UNE CER­TAINE AMÉ­RIQUE VIEWS OF AMERICA

Art Press - - IN MEMORIAM -

alors même que per­sonne ne la sa­vait pho­to­graphe, et, con­trai­re­ment à ce qui a été dit, très éru­dite, connais­sant par­fai­te­ment les oeuvres de ses contem­po­rains pho­to­graphes. Étrange des­ti­née, aus­tère et mo­no­ma­niaque, faite de ri­gueur et d’énigmes. Le champ pho­to­gra­phique de Maier est très large : street pho­to­gra­phy, bien sûr, comme ce­la a peut-être été trop dit, mais aus­si au­to­por­traits, pho­to­gra­phies d’ar­chi­tec­tures, pay­sages ur­bains aux ca­drages et à la com­po­si­tion par­fai­te­ment maî­tri­sés – on songe aux re­flets sur les murs de brique de ces es­ca­liers de se­cours en mé­tal ty­pi­que­ment new-yor­kais – Afro-Amé­ri­cains aux­quels, de toute évi­dence, elle en­tend rendre leur di­gni­té à une époque où la sé­gré­ga­tion se vi­vait en­core comme une cruelle réa­li­té, et des en­fants, beau­coup d’en­fants. Telle cette pe­tite fille aux joues en­core mar­brées de larmes, lourde montre d’homme au poi­gnet, bras croi­sés, qui trouve en­core la force, mal­gré un cha­grin dont l’on ne sau­ra rien, d’af­fron­ter l’ob­jec­tif. Si la pho­to­gra­phie de Maier n’est pas stric­to sen­su po­li­tique, elle en dit pour­tant long sur les dif­fé­rences criantes de classes dans l’Amé­rique des an­nées 1950-1960 – que di­rai­ton, au­jourd’hui ? Bien pire, hé­las… Maier capte avec une iro­nie per­cep­tible ces élé­gantes à voi­lettes et em­mi­tou­flées dans leurs re­nards, au visage dur et au re­gard froid, qui contrastent hon­teu­se­ment avec ces vieillards mi­sé­reux et voû­tés de fa­tigue, ces en­fants aux jambes sales et sque­let­tiques, cet ivrogne que traînent bru­ta­le­ment deux po­li­ciers, cette femme noire au re­gard triste, lourd de tout ce que sa condition lui in­flige… Captant l’or­di­naire des rues, Vi­vian Maier semble se si­tuer entre un hu­ma­nisme à la fran­çaise – dont elle ne par­tage en rien les « bons sen­ti­ments » – et la rage d’une Diane Ar­bus dont, je crois, elle n’at­teint pas la puis­sance. Reste cette belle dé­cou­verte, au ha­sard d’une vente aux en­chères, et, pour fi­nir, ce mi­racle, dans la nuit de Flo­ride, d’une jeune femme qui s’avance vers les lu­mières de la ville, blonde comme Ma­ri­lyn, vê­tue d’une fée­rique robe de tulle blanc – signe que la beau­té ré­siste en­core à l’obs­cu­ri­té du monde. It’s hard to see land­marks of the his­to­ry of pho­to­gra­phy with fresh eyes. It seems that these images have been so en­gra­ved on our re­ti­nas that we can’t see any­thing new. It is as if—and this phe­no­me­non is more pro­noun­ced in pho­to­gra­phy than pain­ting, a dif­fe­rence worth in­ter­ro­ga­ting so­me­day—the sharp­ness of our gaze were worn flat. That’s how one might feel at this Lee Fried­lan­der re­tros­pec­tive. In ad­di­tion to sur­veying this mas­ter’s

Lee Fried­lan­der. « Nude ». 1990 Ti­rage ar­gen­tique. 22 x 33 cm (© Court. ga­le­rie Eric Dupont) Ge­la­tin sil­ver print

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