Re­lâche, le re­make, à Nan­cy Ca­role Boul­bès

Art Press - - LA UNE - Ca­role Boul­bès

Opé­ra na­tio­nal de Lor­raine, 15, 16, 18, 19 mars 2014

Re­cons­ti­tuer Re­lâche, my­thique bal­let d’Erik Sa­tie et Francis Pi­ca­bia créé au Théâtre des ChampsÉ­ly­sées, à Pa­ris, le 4 dé­cembre 1924, est le dé­fi que Pet­ter Ja­cobs­son et Thomas Ca­ley en­tendent re­le­ver avec les dan­seurs du Bal­let na­tio­nal de Lor­raine. L’improvisation, les gags, les gestes ba­nals du quo­ti­dien, le jeu des ac­teurs proche du music-hall, l’in­tro­duc­tion du film bur­lesque En­tr’acte de Re­né Clair pro­vo­quèrent certes le scan­dale, mais ils in­fluen­cèrent aus­si la scène de la danse du 20e siècle. Re­lâche marque un point de non-re­tour qu’il est fon­da­men­tal d’ex­plo­rer.

On ne pré­sente plus Re­lâche, le 24e et der­nier bal­let sué­dois de la com­pa­gnie de Rolf de Ma­ré, pré­sen­té au Théâtre des Champs-Ely­sées en 1924-1925. C’est aus­si le seul bal­let sué­dois qui ac­corde une large place au ci­né­ma, avec la pro­jec­tion du cé­lèbre En­tr’acte de Re­né Clair. Très no­va­teurs et to­ta­le­ment in­com­pris de la critique, l’ar­gu­ment et la par­ti­tion écrits res­pec­ti­ve­ment par Francis Pi­ca­bia et Erik Sa­tie in­dui­saient des ré­pé­ti­tions presque sy­mé­triques d’un acte à l’autre, mais aus­si des ac­tions dan­sées sans mu­sique, ain­si que des pauses. La cho­ré­gra­phie était si­gnée par Jean Bör­lin, qui in­ter­pré­tait aus­si le pre­mier rôle. Mê­lés aux spec­ta­teurs, la dan­seuse Edith von Bons­dorff (1890-1960), vê­tue d’une robe de soi­rée étin­ce­lante, et neuf dan­seurs en ha­bit noir et chapeau hautde-forme se­maient la confu­sion en pas­sant de la salle à la scène et en se désha­billant de­vant un por­tique lu­mi­neux aveu­glant… Vive la vie ! Bien avant Fluxus, Pi­ca­bia et Sa­tie in­ven­taient le hap­pe­ning… Il n’est pas tou­jours fa­cile de sai­sir l’hu­mour grin­çant de ces deux da­daïstes qui pré­fé­raient « en­tendre le pu­blic crier qu’ap­plau­dir ».

JEU SUR LES LI­MITES

Au­jourd’hui, quatre-vingt-dix ans après la pre­mière, pour­quoi re­faire Re­lâche ? Ne risque-t-on pas d’être désar­çon­né par cette suite d’ac­tions simples–presque en­nuyeuses – que Pi­ca­bia im­po­sait aux dan­seurs par bra­vade, pour dé­fier les spec­ta­teurs de son temps : s’as­seoir, re­gar­der le dé­cor, fu­mer, se désha­biller, se rha­biller, faire des acro­ba­ties ? Pet­ter Ja­cobs­son ( 1) et Thomas Ca­ley (2) re­lèvent le dé­fi avec les dan­seurs du Bal­let na­tio­nal de Lor­raine. En 2012-2013, en in­vi­tant Ma­thilde Mon­nier, Dorte Oles­sen, La Ri­bot, Gi­sèle Vienne, Twy­la Tharp et In­gun Björns­gaard, ils avaient mis l’ac­cent sur la créa­tion des femmes. En 2014, leur vo­lon­té de re­mon­ter Re­lâche est aus­si un évé­ne­ment. Une pre­mière en Eu­rope ! Pour­quoi un tel choix ? D’abord, en rai­son de l’in­fluence de Sa­tie et Pi­ca­bia sur John Cage, Merce Cun­nin­gham et la scène amé­ri­caine des an­nées 1950. En­suite, parce que ce « bal­let ul­tra mo­derne » al­lait si loin que Rolf de Ma­ré lui-même se di­sait « dé­pas­sé »…

