Phyl­lis Yor­dan

My Ame­ri­ca

Art Press - - LIVRES - Mi­chel Vi­gnard

Ères

Voi­ci un livre d’une cruau­té im­mense. Et im­men­sé­ment simple. À l’amé­ri­caine : as­cen­sion et chute. Les grandes per­sonnes ont des airs d’en­fants. Les en­fants ha­bitent un monde trop grand, à la fa­çon d’un théâtre, mais les adultes ne sont pas la meilleure com­pa­gnie des tout pe­tits. La clé de ce conte brutal, c’est la bio­gra­phie de Phyl­lis Yor­dan, à consul­ter en fin de vo­lume. Ni au­to­fic­tion, ni ro­man pour­tant, My Ame­ri­ca est le poème en prose d’une Hé­lène Bes­sette yan­kee. Un rythme fé­roce qui dé­chire les oreilles. Parce qu’au­tant le dire, cette his­toire laisse les yeux trop secs pour pleu­rer. L’his­toire d’une pe­tite fille, Phi­lice, qui chan­ge­ra son nom en Phyl­lis. Non, l’his­toire d’une fa­mille de femmes. Ca­price, la mère. Do­ro­thy ou Dol­ly, la grand-mère. « Il n’y avait pas d’homme dans ma pre­mière mai­son. Seule­ment quatre gé­né­ra­tions de femmes. Toutes vio­lées ou qui al­laient bien­tôt l’être. » Dans ce monde, l’ar­gent a la trans­pa­rence bleu­tée des pis­cines d’Hol­ly­wood. Le maître dol­lar dé­livre un bon­heur sans ombre, peu­plé uni­que­ment d’ob­ses­sions et de phobies. « Le pre­mier est le pre­mier et le se­cond n’est per­sonne », dit Phi­lip, le père. « Son bureau, une pa­ti­noire de verre noir, un mug plan­té d’une poi­gnée de sty­los Montb­lanc. » Riche, sé­dui­sant, l’éta­lon de tout. C’est le père de Phi­lice. Il a aban­don­né Ca­price avant de l’épou­ser en se­conde noce. Il conti­nue à voir en se­cret sa pre­mière femme. Pour se ven­ger, Ca­price a scal­pé sa ri­vale. C’est le tout dé­but de My Ame­ri­ca, un livre de seule­ment 91 pages qui fi­nit mal, mais lo­gi­que­ment. La drogue pour Phyl­lis. La mort pour Phi­lip et Dol­ly. À Ca­price, qui ne pèse plus que vingt-huit ki­los, sa fille de­mande : « Que dois-je faire de l’ar­gent, ma­man ? » Ré­ponse: Flambe-le.

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