Ta­ci­ta Dean

Art Press - - EXPOSITIONS - Anaël Pi­geat

Ga­le­rie Ma­rian Good­man/ 15 jan­vier - 1er mars 2014

Sé­dui­santes sont les pe­tites cartes pos­tales de lacs sa­lés re­cou­vertes de pay­sages peints par Ta­ci­ta Dean. Elles sont par­fois ac­com­pa­gnées dans une vi­trine d’un ob­jet re­cou­vert de cris­taux de sel. Une gra­vure mo­nu­men­tale en plu­sieurs pan­neaux, réa­li­sée à par­tir de des­sins sur calque, montre d’autres pay­sages mys­té­rieux, faits de dif­fé­rents frag­ments, et rap­pelle les des­sins à la craie sur ta­bleau noir qui avaient été pré­sen­tés lors de la der­nière Do­cu­men­ta. Mais il faut bien vite des­cendre au sous-sol où est pro­je­té le nou­veau film, JG, qui consti­tue le coeur de l’ex­po­si­tion. C’est un hom­mage à la Spi­ral Jet­ty de Ro­bert Smith­son, mais aus­si à JG Bal­lard, es­sayiste et au­teur de science-fic­tion avec qui Ta­ci­ta Dean a en­tre­te­nu, avant sa dis­pa­ri­tion en 2009, une cor­res­pon­dance à pro­pos de l’oeuvre de Smith­son. Ta­ci­ta Dean s’était en ef­fet adres­sée à lui, ins­pi­rée par la pa­ren­té entre le livre de Bal­lard les Voix du temps et la Spi­ral Jet­ty qui la fas­ci­nait de­puis long­temps. Au­pa­ra­vant, elle avait réa­li­sé une pièce so­nore, Trying to Find the Spi­ral Jet­ty (1997), et Bal­lard avait lui­même écrit un texte sur l’au­teur de la Spi­ral Jet­ty, « Ro­bert Smith­son, un car­go-cultiste » (1). Comme la plu­part des films de Ta­ci­ta Dean, en par­ti­cu­lier ses por­traits de créa­teurs, Merce Cun­nin­gham ou Cy Twombly, JG est un film sur le temps. Dans une lettre adres­sée à Ta­ci­ta Dean, Bal­lard se de­mande : « D’abord pour­quoi la je­tée ? Quel car­go né­ces­si­te­rait une je­tée en spi­rale ( Spi­ral Jet­ty) pour son char­ge­ment / dé­char­ge­ment ? (…) Je pense que le car­go était une hor­loge d’une sorte très spé­ciale. À leur ma­nière, toutes les horloges sont des la­by­rinthes, et il peut être ris­qué d’y en­trer (2). »

Des pay­sages se suc­cèdent, tour­nés en Ca­li­for­nie et en Utah, sur les traces de la Spi­ral Jet­ty, des images mi­né­rales de dé­serts as­sé­chés, et de lacs au cou­cher du so­leil. La vue d’une hor­loge, à plu­sieurs re­prises, rap­pelle que l’on re­garde des frag­ments de temps très an­ciens qui co­ha­bitent. Des ani­maux ap­pa­raissent, in­sectes et pe­tits rep­tiles si pri­mi­tifs que l’on confond presque leurs écailles avec les stra­ti­fi­ca­tions ro­cheuses. Il y a aus­si des pla­te­formes pé­tro­lières, des lignes élec­triques. Des caches sur la pel­li­cule cadrent par­fois l’image, et per­mettent des col­lages, se­lon le prin­cipe que Ta­ci­ta Dean avait uti­li­sé dans son ins­tal­la­tion mo­nu­men­tale, Film, au Tur­bine Hall de la Tate Mo­dern à Londres (2009). Il s’agit aus­si d’une ré­fé­rence à l’ap­pa­reil de pho­to­gra­phie de JG Bal­lard, que l’on voit et que l’on en­tend dans le film, et qui a été of­fert à Ta­ci­ta Dean par la com­pagne de l’écri­vain. Des formes ponc­tuent les images : des pla­nètes sur une ligne d’ho­ri­zon, une pis­cine tra­pé­zoï­dale dans une éten­due de sable, une spi­rale de pierres sur un fond d’eau… On di­rait presque des vi­traux tra­ver­sés de lu­mière, et l’on pour­rait trou­ver à ces images quelque chose d’un peu trop pré­cieux, si leur évi­dence ne s’im­po­sait pas d’em­blée. Bal­lard avait sug­gé­ré à Ta­ci­ta Dean : « Trai­tez [la Spi­ral Jet­ty] comme un mys­tère que votre film ré­sou­dra. » Et c’est tout ce mys­tère que ce film vé­hi­cule.

