Ul­la von Bran­den­burg

Art Press - - EXPOSITIONS - Anaël Pi­geat

Ga­le­rie art : concept / 30 no­vembre 2013 - 25 jan­vier 2014

Dans la ga­le­rie art : concept, mé­ta­mor­pho­sée par un dé­cor en tis­su, des es­ca­liers des­cendent au-des­sus de nos têtes, éclai­rés de l’in­té­rieur. Dans un coin, sur quelques car­tons em­pi­lés, trois pe­tits cônes de pa­pier pour­raient ser­vir à des joueurs ou à un ma­gi­cien. On re­con­naît tout de suite l’at­mo­sphère d’Ul­la von Bran­den­burg dans sa nou­velle ex­po­si­tion, Die Strasse (la rue). Elle en rap­pelle de plus an­ciennes, pré­sen­tées au Pla­teau (2009), à la Bien­nale de Lyon (2011) ou à la Bien­nale de Ve­nise (2012), dans les­quelles on fran­chis­sait des ri­deaux de théâtre qui dé­voi­laient peu à peu leurs secrets. Mais celle-ci ré­vèle un monde ren­ver­sé, comme au car­na­val, dans le­quel le sol est pas­sé au pla­fond. Ce ren­ver­se­ment, on le re­trouve à la fin du nou­veau film qui est l’ob­jet de l’ex­po­si­tion, dans le mi­roir qu’une vieille femme– nou­velle Alice – tient dans ses mains, orien­té vers le ciel. D’un ren­ver­se­ment à l’autre, on bas­cule de la réa­li­té de nos corps dans l’es­pace, vers le film où un autre dé­cor, tout aus­si ir­réel, fait de toiles blanches éga­le­ment, des­sine la forme d’une rue à la cam­pagne, bien dif­fé­rent des in­té­rieurs do­mes­tiques, réels ou rê­vés, que l’on voyait dans les an­ciens films d’Ul­la von Bran­den­burg. Car Die Strasse s’ins­crit dans la suite de Sing­spiel (2009), Chor­spiel (2010), ou Spie­gel­lied I et II (2012), films tour­nés en noir et blanc, au son d’une mu­sique et de pa­roles écrites et chan­tées a ca­pel­la par l’ar­tiste el­le­même. L’air las, un homme passe, qui semble por­ter le poids du monde sur ses épaules, per­son­nage prin­ci­pal de ce non-ré­cit. Il tra­verse des scènes et des mondes. Toutes sortes de per­son­nages s’af­fairent, en pleins pré­pa­ra­tifs pour une fête, pour des rites païens, ou pour le car­na­val. Une femme se fait coif­fer, une autre s’ha­bille, une troi­sième ré­pète une pe­tite danse, nu­mé­ro d’équi­li­briste avec des tam­bou­rins. Un peu plus loin, c’est un théâtre de rue dans la­quelle le rôle du ba­te­leur est joué par une jeune fille que l’on di­rait tout droit sor­tie des an­nées 1960. La pa­rade du cirque n’est pas bien loin, ces courts nu­mé­ros joués pour at­ti­rer les ba­dauds. Les per­son­nages ont une al­lure atem­po­relle renforcée par le noir et blanc du film. L’un d’entre eux porte un chapeau poin­tu et une veste en mou­ton, l’autre est re­cou­vert de plu­sieurs épais­seurs de man­teaux. Ce sont les ba­la­dins qu’Apol­li­naire dé­crit dans son poème les Sal­tim­banques, ca­ra­vane d’en­fants et de rê­veurs qui tra­versent les vil­lages et les cam­pagnes, avec leurs « poids ronds ou car­rés », leurs tam­bours, leurs « cer­ceaux do­rés ». « L’ours et le singe, ani­maux sages / Quêtent des sous sur leur pas­sage. » Et c’est jus­te­ment un ours blanc que l’on voit dans l’un des grands des­sins à l’aqua­relle qui sont ac­cro­chés à l’écart, dans le bureau de la ga­le­rie, tous liés aux thèmes du film. Dans un autre, un homme confronte un mou­ton et un lion. Dans un troi­sième, on re­con­naît une au­truche, dont les plumes dé­corent les cha­peaux et les cos­tumes des co­mé­diens. Ces des­sins sont réa­li­sés au dos de cartes géo­gra­phiques dont on de­vine les pliures, une ma­nière de leur don­ner un lieu et une his­toire.