Dans l’his­toire de la danse, Re­lâche cor­res­pond à un point de non-re­tour qu’il est fon­da­men­tal d’ex­plo­rer. Ja­cobs­son em­ploie le mot de « re­cons­ti­tu­tion » et non de re­make ou de re-en­act­ment, ce qui dit bien sa vo­lon­té d’être fi­dèle au spec­tacle ini­tial, sa du­rée, ses dé­cors et ses cos­tumes. Bien sûr, un tel dé­sir at­teint vite ses li­mites : im­pos­sible de de­man­der à Pi­ca­bia et Sa­tie de ve­nir sa­luer le pu­blic à la fin du spec­tacle dans leur pe­tite voiture, une 5HP Ci­troën… Le prin­ci­pal ac­teur de Re­lâche est la lu­mière. Mais comment re­faire à l’iden­tique ce por­tique éblouis­sant consti­tué de cen­taines de disques ar­gen­tés couplés à des am­poules élec­triques ? Il y a long­temps que l’en­tre­prise Paz & Sil­va, qui en avait as­su­ré l’ins­tal­la­tion, n’existe plus… Très connue à l’époque, cette so­cié­té pion­nière dans les en­seignes pu­bli­ci­taires pa­ri­siennes avait « exé­cu­té les dé­cors lu­mi­neux de Re­lâche (3) ».

AR­CHIVES

Les in­for­ma­tions sur le bal­let sont as­sez peu nom­breuses. Quelques pho­to­gra­phies. Pas de film. Heu­reu­se­ment, Pet­ter Ja­cobs­son avait gar­dé le sou­ve­nir de ses conver­sa­tions avec Bengt Hä­ger (1916-2011), le fon­da­teur du Mu­sée de la danse ( Dans­mu­seet) de Stock­holm ( 4). Après une pa­tiente re­cherche dans les ar­chives de ce mu­sée et d’autres ins­ti­tu­tions en Eu­rope, il a pu dé­ni­cher de nou­velles in­for­ma­tions sur

