Jean-Fran­çois Jaeger et la ga­le­rie Jeanne Bu­cher l’aven­ture d’un ama­teur pas­sion­né.

Ma­ny Hap­py Re­turns. Gui­te­mie Mal­do­na­do

Art Press - - LA UNE - Gui­te­mie Mal­do­na­do

La ga­le­rie Jaeger Bu­cher vient de cé­lé­brer le quatre-vingt-dixième an­ni­ver­saire de Jean-Fran­çois Jaeger, qui a ac­co­lé son nom à ce­lui de la ga­le­rie Jeanne Bu­cher, avec l’ex­po­si­tion, Ma­tière et mé­moire : la de­meure du pa­triarche (19 no­vembre - 24 jan­vier 2014). C’est l’oc­ca­sion de revenir dans nos pages sur l’aven­ture d’une ga­le­rie pa­ri­sienne his­to­rique.

Jean-Fran­çois Jaeger fête cette an­née ses quatre-vingt-dix ans, dont soixante-six pas­sés à pré­si­der aux des­ti­nées de la ga­le­rie Jeanne Bu­cher. Rue de Seine et rue de Sain­tonge, dans les lo­caux his­to­riques et dans l’es­pace ou­vert en 2008 par Vé­ro­nique Jaeger, sa fille, une riche sé­lec­tion d’oeuvres rap­pelle les en­ga­ge­ments de ce­lui qui se dit « ama­teur » plu­tôt que ga­le­riste, qui fait de la « cu­rio­si­té in­las­sable », de l’« ap­pé­tit de connaître », ain­si que du « dé­sir per­ma­nent » les secrets de sa lon­gé­vi­té : « Dès que l’on croit sa­voir on est per­du » (1), dé­clare-t-il.

PAS­SAGES DE RE­LAIS

À la dis­pa­ri­tion de Jeanne Bu­cher sur­ve­nue le 1er no­vembre 1946, son gendre, le doc­teur An­dré Cour­nand, ins­tal­lé à New York, prend la di­rec­tion de la ga­le­rie créée en 1925 (2), puis il passe le re­lais au pe­tit-ne­veu de la fon­da­trice, Jean-Fran­çois Jaeger, né à Stras­bourg en 1924 et qui ne tar­de­ra pas à de­ve­nir son propre gendre. L’aven­ture de l’art com­mence donc pour ce­lui-ci en 1947, une an­née dé­ci­sive pour la scène ar­tis­tique pa­ri­sienne qui voit se mul­ti­plier les signes de la re­prise, après les an­nées de la Guerre et de l’Oc­cu­pa­tion : l’Ex­po­si­tion in­ter­na­tio­nale du sur­réa­lisme à la ga­le­rie Maeght, l’ou­ver­ture du Mu­sée na­tio­nal d’art mo­derne, l’ex­po­si­tion l’Ima­gi­naire, or­ga­ni­sée par Georges Ma­thieu à la ga­le­rie du Luxem­bourg. C’est dans ce contexte sti­mu­lant que Jean-Fran­çois Jaeger or­ga­nise sa pre­mière ex­po­si­tion à la ga­le­rie, alors si­tuée au 9ter bou­le­vard duMont­par­nasse, avec les pein­tures ré­centes de Hans Reichel, l’un des der­niers ar­tistes mon­trés par Jeanne Bu­cher. Tout com­mence aus­si avec la ren­contre de Ro­ger Bis­sière, par l’in­ter­mé­diaire de Jean Ber­tholle qui avait été son élève à l’Aca­dé­mie Ran­son. C’est avec ce peintre, ex­po­sé de­puis 1921, que le jeune mar­chand fait réel­le­ment son ap­pren­tis­sage, nouant une ami­tié pro­fonde et du­rable avec l’aî­né des abs­traits ly­riques. Ce­lui-ci est alors âgé de près de soixante ans et sa der­nière ex­po­si­tion chez Re­né Drouin a été un échec, ce qui le conduit à prendre un nou­veau dé­part, pa­ral­lèle aux dé­buts de son ami qui ex­pose en 1951 ses Quelques images sans titre, des pein­tures à l’oeuf que tra­verse le nou­veau souffle de son oeuvre. Ce­lui qui dit avoir « tout ap­pris avec les ar­tistes » a sou­vent su être là au bon mo­ment pour ceux avec qui il a tis­sé des liens bien plus que pro­fes­sion­nels : une Gare Saint-La­zare (1949) de Ma­ria-He­le­na Viei­ra da Sil­va qu’il a tou­jours conser­vée et l’un des rares au­to­por­traits ( Au­to­por­trait V, 1966) de Jean Du­buf­fet, of­fert et dé­di­ca­cé à Jean-Fran­çois Jaeger, té­moignent de l ’in­ti­mi­té de ces re­la­tions, en­tre­te­nues tant avec les oeuvres qu’avec les ar­tistes. Vé­ro-

