Mi­chel Au­bry

Art Press - - REVIEWS - Anaël Pi­geat

Cré­dac / 20 sep­tembre - 15 dé­cembre 2013 et ga­le­rie Éva Meyer / 25 oc­tobre - 14 dé­cembre 2013

Une grande part du travail de Mi­chel Au­bry consiste à in­ter­pré­ter des ob­jets à tra­vers des par­ti­tions mu­si­cales, dé­marche qu’il met en oeuvre à nou­veau pour son ex­po­si­tion The Sear­chers au Cré­dac, dans la Ma­nu­fac­ture des oeillets – le titre est ce­lui d’un film de John Ford, ré­cit d’une quête im­pos­sible. Cette « usine amé­ri­caine » construite en 1913 l’a conduit en un clin d’oeil vers une in­ter­pré­ta­tion du pa­villon so­vié­tique de l’Ex­po­si­tion in­ter­na­tio­nale des arts dé­co­ra­tifs et in­dus­triels mo­dernes de 1925 à Pa­ris. Quatre ins­tal­la­tions sont dis­po­sées dans les grandes salles dont un cô­té de­meure vide, comme pour lais­ser pas­ser le tra­vel­ling d’une ca­mé­ra, comme pour faire de l’ex­po­si­tion un film in­té­rieur éclai­ré par les grandes baies vi­trées – Mi­chel Au­bry tra­vaille ac­tuel­le­ment à un film, Rodt­chen­ko à Pa­ris, dont les scènes sont tour­nées au fil de ses ex­po­si­tions. The Sear­chers s’ouvre sur une in­ter­pré­ta­tion par Mi­chel Au­bry du Club ou­vrier d’Alexandre Rodt­chen­ko pour le pa­villon so­vié­tique de 1925 (2002, col­lec­tion Frac Pays de la Loire), en­semble mo­bi­lier des­ti­né à une usine uto­pique, com­po­sé d’une grande table, de chaises réa­li­sées de tailles dif­fé­rentes avec au­tant de to­na­li­tés, d’une bi­blio­thèque, d’un dé­vi­doir d’af­fiches ren­du in­uti­li­sable par une dé­coupe penta­go­nale que l’on re­trouve dans d’autres oeuvres, d’un échi­quier cu­rieu­se­ment ana­mor­pho­sé, d’une tribune et d’un pré­sen­toir de pho­to­gra­phies ima­gi­né avec Éric Poi­te­vin à par­tir de pho­to­gra­phies an­ciennes dans les­quelles on ne voit cette construc­tion que de cô­té. Cha­cun de ces élé­ments est aug­men­té d’anches en ro­seaux ins­pi­rées d’ins­tru­ments sardes, qui confèrent à chaque ob­jet un spectre so­nore (les vi­si­teurs ne sont pas au­to­ri­sés à souf­fler dans les ro­seaux). Pour dé­ter­mi­ner ces par­ti­tions, des cor­res­pon dances ont été éta­blies entre hau­teurs mu­si­cales et me­sures mé­triques. Plus loin, Mi­chel Au­bry montre une ma­quette in­édite à échelle 1 / 10e du pa­villon de l’URSS des­si­né par Cons­tan­tin Melnikov. La struc­ture de ce bâ­ti­ment, construit à l’époque par les Char­pen­tiers de Pa­ris en bois et non en mé­tal comme ce­la était pré­vu, est ici réa­li­sée en ro­seaux. Cet ob­jet, dont sur­gissent un cer­tain nombre de bi­zar­re­ries ar­chi­tec­tu­rales, se­ra éga­le­ment mis en mu­sique. L’un des kiosques de Melnikov, dans les­quels on pou­vait ache­ter des four­rures et des ta­pis russes, est re­cons­ti­tué gran­deur na- ture. Il est jon­ché de ta­pis an­ciens et mo­dernes, par­mi les­quels quelques ta­pis af­ghans mi­li­tants des an­nées 1980 (1). L’ex­po­si­tion ba­laye ain­si l’his­toire de l’URSS, de sa nais­sance à sa dis­pa­ri­tion. Le par­cours s’achève avec une re­cons­ti­tu­tion de la loge des Fra­tel­li­ni qui avait tant fas­ci­né Rodt­chen­ko lors de ses vi­sites au cirque à Pa­ris, oeuvre au long cours que Mi­chel Au­bry met à nou­veau en mu­sique avec ses ro­seaux. Claire Le Res­tif, di­rec­trice du Cré­dac, sug­gère que ces cannes évoquent des ques­tion­ne­ments liés à la sculp­ture, à la fonte à la cire per­due mais aus­si