la cho­ré­gra­phie et la mu­sique. La dé­cou­verte, à la Fon­da­tion Ca­ri­na Ari, d’une par­ti­tion in­édite pour pia­no a per­mis de com­prendre le jeu entre Jean Bör­lin et Kaj Smith, « l’autre homme » du spec­tacle. Le trio qu’ils consti­tuaient – avec Edith, in­car­na­tion de la Femme– se dé­ta­chait du groupe des huit acro­bates… D’autres me­nus gestes (pro­po­ser une ci­ga­rette, je­ter ses vê­te­ments sur le sol, croi­ser les pieds, se­couer son mou­choir…) étaient no­tés dans les marges de cette par­ti­tion. Étant don­né le ca­rac­tère dé­pouillé du scé­na­rio, ces in­di­ca­tions ont une grande im­por­tance, de même que la ré­pé­ti­tion des pauses mu­si­cales lors­qu’Edith ob­serve les dé­cors. La lec­ture de la presse d’époque (plus d’une cen­taine d’ar­ticles de jour­naux et de re­vues) que j’ai me­née avec Pet­ter Ja­cobs­son a per­mis d’abor­der le spec­tacle sous l’angle du music-hall et de le com­pa­rer aux tré­pi­dantes re­vues du Ca­si­no de Pa­ris ou des Fo­lies Ber­gère, que Pi­ca­bia tourne en dé­ri­sion avec son faux strip-tease aveu­glant et ses jeux ica­riens. On a pu me­su­rer les dé­ca­lages entre le scé­na­rio ini­tial et le spec­tacle que dé­crivent les jour­na­listes. Ain­si, Edith Bons­dorff n’est pas « en­le­vée dans les cintres », elle marche vers les cou­lisses sur le dos des hommes ! Au deuxième acte, elle re­vient sur scène por­tée sur une ci­vière par deux in­fir­mières, ce qui fait écho au pre­mier acte où Bör­lin fait son en­trée sur un tri­cycle – en fait, un fau­teuil rou­lant com­pa­rable à ceux des grands bles­sés de l a Pre­mière Guerre mon­diale… Tout au long des deux actes, un pom­pier fume, ou trans­vase l’eau d’un seau dans un autre… Quels sar­casmes à l’égard du dan­seur et de la dan­seuse ve­dettes ! En­fin, on a pu éta­blir de fa­çon presque cer­taine que le grand pan­neau noir du deuxième acte com­por­tait des textes as­sez in­ju­rieux écrits en ré­serve et éclai­rés par l’ar­rière, comme une en­seigne lu­mi­neuse. De pe­tits cercles ré­flé­chis­sants étaient fixés sur l es maillots blancs des hommes, tan­dis que Bör­lin était af­fu­blé d’un cos­tume brillant comme un dia­mant ! Avec ses in­nom­brables ef­fets de re­flets, Pi­ca­bia iro­ni­sait sur le clin­quant de son époque, peu de temps avant l’ou­ver­ture de l’Ex­po­si­tion in­ter­na­tio­nale des arts dé­co­ra­tifs et in­dus­triels mo­dernes, en avril 1925. Le soir de la gé­né­rale, Re­lâche fit re­lâche. In­dis­po­sé, Bör­lin dut re­non­cer à dan­ser. Comme à l’ha­bi­tude, plu­sieurs bal­lets sué­dois d’une du­rée de quinze à vingt mi­nutes se suc­cé­daient dans le même pro­gramme. Deux créa­tions de Fer­nand Lé­ger en­ca­draient celle de Pi­ca­bia… Bör­lin au­rait d’abord dû dan­ser Ska­ting Rink sur des pa­tins à rou­lettes, puis briller comme une étoile dans Re­lâche et en­fin se dé­pla­cer sous les lourds cos­tumes cu­bistes de la Créa­tion du monde…

RÉ­TRO­VI­SEUR

Au CCN, la pro­gram­ma­tion est en­core plus ver­ti­gi­neuse : en in­tro­duc­tion, Corps de bal­let, nou­velle créa­tion de Noé Sou­lier à par­tir de la tech­nique et du vo­ca­bu­laire de la danse clas­sique. En se­conde par­tie, Sound­dance de Merce Cun­ning- ham (1975), cho­ré­gra­phie très dy­na­mique, « chaos or­ga­ni­sé » sur une mu­sique de David Tu­dor. Et en­fin, pour fi­nir en beau­té, la re­cons­ti­tu­tion de Re­lâche. On l’au­ra com­pris, « re­mon­ter dans le temps de 2014 à 1924, éta­blir des re­la­tions, re­gar­der l’évo­lu­tion de la danse comme dans un ré­tro­vi­seur », tel est l’ob­jec­tif de Pet­ter Ja­cobs­son.

(1) Di­rec­teur ar­tis­tique du Bal­let royal de Suède à Stock­holm de 1999 à 2002, Pet­ter Ja­cobs­son crée en 2005 la com­pa­gnie Scen­tri­fug avec Thomas Ca­ley. De­puis, 2011, il est di­rec­teur ar­tis­tique du CCN-Bal­let de Lor­raine. (2) Thomas Ca­ley, pre­mier dan­seur de la Merce Cun­nin­gham Dance Company de1993 à 2000. Co­or­di­na­teur de re­cherche au CCN-Bal­let de Lor­raine. (3) Quelle plus belle pa­ra­bole sur le « clin­quant » publicitaire de son époque Pi­ca­bia pou­vait-il in­ven­ter, quelques mois avant l’illu­mi­na­tion de la tour Eif­fel par Ci­troën et les en­tre­prises Ja­co­poz­zi ? (4) Il en as­su­ra aus­si la di­rec­tion de 1950 à 1989. Critique de danse, ma­na­ger de nom­breuses com­pa­gnies, il a no­tam­ment col­la­bo­ré avec Kurt Joos et Ma­ry Wig­man. (5) « Si ce­la ne vous plaît pas, vous êtes libres de foutre le camp ». « Al­lez donc à l’Opé­ra ou au théâtre fran­çais, vous se­rez ser­vis ». « À la porte on vend des sif­flets pour deux ronds… ».