nique Jaeger qui, pour or­ga­ni­ser les ex­po­si­tions anniversaires, a plon­gé dans les an­nales de la ga­le­rie qui sont aus­si sa mé­moire fa­mi­liale, en­tend pour­suivre dans la voie frayée par son père, elle qui dit avoir ou­vert l’es­pace de la rue de Sain­tonge – plus apte à ac­cueillir des oeuvres de grandes di­men­sions – avec une seule in­ter­ro­ga­tion : est-il en­core pos­sible au­jourd’hui dans une ga­le­rie de faire vivre des oeuvres, d’y vivre avec elles et d’y sus­ci­ter des ren­contres ?

EN SON TEMPS ET À SON RYTHME

En 1960, Jean-Fran­çois Jaeger a ins­tal­lé sa ga­le­rie au fond de la cour du 53 rue de Seine, dans cet es­pace où il tra­vaille en­core au­jourd’hui et où la mé­moire d’un de­mi-siècle d’ac­ti­vi­té s’est pa­tiem­ment dé­po­sée : in­dé­nia­ble­ment il est ha­bi­té. Entre autres, par le sou­ve­nir d’ex­po­si­tions mar­quantes comme celle des Pein­tures mo­nu­men­tées de Jean Du­buf­fet en 1968-1969, où s’est im­po­sée la di­men­sion ar­chi­tec­tu­rale de son oeuvre ou en­core celle des Tem­pe­ras de Viei­ra da Sil­va (1971) pour la­quelle le ga­le­riste avait ima­gi­né et construit une struc­ture en bois en écho à celles qui tra­ver­saient les oeuvres. Il ne s’agit là que de deux illus­tra­tions de la sen­si­bi­li­té et du goût pour l’ac­cro­chage de ce­lui qui semble ani­mé par le plai­sir de « conver­ser avec le ta­bleau », d’« écou­ter le ta­bleau » et « ce que les ta­bleaux ont à se dire entre eux ». Viei­ra da Sil­va a ren­du un hom­mage émou­vant à ces qua­li­tés : « Jean-Fran­çois pos­sède une ima­gi­na­tion qui lui per­met de trans­for­mer la ga­le­rie en grotte, en ciel, en bateau, en fo­rêt, sui­vant l’uni­vers du peintre ou du sculp­teur qu’il ex­pose. Je crois que c’est une des rai­sons qui me font ai­mer cette ga­le­rie au point que chaque fois que j’y entre, je suis émue comme si je la dé­cou­vrais pour la pre­mière fois. » Viei­ra da Sil­va, Bis­sière, Ni­co­las de Staël, Hans Reichel, Mark To­bey, Du­buf­fet : la liste des « pi­liers » de la ga­le­rie force le res­pect. Mais ce qui frappe plus en­core, c’est la constance et la lon­gé­vi­té de ces col­la­bo­ra­tions : pas moins de seize ex­po­si­tions mo­no­gra­phiques pour le der­nier entre 1964 et 2009, au­tant pour l’ar­tiste por­tu­gaise, onze pour Bis­sière, huit pour Reichel, sept pour de Staël et six pour To­bey. Et la dis­pa­ri­tion des ar­tistes n’interrompt en rien le tra­vail d’ac­com­pa­gne­ment qui passe aus­si par des pu­bli­ca­tions