

Art Press - - REVIEWS - Ri­chard Ley­dier

Parc Saint Lé­ger / 19 oc­tobre 2013 - 9 fé­vrier 2014

On a dé­cou­vert le Mexi­cain Ga­briel Ku­ri (né en 1970) à la bien­nale de Ber­lin en 2008, mais plus en­core à celle de Ve­nise en 2011, où ses sculp­tures, consti­tuées pour cer­taines d’em­pi­le­ments de ga­lets en équi­libre in­stable, ins­tau­raient une ten­sion qui n’était pas sans évo­quer la pré­ca­ri­té de quelques oeuvres historiques d’arte po­ve­ra – je songe no­tam­ment à la cé­lèbre sa­lade de Gio­van­ni An­sel­mo, coin­cée entre ses deux blocs de gra­nite. Dans l’ex­po­si­tion du Parc Saint Lé­ger (com­mis­sa­riat : San­dra Pa­tron), les oeuvres, toutes pro­duites pour l’oc­ca­sion, jouent en­core avec la force de gra­vi­té et la ré­sis­tance des ma­té­riaux. Un pré­ser­va­tif gon­flé semble lut­ter déses­pé­ré­ment contre les deux blocs de pierre qui le prennent en te­naille. Tou­te­fois, ais­si fra­gile que pa­raisse la bulle dia­phane de la­tex, on pour­rait ima­gi­ner que, s’in­si­nuant dans les fentes de la roche, à l’ins­tar de l’eau qui gèle, la pres­sion de l’air au­rait contri­bué à faire écla­ter le mi­né­ral ; si bien que le faible n’est pas for­cé­ment ce­lui que l’on croit. Cette sculp­ture, comme les quelques autres qui mettent en scène des ro­chers pré­le­vés dans la ré­gion, est dis­po­sée sur un fond blanc in­cur­vé, sur­face neutre uti­li­sée d’or­di­naire par les pho­to­graphes pro­fes­sion­nels. En éli­mi­nant les ombres, il contri­bue à abs­traire les sculp­tures du réel (comme si elles étaient dé­tou­rées), et du coup à sup­pri­mer la sen­sa­tion de gra­vi­té : le sol dis­pa­rais­sant, l’oeuvre en vient à flot­ter dans les airs. Deux sculp­tures en par­ti­cu­lier, con­çues de ma­nière dou­ble­ment sy­mé­trique, jouent avec la masse des ma­té­riaux. Elles se com­posent cha­cune d’une plaque de mé­tal in­cur­vée et dres­sée, qu’un ro­cher main­tient en équi­libre en l’em­pê­chant de bas­cu­ler. La lourde courbe d’acier ré­sonne avec celle, lé­gère, du fond blanc. En se fai­sant face, toutes deux forment comme une rampe de ska­te­board, mo­tif in­dui­sant l’hy­po­thèse d’un mou­ve­ment pen­du­laire au­quel la roche pour­rait être sou­mise, bal­lot­tée de ci, de là. Cette idée de sta­bi­li­té re­la­tive four­nit en­core la ma­tière d’une oeuvre dis­crète où, dans une sorte d’aqua­rium, des sacs rem­plis d’un li­quide jau­nâtre et un co­quillage, re­liés par une fi­celle, s’équi­librent mu­tuel­le­ment. Dans le Pa­villon des eaux, jo­lie ver­rière ni­chée au coeur du parc de cette an­cienne sta­tion ther­male dé­diée au soin du dia­bète qu’est le Parc Saint Lé­ger, l’ar­tiste a ins­tal­lé d’étranges sculp­tures noires. Il s’agit de mo­bi­lier de bu­reau (dont no­tam­ment un pho­to­co­pieur, un clas­seur mé­tal­lique pour dos­siers sus­pen­dus) en­tiè­re­ment re­cou­vert de ces épaisses feuilles de gou­dron dont on étan­chéi­fie les toits des im­meubles. Ici la no­tion de lé­gè­re­té est to­ta­le­ment éva­cuée, la peau sombre et ru­gueuse sus­ci­tant plu­tôt des sen­sa­tions de masse com­pacte, ana­logue à celle de ces trous noirs qui avalent la lu­mière des astres. Équi­libre, rap­ports