Re­lâche se­ra pré­sen­té à Lyon, à la Mai­son de la danse, les 16 et 17 sept. 2014.

Ca­role Boul­bès est his­to­rienne de l'art. À pa­raître : Re­lâche, der­nier coup d'éclat des Bal­lets sué­dois, Presses du réel, 2014. Wor­king with the dan­cers of the Bal­let Na­tio­nal de Lor­raine, Pet­ter Ja­cobs­son and Thomas Ca­ley have un­der­ta­ken the daun­ting task of re­ma­king, or ra­ther, re­crea­ting Re­lâche, the le­gen­da­ry bal­let by Erik Sa­tie and Francis Pi­ca­bia pre­mie­red at the Théâtre des Champs-Ély­sées, Pa­ris, on De­cem­ber 4, 1924. The improvisation, gags, the ba­nal eve­ry­day ac­tions, the music-hall style of the ac­tors, and the in­clu­sion of Re­né Clair’s slaps­tick film En­tr’acte— all these in­gre­dients sho­cked spec­ta­tors at the time, but Re­lâche al­so in­fluen­ced much sub­sequent dance. As an ar­tis­tic tur­ning point, it well me­rits a lit­tle ex­plo­ra­tion.

——

Eve­ryone ac­quain­ted with mo­dern bal­let knows Re­lâche, the twen­ty-fourth and last of the Swe­dish bal­lets pro­du­ced by the epo­ny­mous dance company led by Rolf de Ma­ré at the Théâtre des Champs-Ely­sées in 1924–25. It’s the on­ly one of that se­ries to ac­cord a ma­jor role to film, with the scree­ning of Re­né Clair’s ce­le­bra­ted En­tr’acte in the middle. This high­ly in­no­va­tive work was to­tal­ly mi­sun­ders­tood by the cri­tics. The book by Francis Pi­ca­bia and Erik Sa­tie’s score crea­ted al­most sym­me­tri­cal re­pe­ti­tions from one act to ano­ther, along with dances wi­thout music and pauses. The cho­reo­gra­pher Jean Bör­lin was al­so the lead dan­cer. In the au­dience, the dan­cer Edith Bons­dorff, dres­sed in a spark­ling eve­ning gown, along with twelve dan­cers wea­ring black out­fits and top hats, ge­ne­ra­ted confu­sion as they mo­ved from the or­ches­tra to the stage and un­dres­sed in front of a blin­din­gly lit por­ti­co. Long live life! Pi­ca­bia and Sa­tie in­ven­ted the hap­pe­ning long be­fore Fluxus.

PLAYING WITH BOUNDARIES

It’s not al­ways ea­sy to get the sar­cas­tic hu­mor de­ployed by these two Da­daists more in­ter­es­ted in pro­vo­king cries of pro­test than ap­plause. Why re­vive Re­lâche now, ni­ne­ty years af­ter its pre­mier? Might we not be dis­con­cer­ted by the simple and al­most an­noying ac­tions Pi­ca­bia im­po­sed on the dan­cers out of sheer bra­va­do, to de­fy the ex­pec­ta­tions of the spec­ta­tors of those days: smo­king, sit­ting, loo­king at the sce­ne­ry, un­dres­sing, dres­sing, per­for­ming acro­ba­tics? Pet­ter Ja­cobs­son (1) and Thomas Ca­ley (2) de­ci­ded to take up this chal­lenge with the Bal­let Na­tio-