ré­gu­lières, la créa­tion et l’ani­ma­tion de co­mi­tés as­su­rant la pro­mo­tion de l’oeuvre (Co­mi­té Viei­ra da Sil­va – Ar­pad Szenes), ain­si que la réa­li­sa­tion et la pré­sen­ta­tion de ca­ta­logues rai­son­nés (ceux de Viei­ra da Sil­va et de Ni­co­las de Staël). Un même sou­ci anime les né­go­cia­tions avec les mu­sées fran­çais comme étran­gers qui ont ac­quis ou re­çu en dons, par l’en­tre­mise de la ga­le­rie, nombre de pièces ma­jeures : le sou­ci d’as­su­rer l’ave­nir d’une oeuvre, « la pire des choses » étant, se­lon Jean-Fran­çois Jaeger, de « vendre un ta­bleau qu’on aime à quel­qu’un qui ne le mé­rite pas ». Les noms pres­ti­gieux qui pré­cèdent ne sau­raient faire ou­blier les ar­tistes plus jeunes dé­fen­dus au fil du temps par la ga­le­rie et le dia­logue entre les gé­né­ra­tions qui s’y est ain­si tis­sé : Jean-Jacques Cec­ca­rel­li, Dado, Gé­rard Fro­man­ger, Louis Le Broc­quy, Ar­thur Luis Pi­za, Paul Re­bey­rolle, Fé­lix Ro­zen, mais aus­si Fer­min Aguayo, Louis Nal­lard, Wil­frid Mo­ser et Fa­bienne Ver­dier. De même, des par­tis-pris spé­ci­fiques se sont fait jour : la pro­mo­tion ac­tive de l’art pu­blic, entre autres avec l’Axe ma­jeur de Da­ni Ka­ra­van, en­semble ar­chi­tec­tu­ral en passe d’être ache­vé à Cer­gy ; l’in­té­rêt pour les arts pre­miers ex­po­sés dès le dé­but des an­nées 1960 ; l’at­trait pour l’Orient ma­ni­fes­té à par­tir des an­nées 1970, tant avec l’ex­po­si­tion du maître taoïste Chen Yung-Sheng et la cé­ré­mo­nie du thé qu’il a or­ga­ni­sée à la ga­le­rie en 1977, qu’avec l’en­ga­ge­ment aux cô­tés d’ar­tistes tels que Su­su­mu Shin­gu ou Yang Jie­chang. Telle plon­gée dans l’his­toire d’une ga­le­rie à la fois his­to­rique et tou­jours ac­tive dé­montre l’im­por­tance dé­ter­mi­nante du temps, de la du­rée : pour le dé­ve­lop­pe­ment d’une oeuvre, mais aus­si pour la ren­contre avec elle. L’Aba­kan La­dy (1970-1980), pa­tiem­ment et dou­lou­reu­se­ment tis­sée en fibres vé­gé­tales par Mag­da­le­na Aba­ka­no­wicz et la construc­tion en bois peint en noir, Sha­dow and Re­flec­tion I, (1966) de Louise Ne­vel­son le ma­ni­festent avec force. Les deux oeuvres créent leur propre es­pace à par­tir de mo­dules élé­men­taires, fibres ou mor­ceaux de bois, qui sont au­tant d’ins­tants et qui en­cap­sulent au­tant de sou­ve­nirs. Il re­vient au vi­si­teur, pa­tient à son tour, de prendre le temps de s’y pro­je­ter, de s’y dé­pla­cer, bref de les ha­bi­ter, comme elles l’ha­bi­te­ront en­suite, pour long­temps.