The art : concept gal­le­ry has been me­ta­mor­pho­sed by a fa­bric in­ter­ior. Stairs des­cend above our heads, lit up from wi­thin. In a cor­ner, three lit­tle pa­per cones set atop a to­wer of card­board boxes look rea­dy for gam­blers or a conju­ror. This new ex­hi­bi­tion, Die Strasse (The Street) is im­me­dia­te­ly re­co­gni­zable as Ul­la von Bran­den­burg’s work. It re­calls ear­lier ins­tal­la­tions at Le Pla­teau (2009), the Bien­nale de Lyon (2011) and the Ve­nice Bien­nale ( 2013), in which vi­si­tors pas­sed through thea­ter cur­tains, gra­dual­ly dis­co­ve­ring the secrets be­hind them. In this ins­tance, though, the world has been tur­ned up­side down, as at carnival time, with the floor on the cei­ling. The same re­ver­sal is seen at the end of the new film that fea­tures here, in the mir­ror that an aged wo­man— a new Alice—holds up to the sky.

From one re­ver­sal to the next, we go from the rea­li­ty of our bo­dies in space in­to the film, where ano­ther set, which is just as un­real, and al­so made up of white can­vases, conjures up a coun­try road. This is ve­ry dif­ferent from the real or ima­gi­ned do­mes­tic in­ter­iors seen in von Bran­den­burg’s ear­lier films. In fact, Die Strasse fol­lows on from Sing­spiel (2009), Chor­spiel (2010), and Spie­gel­lied I and II (2012), which films were shot in black and white, to music whose ly­rics, writ­ten by the ar­tist, she sings her­self. A wea­ry-loo­king man passes by, see­ming to car­ry the weight of the world on his shoul­ders. He is the main cha­rac­ter in this non-sto­ry. He seems to be cros­sing stages and worlds. All kinds of people are bu­sy ma­king rea­dy for a feast, for pa­gan rites, or for the carnival. A wo­man is ha­ving her hair done, ano­ther is dres­sing, a third is re­hear­sing a lit­tle dance, a ba­lan­cing num­ber with three drums. A lit­tle fur­ther along is a street thea­ter in which the tum­bler is a young girl who seems to have come straight out of the 1960s. The cir­cus pa­rade is not far away, and those short num­bers per­for­med to at­tract pas­sers-by. The ti­me­less im­pres­sion made by the fi­gures is heigh­te­ned by the black-and-white. One per­son is wea­ring a poin­ted hat and sheeps­kin ja­cket, the other has se­ve­ral coats, layer over layer. These are the wan­de­ring en­ter­tai­ners evo­ked by Apol­li­naire in his poem Les Sal­tim­banques, a ca­ra­van of chil­dren and drea­mers who make their way through vil­lages and the coun­try­side with their “bar­bells,” their drums, their “gol­den hoops.” A white bear fea­tures in one of the large-for­mat wa­ter­co­lor dra­wings hung in the gal­le­ry of­fices, all re­la­ted to the themes of the film. In ano­ther, a man faces a sheep and a lion. In a third, we re­co­gnize an os­trich, the fea­thers of which de­co­rate the ac­tors’ hats and cos­tumes. These dra­wings are done on the backs of maps, whose folds are still vi­sible. This is a way of as­si­gning them a place and a his­to­ry.

Trans­la­tion, C. Pen­war­den

De haut en bas/ from top: « Ours blanc » . 2013. Aqua­relle sur pa­pier an­cien. 180 x 135 cm. “White Bear.” Wa­ter­co­lor on pa­per « Die Strasse ». 2013. Film, so­nore, 11’20”. (Ph. F. Gous­set). “The Street.” Film

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