nal de Lor­raine troupe. Pre­vious­ly, in 2012– 13, they spot­ligh­ted wo­men cho­reo­gra­phers and in­vi­ted Ma­thilde Mon­nier, Dorte Oles­sen, La Ri­bot, Gi­sèle Vienne, Twy­la Tharp and In­gun Björns­gaard. Their de­ci­sion to re­vive Re­lâche in 2014, for the first time in Eu­rope, al­so crea­ted a stir. Among the fac­tors in­vol­ved in this choice was the way that Sa­tie and Pi­ca­bia in­fluen­ced John Cage, Merce Cun­nin­gham and 1950s American bal­let in ge­ne­ral. Fur­ther, this “ul­tra-mo­dern bal­let” was so far ahead of its time that de Ma­ré him­self ad­mit­ted he felt out­da­ted. In terms of the his­to­ry of dance, Re­lâche re­pre­sents a tur­ning point that still needs to be ex­plo­red. Ja­cobs­son pre­fers to call this show a re­cons­ti­tu­tion ra­ther than a re­vi­si­ting or re­prise, an ex­pres­sion of his de­sire to re­main fai­th­ful to the ori­gi­nal, to its time frame, sets and cos­tumes. Of course this in­ten­tion has its li­mits. There’s no ques­tion of ha­ving Pi­ca­bia and Sa­tie come to greet the au­dience af­ter the fi­nal cur­tain in their lit­tle car, a Ci­troën 5HP… The real star of Re­lâche is the ligh­ting. But how to pro­duce an iden­ti­cal co­py of the dazzling por­ti­co made of hun­dreds of gold­pla­ted disks con­nec­ted to elec­tric light bulbs? The company that made this prop and the rest of the set lights, Paz & Sil­va, a pio­neer in Pa­ri­sian elec­tri­cal ad­ver­ti­zing signs, went out of bu­si­ness long ago.(3)

AR­CHIVES

There’s not much do­cu­men­ta­tion about the bal­let. No film, just a few pho­tos. Lu­cki­ly Ja­cobs­son still re­mem­be­red his conver­sa­tions with Bengt Hä­ger (19162011), the foun­der of the Stock­holm Dans­mu­seet.(4) He was able to gar­ner new in­for­ma­tion about the cho­reo­gra­phy and music by com­bing the dance mu­seum’s ar­chives and those of other Eu­ro­pean ins­ti­tu­tions. At the Ca­ri­na Ari foun­da­tion he dis­co­ve­red an un­pu­bli­shed pia­no score that re­vea­led the in­ter­play bet­ween Bör­lin and Kaj Smith, the per­for­mance’s “other man.” Be­hind this trio—the two men and Bons­dorff, re­pre­sen­ting the in­car­na­tion of Wo­man—was a group of eight acro­bats. In the mar­gins of this score were in­di­ca­tions for other mi­nor ac­tions to be per­for­med (of­fer a ci­ga­rette, throw clo­thing on the floor, cross one’s feet, shake a hand­ker­chief, etc.). Gi­ven the mi­ni­mal cha­rac­ter of the sce­na­rio, these in­di­ca­tions tur­ned out to be ve­ry im­por­tant, as did the re­pe­ti­tion of mu­si­cal pauses as Edith gazes at the set. Ja­cobs­son and I read con­tem­po­ra­ry re­views (more than a hun­dred news­pa­per and ma­ga­zine ar­ticles). That let us see Re­lâche in light of the music hall shows of the time, and com­pare it to the wild spec­tacles at the Ca­si­no de Pa­ris and the Fo­lies Ber­gère, mo­cked by Pi­ca­bia with his blin­ding false strip-tease and acro­ba­tics. We al­so be­came aware of the dif­fe­rences bet­ween the ini­tial sce­na­rio and the ac­tual show des­cri­bed by re­vie­wers and re­por­ters. Bons­dorff, it turns out, was not “lof­ted in­to the flies”; she mar­ched off­stage on the backs of men. In the se­cond act, she came back ons­tage on a stret­cher car­ried by two nurses, echoing the first act where Bör­lin comes ons­tage on what seems to be a tri­cycle but in fact is a wheel­chair of the kind used by crip­pled World War I ve­te­rans. Throu­ghout both acts a fi­re­man smokes ci­ga­rettes and pours wa­ter from one bucket in­to ano­ther, ges­tures than can on­ly be consi­de­red ex­pres­sions of sar­casm in the face of the prin­ci­pal dan­cer and the others. And fi­nal­ly, we can be al­most cer­tain that the big black pa­nel used in the se­cond act car­ried ve­ry in­sul­ting texts writ­ten in drop-out let­ters and lit from be­hind like an elec­tric si­gn. Small re­flec­tive circles were at­ta­ched to the men’s cos­tumes, and Bör­lin wore a suit as shi­ny as a dia­mond. Pi­ca­bia used these end­less re­flec­tions and si­mi­lar ef­fects to poke fun at the bling so cha­rac­te­ris­tic of his era, short­ly be­fore the ope­ning of the Arts Dé­co ex­po­si­tion.