(1) Ces pro­pos sont is­sus d’une dis­cus­sion avec Jean-Fran­çois et Vé­ro­nique Jaeger ayant eu lieu le 15 jan­vier 2014. Qu’ils soient ici re­mer­ciés de leur temps et de leur gé­né­ro­si­té. (2) L’his­toire de la ga­le­rie entre 1925 et 1946 a fait l’ob­jet d’une ex­po­si­tion à l’An­cienne Douane de Stras­bourg en 1994. Un ou­vrage est en pré­pa­ra­tion pour cé­lé­brer le 90e an­ni­ver­saire de la fon­da­tion de la ga­le­rie, en 2015.

Page de gauche / page left: La ga­le­rie Jeanne Bu­cher en/ the gal­le­ry in 1936. 9 ter, Bd du Mont­par­nasse, Pa­ris Ci-des­sous / be­low: Ex­po­si­tion « Ma­tière et Mé­moire », Jean Du­buf­fet. 5 et 7 rue de Sain­tonge. (Court. Jaeger Bu­cher ; Ph. H. Ab­ba­die). “Mat­ter and Me­mo­ry” show (J. Du­buf­fet)

Ga­le­rie Jaeger Bu­cher has just ce­le­bra­ted the ni­ne­tieth bir­th­day of Jean-Fran­çois Jaeger, great ne­phew of its foun­der, Jeanne Bu­cher, with the ex­hi­bi­tion Ma­tière et mé­moire : la de­meure du pa­triarche (November 19, 2013–Ja­nua­ry 24, 2014). The gal­le­ry he took over six­ty-six years ago is ba­re­ly a year youn­ger. How do they do it?

This year Jean-Fran­çois Jaeger will ce­le­brate his ni­ne­tieth bir­th­day, with six­ty-six years spent at the helm of the Jeanne Bu­cher gal­le­ry. Its two lo­ca­tions, the ori­gi­nal ve­nue on Rue de Seine and the space on Rue de Sain­tonge ope­ned by his daugh­ter Vé­ro­nique Jaeger in 2008, of­fer a rich se­lec­tion of art­works, tes­ta­ment to the concerns of a man who pre­fers to call him­self an “art lo­ver” ra­ther than a gal­le­rist, dri­ven by “in­sa­tiable cu­rio­si­ty,” a “thirst for knowl edge” and “a ne­ver- en­ding cra­ving.” The se­cret of his lon­ge­vi­ty, he says, is simple: ne­ver stop see­king know­ledge. “If you think you’ve ex­haus­ted it, you’re done for.”(1) Jeanne Bu­cher foun­ded the gal­le­ry in 1925.(2) When she died on November 1, 1946, her son-in-law An­dré Cour­nand, then li­ving in New York, took over the gal­le­ry, but not long af­ter de­ci­ded to turn it over to the foun­der’s great-ne­phew Jean-Fran­çois Jaeger, born in Stras­bourg in 1924,who would