plus lar­ge­ment à la re­cherche de « l’ob­jet per­du ». Une ex­po­si­tion à la ga­le­rie Éva Meyer pré­sente deux oeuvres en cire, un man­teau, une pièce so­nore et une vi­déo qui com­plètent l’in­ter­pré­ta­tion en mou­ve­ment que nous offre Mi­chel Au­bry d’une mo­der­ni­té dé­ré­glée, et sur­tout de l’his­toire des formes. Na­med for a fa­mous John Ford mo­vie about an im­pos­sible quest, The Sear­chers, Mi­chel Au­bry’s ex­hi­bit at the CREDAC, shows him con­ti­nuing his cha­rac­te­ris­tic mu­si­cal take on exis­ting ob­jects. Its set­ting, Ivry’s Ma­nu­fac­ture des OEillets, an “American fac­to­ry” built in 1913, ins­pi­red him to re­vi­sit the So­viet pa­vi­lion at the Ex­po­si­tion In­ter­na­tio­nale des Arts Dé­co­ra­tifs et In­dus­triels Mo­dernes in Pa­ris in 1925. Four ins­tal­la­tions oc­cu­py the spa­cious rooms where one side is left emp­ty, as if to al­low a mo­vie dol­ly for a tra­cking shot with the big win­dows ac­ting as na­tu­ral spot­lights. In fact, Au­bry is cur­rent­ly wor­king on a film, Rodt­chen­ko à Pa­ris, the scenes of which are shot in his va­rious ex­hi­bi­tions. The show opens with Au­bry’s take on Rod­chen­ko’s con­tri­bu­tion to that 1925 ex­hi­bi­tion, the fur­ni­ture for a wor­kers’ club in a uto­pian fac­to­ry (2002, FRAC Pays de la Loire). This consists of a big table, chairs of dif­fe­ring sizes, a book­case, and a pos­ter contai­ner made use­less by a penta­go­nal cut-out al­so found in other works, a stran­ge­ly ana­mor­pho­sed chess board, a stand and a pho­to­graph dis­play de­vice con­cei­ved by Éric Poi­te­vin on the ba­sis of old pho­tos in which it is seen on­ly from the side. Each of these ele­ments is fit­tied with reed like the ones in Sar­di­nian tra­di­tio­nal ins­tru­ments, gi­ving them a sound-ma­king ca­pa­ci­ty (though vi­si­tors don’t get to blow on them). The spec­trum was wor­ked out by es­ta­bli­shing cor­res­pon­dences bet­ween mu­si­cal pitch and me­tri­cal mea­su­re­ments. Fur­ther on, Au­bry shows a new mo­del (scale 1:10) of the pa­vi­lion crea­ted for the same 1925 ex­hi­bi­tion by Cons­tan­tin Melnikov. At the time, it was built by the Pa­ri­sian car­pen­ters’ cor­po­ra­tion in wood and not in me­tal, as plan­ned. Here, the mo­del is made of reeds. This ar­chi­tec­tu­ral­ly bi­zarre piece can al­so be used to make mu­sic. Au­bry al­so pre­sents an ac­tual size ver­sion of the kiosk de­si­gned (again) by Melnikov, which sold fur and Rus­sian car­pets. It is filled with an­tique and mo­dern car­pets, in­clu­ding a few mi­li­tant ones from Af­gha­nis­tan from the late 1980s.(1) The show thus spans the his­to­ry of the USSR from its birth to its death. It ends with a re­crea­tion of the Fra­tel­li­ni box which so fas­ci­na­ted Rod­chen­ko when he went to the cir­cus in Pa­ris, a long-term work that Au­bry once again makes mu­si­cal here with his reeds. The di­rec­tor of the CREDAC, Claire Le Res­tif, sug­gests that these reeds evoke ques­tions concer­ning sculp­ture, lost wax pro­cess and, more ge­ne­ral­ly, the search for the “lost ob­ject.” An ex­hi­bi­tion at Ga­le­rie Éva Meyer is pre­sen­ting th­ree sculp­tures, two of them in wax, plus a sound piece and a vi­deo which round out Au­bry’s mo­bile in­ter­pre­ta­tion of an off-cen­ter mo­der­ni­ty and, above all, the his­to­ry of forms.

Trans­la­tion, C. Pen­war­den

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