Léa Bis­muth

Art Press - - INTRODUCING -

Qu’Anne-Lise Broyer des­sine sur du pa­pier pho­to­gra­phique afin de ré­vé­ler un pay­sage, comme s’il s’agis­sait d’une par­celle de conscience, ou sol­li­cite son rap­port à la lit­té­ra­ture, elle est à l’af­fût de sen­sa­tions frag­men­tées. Il faut du temps pour sai­sir plei­ne­ment cette pra­tique tis­sée qui joue avec l’opa­ci­té de l’es­pace qui nous en­toure.

EN LI­SANT, EN ÉCRI­VANT

Anne-Lise Broyer a d’abord ex­plo­ré l’es­pace du livre : « J’ai tou­jours fait des livres, agra­fé des pages entre elles. Puis, j’ai ap­pris le gra­phisme et la ty­po­gra­phie afin de com­prendre in­ti­me­ment la mise en page », ex­plique-t-elle. Le livre est es­pace d’ex­pé­ri­men­ta­tion, ter­ri­toire à conqué­rir, ma­nière d’agen­cer « l’oeil de la lettre » ou la cou­leur des ca­rac­tères. Ain­si, l’ar­tiste re­prend à son compte les mots de De­leuze et Guat­ta­ri dé­fi­nis­sant le rhi­zome : « Le livre doit faire ma­chine avec quelque chose, il doit être un pe­tit ou­til sur un de­hors ». Ce de- hors se­ra de na­ture pho­to­gra­phique. Et c’est à dix-neuf ans, alors qu’elle est étu­diante à l’École na­tio­nale su­pé­rieure des arts dé­co­ra­tifs, qu’Anne-Lise Broyer s’em­pare d’un ap­pa­reil ar­gen­tique, un Ni­kon F3 qui ne la quit­te­ra plus. Dès le dé­part, sa pra­tique pho­to­gra­phique est à contre-cou­rant. Il ne s’agit pas de faire de belles images, mais de faire l’ex­pé­rience du fré­mis­se­ment de la prise de vue. L’ap­pa­reil est lourd, en­com­brant, au­cu­ne­ment uti­li­sé pour ses ca­rac­té­ris­tiques tech­niques. Elle se sert de tout ce­la comme d’un han­di­cap qu’il fau­drait dé­pas­ser. L’ap­pa­reil a été pen­sé pour la pho­to­gra­phie spor­tive et la prise de vue en ra­fales, qu’à ce­la ne tienne, elle dé­cide d’uti­li­ser une faible vi­tesse et une faible pro­fon­deur de champ… Cer­taines images té­moignent d’un souffle cou­pé, d’autres d’un geste lé­gè­re­ment trem­blant. Ce qui compte: le ra­len­tis­se­ment de l’image, sa re­te­nue la­cu­naire. Ap­pa­raissent alors des bribes pho­to­gra­phiques. « Pas plus de huit films pho­to­gra­phiques par an. »

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