soon be­come Cour­nand’s son-in­law as well. Jaeger’s jour­ney thus be­gan in 1947, a de­ci­sive year for a Pa­ris art scene coming back to life af­ter years of war and oc­cu­pa­tion. The events he­ral­ding this re­vi­val in­clu­ded the Ex­po­si­tion In­ter­na­tio­nale du Sur­réa­lisme at the Maeght gal­le­ry, the ope­ning of the Mu­sée Na­tio­nal d’Art Mo­derne and the ex­hi­bi­tion L’Ima­gi­naire or­ga­ni­zed by Georges Ma­thieu at the Luxem­bourg mu­seum. It was in this sti­mu­la­ting context that Jaeger held his de­but show at the gal­le­ry, then si­tua­ted at 9ter bou­le­vard du Mont­par­nasse, f ea­tu­ring recent pain­tings by Hans Reichel, one of the last ar­tists shown by Bu­cher. The other key mo­ment for Jaeger was when he met Ro­ger Bis­sière, the se­nior mem­ber of the Abs­tract Ly­ri­cism school who had been sho­wing his work since 1921. The two men were in­tro­du­ced by Jean Ber­tholle, who had been the ar­tist’s student at the Aca­dé­mie Ran­son. The two men be­gan a close and lasting friend­ship that was to consti­tute the young art dea­ler’s ap­pren­ti­ce­ship. Bis­sière was al­most six­ty and his last show, at the Re­né Drouin gal­le­ry, had been a fai­lure. Conse­quent­ly he de­ci­ded to make a fresh start, which coin­ci­ded with Jaeger’s own ini­tia­tion as a gal­le­rist. In 1952 Jaeger held a show of work by his ar­tist friend, Quelques images sans titre, tem­pe­ra pain­tings in­fu­sed with a fresh spi­rit. Jaeger, who says he “lear­ned eve­ry­thing from ar­tists,” was of­ten at the right place and time with the ar­tists with whom he es­ta­bli­shed friend­ships as well as pro­fes­sio­nal re­la­tions. His per­so­nal col­lec­tion, which in­cludes a Gare Saint-La­zare (1949) by Ma­ria-He­le­na Viei­ra da Sil­va and a rare Jean Du­buf­fet self-por­trait ( Au­to­por­trait V, 1966) gi­ven to him with a si­gned de­di­ca­tion by the ar­tist, shows just how close he has been to both ar­tists and their work. Vé­ro­nique Jaeger dug deep in­to the gal­le­ry ar­chives, which are al­so her fa­mi­ly’s me­mo­ry bank, to or­ga­nize the an­ni­ver­sa­ry ex­hi­bi­tions. Voi­cing a de­sire to fol­low her fa­ther’s path, she ex­plains that she ope­ned the space on Rue de Sain­tonge— more sui­table for large art­works— with a single ques­tion in mind: is it still pos­sible, for a gal­le­ry to­day, to be a place where art­works come to life, to spend time with them and in­tro­duce them to other people?