(1) Ca­ta­logue, JG, a film pro­ject by Ta­ci­ta Dean (2) Idem.

They are most be­gui­ling, these lit­tle post­cards of salt lakes co­ve­red with land­scapes pain­ted by Ta­ci­ta Dean. Some are ac­com­pa­nied by an ob­ject co­ve­red with salt crys­tals pla­ced in a vi­trine. A mo­nu­men­tal en­gra­ving in se­ve­ral pa­nels, made using dra­wings on tra­cing pa­per, shows other mys­te­rious land­scapes made up of di­verse frag­ments, re­cal­ling the chalk dra­wings on black­boards that Dean sho­wed at the last Do­cu­men­ta. But the place to go is downs­tairs, where her new film, JG, is being shown. The heart of the show, this is a ho­mage to Ro­bert Smith­son’s Spi­ral Jet­ty, but al­so to the es­sayist and science fic­tion au­thor JG Bal­lard with whom Dean ex­chan­ged let­ters on the sub­ject of the Smith­son work short­ly be­fore the wri­ter’s death in 2009. Dean wrote him be­cause of the con­nec­tion she saw bet­ween Bal­lard’s book The Voice of Time and Spi­ral Jet­ty, which had long fas­ci­na­ted her—wit­ness her sound piece Trying to Find the Spi­ral Jet­ty (1997). Bal­lard him­self had writ­ten the es­say “Ro­bert Smith­son as Car­go Cul­tist.”(1) Like most of Dean’s films, and in par­ti­cu­lar her por­traits of ar­tists, Merce Cun­nin­gham or Cy Twombly say, JG is a film about time. In one of his let­ters to Dean, Bal­lard asks, “First of all, why the jet­ty? What car­go would re­quire a spi­ral jet­ty to load and un­load? […] I think that the car­go was a ve­ry par­ti­cu­lar kind of clock. In their way all clocks are mazes, and it can be ris­ky to en­ter them.”(2) There is a se­quence of land­scapes fil­med in Ca­li­for­nia and Utah, on the jour­ney to Spi­ral Jet­ty, with mi­ne­ral images of par­ched de­serts and likes in the sun­set. The re­pea­ted sight of a clock re­minds us that we are seeing co­ha­bi­ting sli­vers of a time long gone. Ani­mals ap­pear, in­sects and small rep­tiles so pri­mi­tive that one might al­most confuse their scales with the stra­ti­fied rock. There are al­so oil rigs and power lines. Caches on the film so­me­times frame the image and al­low col­lages, fol­lo­wing the prin­ciple used by Dean in her mo­nu­men­tal ins­tal­la­tion for the Tur­bine Hall at Tate Mo­dern in 2009. This is a re­fe­rence to Bal­lard’s own ca­me­ra, which we see and hear in the film, and which was gi­ven to the ar­tist by the wri­ter’s part­ner af­ter his death. Among the re­cur­ring images here are pla­nets on a ho­ri­zon, a tra­pe­zoi­dal swim­ming pool in the sand and a stone spi­ral against a wa­te­ry back­ground. It looks like stai­ned glass with light shi­ning through. It would be ea­sy to find these images too pre­cious were they not so im­me­dia­te­ly ef­fec­tive. Bal­lard sug­ges­ted that Dean should treat Spi­ral Jet­ty “as a mys­te­ry that your film will solve.” And that is the mys­te­ry com­mu­ni­ca­ted by this film.

Trans­la­tion, C. Pen­war­den

Ci-des­sus et ci-des­sous / above and be­low: « JG ». 2013. Film ana­mor­phique 35 mm en cou­leur et noir et blanc avec son op­tique, en boucle conti­nue, 26 mi­nutes 30 se­condes. (Court. de l’ar­tiste et Ma­rian Good­man Gal­le­ry, Pa­ris / New York). 35 mm co­lor and black and white ana­mor­phic film with op­ti­cal sound, con­ti­nuous loop, 26 ½ mi­nutes

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