Ma­thieu Cher­kit

Art Press - - EXPOSITIONS - Anaël Pi­geat

Ga­le­rie Jean Brol­ly / 9 jan­vier - 15 fé­vrier 2014

Ma­thieu Cher­kit pré­sente ac­tuel­le­ment chez Jean Brol­ly une an­née de tra­vail qui lui a fait fran­chir un pas sup­plé­men­taire dans la ma­tu­ri­té et la pré­ci­sion de ses re­cherches. On se sou­vient de sa dé­marche ob­ses­sion­nelle qui consis­tait à peindre l’in­té­rieur de la mai­son de sa fa­mille, un pa­villon en meu­lières sur les hau­teurs de Saint-Cloud, au­tant de vi­sions d’un monde in­té­rieur. Dans ses nou­velles toiles, ces re­pré­sen­ta­tions sont en quelque sorte re­pous­sées au se­cond plan pour faire une plus large place à des ré­flexions sur les com­po­si­tions et les cou­leurs.

Cir­cu­la­tion in­té­rieure, le dip­tyque mo­nu­men­tal qui oc­cupe l’es­pace prin­ci­pal de la ga­le­rie est un ma­ni­feste. D’une zone à l’autre du ta­bleau, les pers­pec­tives changent et se brisent ; les points de fuite se dé­mul­ti­plient. L’ar­chi­tec­ture de cet es­pace, dont les fe­nêtres ouvrent sur le jar­din, est te­nue par un rai de lu­mière. Ce­lui-ci fran­chit la sé­pa­ra­tion entre les deux châs­sis de lar­geur in­égale qui s’en­tre­choquent et les ras­semble dans une par­faite co­hé­rence – l’oeuvre de­vait ini­tia­le­ment être un trip­tyque mais Ma­thieu Cher­kit en a fi­na­le­ment dé­ci­dé au­tre­ment. Une prise mul­tiple ronde, comme je­tée au bout de son fil élec­trique, réunit éga­le­ment deux es­paces. D’un cercle à l’autre, les marches d’un es­ca­lier des­cen­dant se trans­forment en disques co­lo­rés mo­der­nistes. Sur l’un d’entre eux, un crâne d’ani­mal donne à la scène une al­lure sur­réa­li­sante. Dans la com­po­si­tion ini­tiale, il y avait deux ba­lais, dont un ap­puyé en équi­libre contre la porte du jar­din. L’autre a été trans­for­mé en une sar­ba­cane mul­ti­co­lore qui oc­cupe le pre­mier plan ; on voit les traces de ce re­pen­tir un peu plus haut dans la pein­ture. Une pe­tite mire fait écho à ces dé­gra­dés de cou­leurs, dis­cret arc-en-ciel dis­po­sé sur le seuil d’une porte. Le bord du ta­bleau, dé­co­ré en faux marbre et en da­miers, ré­vèle dans sa par­tie in­fé­rieure un clin d’oeil à la pein­ture de Ge­rhard Rich­ter. À la sub­ti­li­té de la com­po­si­tion s’ajoute celle de la pa­lette co­lo­rée. Les toiles pré­cé­dentes mon­traient sou­vent des cou­leurs très vives et contras­tées. Les gris sont ici plus nom­breux, et les teintes plus dé­li­cates. Le voyage ré­cent que Ma­thieu Cher­kit a fait à Ve­nise y est sans doute pour quelque chose.

À tra­vers leurs struc­tures et leurs cou­leurs, les autres toiles de l’ex­po­si­tion par­ti­cipent des mêmes re­cherches, par exemple ce pe­tit for­mat dans l equel un es­ca­lier plonge dans un es­pace nu. En­fin, un pro­jet in­édit at­tire par­ti­cu­liè­re­ment l’at­ten­tion : une sé­rie de li­tho­gra­phies réa­li­sée à l’ate­lier Item de Mont­par­nasse (où les frères Mour­lot tra­vaillèrent en leur temps avec les peintres de la mo­der­ni­té). Ces oeuvres re­prennent le des­sin, sur quinze feuilles de pa­pier, d’un in­té­rieur aux pers­pec­tives par­ti­cu­liè­re­ment chao­tiques. Chaque ti­rage a été re­haus­sé d’aqua­relle. La cou­leur suit par­fois le contour des mo­tifs des­si­nés, ou bien est ap­pli­quée en bandes abs­traites, bleues, jaunes, roses, comme pour sou­li­gner en­core que ce sont ici des ques­tions de formes qui se posent.