IN HIS OWN GOOD TIME

In 1960 Jaeger mo­ved his gal­le­ry to the back of a cour­tyard at 53 Rue de Seine where he still works to­day. With layer upon layer of a half-cen­tu­ry’s la­bors, this place is un­de­nia­bly in­ha­bi­ted—most of all by the me­mo­ry of his­to­ri­cal mo­ments such as the dis­play of Du­buf­fet’s Pein­tures mo­nu­men­tées in 1968-69, when his work be­gan to take on an ar­chi­tec­tu­ral di­men­sion, and Viei­ra da Sil­va’s Tem­pe­ras (1971), for which the gal­le­rist de­si­gned and built woo­den dis­play boxes to echo the boxes in the pain­tings. These are just two examples of Jaeger’s sen­si­ti­vi­ty and taste as a dis­play de­si­gner, a man whose goal is “the plea­sure of conver­sing with pain­tings,” of “lis­te­ning to pain­tings” and “to what these pain­tings have to say to one an­ther.” In a mo­ving tri­bute to these qua­li­ties, da Sil­va said, “Jean-Fran­çois has an ima­gi­na­tion that al­lows him to trans­form his gal­le­ry in­to a cave, the hea­vens, a boat or a fo­rest, in har­mo­ny with the world of the pain­ter or sculp­tor whose work he is sho­wing. I think that’s one of the rea­sons I love his gal­le­ry, so much so that eve­ry time I go I’m as mo­ved as if it were the first time.” Viei­ra Da Sil­va, Bis­sière, Ni­co­las de Stael, Reichel, Mark To­bey, Du­buf­fet: the list of the gal­le­ry’s “pillars” com­mands res­pect. But even more stri­king is the loyal­ty and lon­ge­vi­ty of these part­ner­ships. The gal­le­ry put on six­teen Du­buf­fet shows bet­ween 1964 and 2009, the same num­ber by Viei­ra da Sil­va, ele­ven for Bis­sière, eight for Reichel, se­ven for Stael and six for To­bey. The gal­le­ry re­mains no less loyal when an ar­tist dies. It conti­nues to re­gu­lar­ly pu­blish their work, and es­ta­blishes and leads conti­nuance com­mit­tees to pro­mote it, such as the Co­mi­té Viei­ra da Sil­va–Ar­pad Szenes, and pro­duce and pu­blish ca­ta­logues rai­son­nés (da Sil­va and de Stael). The same sense of res­pon­si­bi­li­ty is ma­ni­fes­ted in ne­go­tia­tions re­gar­ding the ac­qui­si­tion of ca­pi­tal pieces by French and fo­rei­gn mu­seums that the gal­le­ry conducts on be­half of ar- tists. Jaeger, who has been an in­ter­me­dia­ry in nu­me­rous pur­chases and gifts, cares about the fu­ture of these art­works. “The worse thing you can do,” he says, “is to sell a pain­ting you love to so­meone who doesn’t de­serve it.” The pres­ti­gious names men­tio­ned above should not over­sha­dow the youn­ger ar­tists the gal­le­ry has re­pre­sen­ted over time and the re­sul­ting in­ter-ge­ne­ra­tio­nal dia­logue: Jean-Jacques Cec­ca­rel­li, Dado, Gé­rard Fro­man­ger, Louis Le Broc­quy, Ar­thur Luis Pi­za, Paul Re­bey­rolle, Fé­lix Ro­zen, Fer­min Aguayo, Louis Nal­lard, Wil­frid Mo­ser and Fa­bienne Ver­dier, for example. The gal­le­ry has al­so ma­ni­fes­ted spe­ci­fic concerns: the pro­mo­tion of pu­blic art, with, among others, L’Axe ma­jeur by Da­ni Ka­ra­van, an ar­chi­tec­tu­ral en­semble now un­der construc­tion in Cer­gy; ear­ly art, which has fi­gu­red in se­ve­ral shows since the be­gin­ning of the 1960s; and eas­tern art, star­ting i n the 1970s. Outs­tan­ding examples in this lat­ter vein in­clude a show de­di­ca­ted to the Taoist mas­ter Chen YungS­heng, the tea ce­re­mo­ny held at the gal­le­ry in 1977, and the com­mit­ment to ar­tists such as Su­su­mu Shin­gu and Yang Jie­chang. This dive in­to the his­to­ry of a gal­le­ry that is both his­to­ric and sill ac­tive shows the de­ci­sive im­por­tance of time, du­ra­tion, the time nee­ded to pro­duce an art­work, and no less, the time ne­ces­sa­ry to get to know it. Two po­wer­ful examples: the Aba­kan La­dy (1970–80), made of plant fi­bers pa­tient­ly and pain­ful­ly wo­ven by Mag­da­le­na Aba­ka­no­wicz, and Louise Ne­vel­son’s black-pain­ted woo­den struc­ture Sha­dow and Re­flec­tion I (1966). These two pieces create their own space using ele­men­ta­ry mo­dules, made of fi­bers or pieces of wood that be­come mo­ments en­cap­su­la­ting me­mo­ries. Vi­si­tor, in turn, al­so need to be pa­tient, to take their time as they pro­ject them­selves in­to and move around a piece. In short, the time nee­ded to tru­ly in­ha­bit them, as they will in­ha­bit the vie­wer for a long time to come.

Gui­te­mie Mal­do­na­do Trans­la­tion, L-S Tor­goff

(1) This ar­ticle is ba­sed on a dis­cus­sion with Jean-Fran­çois and Vé­ro­nique Jaeger on Ja­nua­ry 15, 2014. I would like to thank them for their time and ge­ne­ro­si­ty. (2) An ex­hi­bi­tion concer­ning the gal­le­ry’s his­to­ry from 1925 to 1946 was held at the An­cienne Douane de Stras­bourg in 1994. A book ce­le­bra­ting the ni­ne­tieth an­ni­ver­sa­ry of the gal­le­ry’s foun­da­tion in 2015 is in pre­pa­ra­tion.

Ex­po­si­tion Viei­ra da Sil­va. 1971 (Fonds d’ar­chives de la ga­le­rie J. Bu­cher). A Viei­ra da Sil­va show in 1971

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