de masse… Ce sont bien des pré­oc­cu­pa­tions de sculp­teur qui animent avant tout Ga­briel Ku­ri. Mexi­can artist Ga­briel Ku­ri (born 1970) at­trac­ted at­ten­tion at the Ber­lin Bien­nale in 2008 and even more at Ve­nice in 2011. His sculp­tures, so­me­times wob­bly stacks of pebbles, pro­duce a ten­sion re­mi­nis­cent of the pre­ca­rious­ness of land­mark Arte Po­ve­ra pieces like Gio­van­ni An­sel­mo’s ce­le­bra­ted sa­lad caught bet­ween two blocks of gra­nite. In this ex­hi­bi­tion at the Parc Saint Lé­ger, the pieces, all pro­du­ced for the oc­ca­sion, once again are about the force of gra­vi­ty versus the re­sis­tance of the ma­te­rials. An in­fla­ted con­dom seems to struggle des­pe­ra­te­ly against the pieces of stone boo­ken­ding it. Yet as fra­gile as this dia­pha­nous la­tex bubble seems, we can ima­gine that it pe­ne­tra­ted in­to the cracks of a rock and, like, fro­zen wa­ter, the air pres­sure hel­ped break it in two. Weak­ness is not ne­ces­sa­ri­ly found where we think it is. This sculp­ture, like a few others al­so in­vol­ving rocks found in the re­gion, is set against a cur­ved white back­ground, a neu­tral sur­face usual­ly used by pro­fes­sio­nal pho­to­gra­phers. By eli­mi­na­ting sha­dows, Ku­ri has hel­ped ex­tract these sculp­tures from rea­li­ty (as if they were cut out of the ba­ck­drop), and thus eli­mi­na­ted the sen­sa­tion of gra­vi­ty. The floor di­sap­pears, and the art­work seems to be floa­ting in air. Two sculp­tures in par­ti­cu­lar, con­cei­ved in a dou­bly sym­me­tri­cal man­ner, play with the mass of the ma­te­rials. Each is made of a shar­ply cur­ved me­tal plate held upright by a rock that sits on it and pre­vents it from tip­ping over. The weigh­ty steel curve re­so­nates with the slight curve of the white back­ground. Stan­ding face to face, the two seem to make up a ska­te­board ramp, a mo­tif that could sug­gest that the rock is sub­jec­ted to a back and forth see­saw mo­ve­ment. This idea of re­la­tive sta­bi­li­ty is al­so the theme of amore dis­creet piece: in a kind of aqua­rium, two bags, both filled with a yel­lo­wish li­quid and a shell, are tied to­ge­ther by a string so that each holds the other in equi­li­brium. In Le Pa­villon des Eaux, a pret­ty green­house ens­con­ced in the middle of the grounds of this for­mer ther­mal baths site, the artist ins­tal­led some strange black sculp­tures. They re­present of­fice fur­ni­shings, no­ta­bly a pho­to­co­py ma­chine and ame­tal fi­ling ca­bi­net, to­tal­ly co­ve­red with the kind of thick tar shee­ting used to wa­ter­proof roofs. Here the concept of light­ness is gone, lea­ving on­ly a dark and rough skin, a com­pact mass ana­lo­gous to the black holes that swal­low up star­light. Ba­lance, the re­la­tion­ships bet­ween masses… these are the sculp­tu­ral concerns that drive Ga­briel Ku­ri.

Trans­la­tion, L-S Tor­goff

De haut en bas/ from top: « Bot­tled wa­ter P.d.S. 3 et 4 ». 2013. Mo­bi­lier de bu­reau, feuilles de gou­dron. Of­fice fur­ni­ture, tar « Bot­tled wa­ter E.d.E. 5 ». 2013. Pierres, pré­ser­va­tifs, pa­pier. Stones, condoms

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