Édi­to­rial Un jour­nal à main le­vée

Free­hand. Anaël Pi­geat

Art Press - - LA UNE - Anaël Pi­geat

Elle est loin la que­relle du co­lo­ris qui op­po­sait la cou­leur au des­sin. Ce­lui-ci a de­puis long­temps pris son in­dé­pen­dance. Ef­fet du mar­ché ou d’un cer­tain état de l’art, ce­la fait huit ans dé­jà que Pa­ris se place, chaque prin­temps pour quelques jours, sous le signe du des­sin contem­po­rain au mo­ment de Dra­wing Now. Et l’on se prend d’ailleurs à rê­ver, de­vant ce suc­cès, d’un lieu ou­vert qui se­rait consa­cré au des­sin sous toutes ses formes, un Dra­wing Cen­ter à la fran­çaise, comme ce­lui de New York. Fi­dèle à cet art mul­tiple, le dos­sier que nous lui consa­crons montre le des­sin comme une pra­tique très libre, sou­vent à l’orée d’autres arts mais dans la­quelle on re­con­naît un cer­tain nombre de ca­rac­tères sin­gu­liers. Dès le dé­but des an­nées 1980 (!) était mis en lu­mière dans ces pages le rap­port du des­sin aux arts de la scène, à la per­for­mance et au mou­ve­ment des corps. Nous y re­ve­nons sous des angles re­nou­ve­lés à tra­vers deux ar­ticles de Georges Ba­nu et Sté­phane Mal­fettes. Le des­sin des sculp­teurs est an­cien et connu ; ce­lui des ci­néastes éga­le­ment, à tra­vers les sto­ry­boards et les images d’ani­ma­tion. Lié aux mondes de l’ima­gi­naire, le des­sin est un vé­hi­cule de l’in­cer­ti­tude, tou­jours en sus­pens. Lors­qu’un ar­tiste le mêle in­ti­me­ment à la pho­to­gra­phie comme le fait Dove Al­louche, no­tam­ment par le biais de tech­niques an­ciennes res­sus­ci­tées pour l’oc­ca­sion, qu’il opère une mise en abîme de la pho­to­gra­phie dans le des­sin et du des­sin dans la pho­to­gra­phie, c’est de toutes sortes de trans­ferts qu’il nous parle, et aus­si bien des mé­ca­nismes qui ré­gissent l’in­cons­cient. Bien que se­lon des ap­proches très dif­fé­rentes, ce sont de fan­tasmes éga­le­ment que traitent les deux ar­tistes dont nous avons choi­si de mon­trer le tra­vail dans la ru­brique Introducing, Jean Be­dez et Co­ren­tin Gross­mann, l’un sur un mode al­lé­go­rique, l’autre sur un mode fan­tas­tique. En­fin, nous avons in­vi­té Clo’e Floi­rat, qui mène de front une pra­tique ori­gi­nale d’écri­ture et de des­sin cri­tiques, à pré­sen­ter l’ac­tua­li­té de Dra­wing Now à tra­vers une sé­rie de des­sins. Cette col­la­bo­ra­tion se pour­sui­vra pen­dant une an­née, sous la forme d’une chro­nique des­si­née men­suelle. Alors comment des­sine-t-on un som­maire ? pour­rai­ton s’in­ter­ro­ger. La spon­ta­néi­té avec la­quelle cette carte blanche s’est im­po­sée nous fai­sait re­mar­quer ré­cem­ment qu’un jour­nal fonc­tionne sou­vent avec cette part d’im­pré­vu qui en fait à la fois la fra­gi­li­té et la force, se nour­ris­sant de pro­po­si­tions in­at­ten­dues ve­nues du monde ex­té­rieur, comme par une sorte d’in­cons­cient col­lec­tif. Puis à l’is­sue de quelques conver­sa­tions plus ou moins ani­mées, comme le mo­no­logue in­té­rieur du jour­nal, d’un trait, le som­maire se des­sine.

Dis­tant are the days when co­lor and dra­wing were seen as mu­tual­ly ex­clu­sive. Dra­wing it­self has long been ac­cep­ted as an art in its own right and, going on eight years now, no doubt re­flec­ting the mar­ket and the ar­tis­tic si­tua­tion ge­ne­ral­ly, spring­time in Pa­ris has been dra­wing time, as the five-day Dra­wing Now fair puts the spot­light on con­tem­po­ra­ry prac­tices. Gi­ven its suc­cess, you can’t help drea­ming of a per­ma­nent ve­nue where the art of dra­wing might be ex­plo­red in all its forms—a French equi­va­lent of New York’s Dra­wing Cen­ter. This is­sue of the ma­ga­zine re­flects the mul­ti­pli­ci­ty and free­dom of cur­rent dra­wing which, while of­ten on the cusp of other art forms, de­fi­ni­te­ly has its own dis­tinct cha­rac­ter. In the ear­ly 1980s, no less, art press dis­cus­sed the re­la­tions bet­ween dra­wing and the live arts, and in par­ti­cu­lar per­for­mance and the mo­ve­ment of bo­dies. Things have mo­ved on in this de­part­ment, as the ar­ticles here by Georges Ba­nu and Sté­phane Mal­fettes both show. The prac­tices of dra­wing by sculp­tors has a ve­ne­rable his­to­ry. Film­ma­kers, of course, have their sto­ry­boards and ani­ma­tion sheets. With its unim­pe­ded access to the ima­gi­na­tion, dra­wing is like a ve­hicle of un­cer­tain­ty, per­pe­tual sus­pen­sion. When an ar­tist com­bines it as in­ti­ma­te­ly with pho­to­gra­phy as Dove Al­louche does, no­ta­bly by re­vi­ving an­cient tech­niques, in a re­flec­tive in­ter­play bet­ween dra­wing and pho­to­gra­phy, we see that all kinds of trans­fers are in play, not least the me­cha­nisms of the un­cons­cious. Fan­ta­sies fi­gure stron­gly, too, in the work of Jean Be­dez and Co­ren­tin Gross­mann, in our “Introducing” sec­tion: for the for­mer: al­le­go­ry is at play; with the lat­ter, it’s free as­so­cia­tion. Fi­nal­ly, we as­ked Clo’e Floi­rat, who has an ori­gi­nal prac­tice com­bi­ning wri­ting and cri­ti­cal dra­wing, to present Dra­wing Now. This col­la­bo­ra­tion in words and images will conti­nue through the coming year, in the form of a month­ly contri­bu­tion. So how do you draw (up) a contents page? The spon­ta­nei­ty with which this pro­ject went ahead was a stri­king illus­tra­tion of the way the unex­pec­ted can in­ter­vene in the run­ning of a ma­ga­zine, in a way that is a source of both strength and fra­gi­li­ty, as it feeds on pro­po­si­tions from out­side via a kind of col­lec­tive un­cons­cious. Af­ter a few more or less li­ve­ly conver­sa­tions, the on­going in­ter­ior mo­no­logue of a news­pa­per, all of a sud­den, the contents were drawn (up).

Anaël Pi­geat Trans­la­tion, C. Pen­war­den

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.