This show pre­sents a year’s worth of work in which we can see that Ma­thieu Cher­kit has gai­ned in ma­tu­ri­ty and crea­tive pre­ci­sion. Rea­ders may re­call his ob­ses­sive pain­ting of the in­ter­ior of his pa­rents’ fa­mi­ly home, a mil­l­stone house up in Saint-Cloud, west of Pa­ris. Each of his pic­tures was a vi­sion of an in­ner world. In his new can­vases these re­pre­sen­ta­tions take a kind of back­seat, gi­ving way to re­flec­tions on com­po­si­tion and co­lor. Cir­cu­la­tion in­té­rieure, the dip­tych oc­cu­pying the main space of the gal­le­ry, is a ma­ni­fes­to. Pers­pec­tives change and break from one zone of the work to ano­ther, vanishing points mul­ti­ply. The ar­chi­tec­ture of this space, with win­dows gi­ving on­to a gar­den, is sha­ped by a ray of light. This crosses the se­pa­ra­tion bet­ween two cla­shing stret­chers of equal size and brings them to­ge­ther in per­fect co­he­rence. The work was ini­tial­ly meant to be a trip­tych but in the end Cher­kit chan­ged his mind. A round elec­tri­cal so­cket at the end of its cable, as if thrown for­ward, al­so links two spaces. From one circle to the next, the steps of a stair­case are trans­for­med in­to mo­der­nist discs of co­lor. On one of them, an ani­mal’s skull bes­tows a sur­real qua­li­ty on the scene. In the ini­tial com­po­si­tion there were two brooms, one of them lea­ning against the gar­den door. The other one has been trans­for­med in­to a mul­ti­co­lo­red blow­pipe in the fo­re­ground. We can make out the traces of this cor­rec­tion a lit­tle hi­gher up in the pain­ting. A small test card echoes this gra­da­tion of co­lors, a dis­creet rain­bow across the thre­shold of a door. The ri­ser of the door, de­co­ra­ted with false marble and che­ckers, makes a nod to the pain­ting of Ge­rhard Rich­ter. The com­po­si­tion is subtle and so is the pa­lette. Where the ear­lier pain­tings were full of bright, contras­ting co­lors, here there are more grays and he tones are more de­li­cate. Cher­kit’s recent trip to Ve­nice may be one rea­son for this. The struc­tures and co­lors of the other can­vases here show the same concerns. Take, for example, the small-for­mat work in which a stair­case des­cends in­to an al­most abs­tract space. Par­ti­cu­lar­ly ar­res­ting is a new pro­ject in­vol­ving a se­ries of li­tho­graphs made at the Item stu­dio in Mont­par­nasse (where the Mour­lot bro­thers once wor­ked with so ma­ny mo­der­nist pain­ters). These fif­teen sheets of pa­per show dra­wings of in­ter­iors with pers­pec­tives that are par­ti­cu­lar­ly chao­tic. Each print is heigh­te­ned with wa­ter­co­lor. The co­lor so­me­times fol­lows the mo­tifs, or is ap­plied in abs­tract strips of blue, yel­low, and pink, as if to em­pha­size that the ques­tions here are still for­mal ones.

Trans­la­tion, C. Pen­war­den

Ci-des­sus/ above: « Bing Bang ». 2013 Huile sur toile. 200 x 380 cm Oil on can­vas Ci-des­sous/ be­low: « La des­cente » 2013. Huile sur toile. 40 x 40 cm. Oil on can­vas

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.