REAR-VIEW MIR­ROR

The eve­ning of the full dress re­hear­sal, Re­lâche li­ved up to its title li­te­ral­ly (in thea­ter ter­mi­no­lo­gy, a night off). Bör­lin fell ill and couldn’t dance. The pro­gram conti­nued as usual, with se­ve­ral Bal­lets Sué­dois one af­ter ano­ther, each fif­teen to twen­ty mi­nutes long. Two pieces by Fer­nand Lé­ger boo­ken­ded Pi­ca­bia’s. Bör­lin was sup­po­sed to have first dan­ced Ska­ting Rink on rol­ler-skates, then ta­ken his star turn in Re­lâche and fi­nal­ly don­ned hea­vy Cu­bist cos­tumes for La Créa­tion du monde… At the CCN, the eve­ning’s pro­gram i s even more diz­zying. The in­tro­duc­tion is Corps de bal­let, a new crea­tion by Noé Sou­lier using the tech­nique and vo­ca­bu­la­ry of clas­si­cal dance. Then co­mesMerce Cun­nin­gham’s Sound­dance (1975), with its ve­ry dy­na­mic cho­reo­gra­phy, “or­ga­ni­zed chaos,” and music by David Tu­dor. The cli­mac­tic end is the re­cons­ti­tu­tion of Re­lâche. As one might ex­pect, Ja­cobs­son’s an­noun­ced in­ten­tion is “to tra­vel back in time from 2014 to 1924, grasp the con­nec­tions and see the evo­lu­tion of dance as if in a rear­view mir­ror.”

Ca­role Boul­bès Trans­la­tion, L-S Tor­goff

(1) Ar­tis­tic di­rec­tor of the Swe­dish Royal Bal­let in Stock­holm from 19992002, in 2005 Pet­ter Ja­cobs­son foun­ded the bal­let company Scen­tri­fug with Thomas Ca­ley. Since 2011, he has been ar­tis­tic di­rec­tor of the CCNBal­let de Lor­raine. (2) Thomas Ca­ley, prin­ci­pal dan­cer for the Merce Cun­nin­gham Dance Company 1993-2000. Re­search Coor­di­na­tor at the CCN-Bal­let de Lor­raine. (3) This was a ter­ri­fic sa­tire of the fla­shy and tra­shy ad­ver­ti­zing of Pi­ca­bia’s time, on­ly a few months be­fore the “cor­po­rate bran­ding” of the Eif­fel To­wer by Ci­troën and the Ja­co­poz­zi company. (4) He was the di­rec­tor of the Dans­mu­seet from 1950 à 1989. As a dance cri­tic as well as ma­na­ger of ma­ny dance com­pa­nies, his work with Kurt Joos and Ma­ry Wig­man was par­ti­cu­lar­ly no­table. (5) “If you don’t like this, please fuck off.” “Why don’t you just go to the Ope­ra or the Théâtre Fran­çais if that’s what you want?” “You can buy a whistle at the door for prac­ti­cal­ly no­thing.”

Re­lâche will be per­for­med at the Mai­son de la Danse, Lyon, on Sep­tem­ber 16 and 17, 2014.

Ca­role Boul­bès is an art his­to­rian. Up­co­ming: Re­lâche, der­nier coup d'éclat des Bal­lets sué­dois, Presses du Réel, 2014.

Ci-des­sous / be­low: Ré­pé­ti­tion de « Re­lâche » par le Bal­let na­tio­nal de Lor­raine. (Ph. A. Ayub). Re­lâche to­day. Page de droite / page right: Re­pré­sen­ta­tion de « Re­lâche » en / and in 1924

« Re­lâche ». Ma­quette du pan­neau De­si­gn for the pa­nel

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.