Tom Sachs hand made.

In­side the Mind of Tom Sachs.

Art Press - - LA UNE - Ri­chard Ley­dier

Du 29 mars au 3 mai 2014, l’Amé­ri­cain Tom Sachs ex­pose ses nou­velles oeuvres à la ga­le­rie Thaddaeus Ropac (Ma­rais). In­ti­tu­lée American Hand Made Pain­tings, cette ex­po­si­tion pré­sente prin­ci­pa­le­ment des ta­bleaux réa­li­sés à l’aide de di­verses tech­niques, comme la mar­que­te­rie, la py­ro­gra­vure et la pein­ture à base de po­ly­mères.

Dif­fi­cile d’in­tro­duire le tra­vail de Tom Sachs en quelques lignes. Le re­fus de la fi­ni­tion « soi­gnée » semble au pre­mier abord ca­rac­té­ri­ser ses oeuvres. C’est là le signe d’une culture du Do It Your­self et hand made par la­quelle l’ar­tiste en­tend se dé­mar­quer des pro­duc­tions dé­sor­mais sans grâces de l’in­dus­trie qui ont conta­mi­né l’art contem­po­rain. Les grandes firmes fa­briquent en ef­fet des ob­jets « par­faits », lisses et brillants du point de vue de la fi­ni­tion, mais cer­tai­ne­ment pas beaux – vous êtes­vous par exemple dé­jà de­man­dé pour­quoi les voi­tures étaient au­jourd’hui si laides ? Ce que Sachs re­cherche avant tout – dans un ob­jet ou dans une oeuvre –, c’est l’in­gé­nio­si­té ou la per­son­na­li­té de son au­teur, toutes choses qui concou­raient au­tre­fois à dé­fi­nir une oeuvre d’art. Dans le bricolage de gé­nie dé­ployé par l’ar­tiste et ses as­sis­tants pour in­ven­ter des so­lu­tions tech­niques en tra­vaillant quelques ma­té­riaux pauvres – le scotch, le car­ton plume et surtout le bois de contre­pla­qué –il y a quelque chose de ces pion­niers amé­ri­cains qui re­pous­sèrent tou­jours plus loin les fron­tières de l’Ouest. Un es­prit de dé­cou­verte anime en ef­fet Tom Sachs. On ne se­ra donc pas sur­pris que l’ar­tiste ait fa­bri­qué la ré­plique d’un na­vire bri­tan­nique du 18e siècle ( Bar­bie Slave Ship, 2013). En outre, il a aus­si re­don­né vie en ma­quette à la na­vette Chal­len­ger. Il a éga­le­ment mis sur pied de lou­foques mis­sions spa­tiales. En 2007, ses as­tro­nautes, de­moi­selles em­bar­quées à bord d’une ré­plique exacte d’une cap­sule lu­naire, en­tiè­re­ment fa­bri­quée à la main (avec les com­bi­nai­sons spa­tiales en pa­pier, les or­di­na­teurs de la salle de contrôle, etc.), alu­nis­saient dans la ga­le­rie Ga­go­sian, non sans cau­ser quelques dé­gâts au nom de la science. En 2012, Tom Sachs et ses aco­lytes in­ves­tirent du­rant un mois une base martienne en­tiè­re­ment amé­na­gée dans le grand es­pace de l’Ar­mo­ry Park Ave­nue à New York.

Tou­te­fois, en dé­pit de cette culture du « non fi­ni­to », ses oeuvres se ré­vèlent surtout dans une my­riade d’in­fimes dé­tails, sou­vent d’une grande drô­le­rie : dé­tails dans les­quels il convient de se perdre pour en­trer lit­té­ra­le­ment dans l’oeuvre et ain­si en ap­pré­cier toute la por­tée phi­lo­so­phique. Le Bar­bie Slave Ship n’est pas qu’un bateau em­pli de blondes en­chaî­nées par leur dé­sir de se res­sem­bler les unes les autres. C’est aus­si une gi­gan­tesque boîte à ou­tils. Ces der­niers sont lo­gés dans des com­par­ti­ments conçus se­lon leurs di­men­sions – comme dans l’ate­lier de l’ar­tiste. Les ins­crip­tions et les listes de noms re­doublent quant à elles

les ob­jets et gé­nèrent des his­toires. En outre, l’ar­rière du bateau abrite tout un ap­pa­reillage per­met­tant de pré­pa­rer dans la règle de l’art un whis­ky bien gla­cé. Peu d’oeuvres s’avèrent au­jourd’hui aus­si po­ly­sé­miques, dé­voi­lant une culture qui connecte la grande his­toire et des pré­oc­cu­pa­tions plus « un­der­ground », une grande éru­di­tion de l’his­toire des formes, de l’ar­chi­tec­ture, du de­si­gn et le fun du surf ou du ska­te­board. On a long­temps cru que Tom Sachs était un ar­tiste pop– ses Hel­lo Kit­ty sur­di­men­sion­nés, ses « re­makes » de marques cé­lèbres (Pra­da, Cha­nel) au­raient pu nous ai­guiller dans ce sens. Mais c’est tout le contraire. Tom Sachs ne donne pas une image du monde pour en opé­rer une critique vi­ru­lente, il le re­crée se­lon sa propre es­thé­tique. Et avec un hu­mour dé­ca­pant.

FUCK BAR­BIE

Êtes- vous d’ac­cord si je dis que vous avez un rap­port am­bi­va­lent aux choses, no­tam­ment la culture amé­ri­caine, et que c’est là le mo­teur de votre tra­vail ? Je suis critique en­vers cette sorte d’exi­gences spi­ri­tuelles que la consom­ma­tion im­pose à nos âmes, chose dont je suis conscient, mais à l’égard de la­quelle je suis en par­tie consen­tant. Ce­la confère une cer­taine au­to­ri­té à mon tra­vail puisque je suis com­plice tout en in­ter­ve­nant de­puis l’in­té­rieur. La pu­bli­ci­té est un écoeu­rant art coer­ci­tif que j’ap­pré­cie tou­te­fois. Je dé­teste la ma­nière dont elle en­cou­rage le confor­misme aux stan­dards de beau­té, mais j’aime gran­de­ment le type de cul que sculptent les hauts ta­lons.

Une grande part de votre tra­vail tourne au­tour de l’idée de conquête « au nom de la ci­vi­li­sa­tion » : vous avez dé­ve­lop­pé des pro­grammes spa­tiaux vers la Lune et Mars. Vous avez construit une ré­plique d’une par­tie de l’USS En­ter­prise et réa­li­sé votre ver­sion de la bombe Fat Man qui dé­vas­ta Na­ga­sa­ki. Vous avez créé pour la der­nière bien­nale de Lyon le Bar­bie Slave Ship, un na­vire bri­tan­nique du 18e siècle ex­po­sé dans une église… Tous ces vé­hi­cules sont des armes mi­li­taires, mais aus­si de confor­tables abris, où l’on peut pré­pa­rer des cock­tails, re­gar­der des DVD… Au 18e siècle, nous contrô­lions les corps hu­mains et leur va­leur par l’es­cla­vage. La pu­ni­tion se li­mi­tait au corps et à la dou­leur in­fli­gée. Au 20e siècle, la tor­ture s’est dé­pla­cée vers l’es­prit, et le pro­fit a sui­vi. Dans une éco­no­mie dont les mo­teurs sont la consom­ma­tion et la pu­bli­ci­té, les va­leurs iden­ti­taires sont contrô­lées pour maxi­mi­ser le pro­fit. Une che­ve­lure blonde, des yeux bleus et une poi­trine opu­lente ouvrent les portes. Nous vou­lons être Bar­bie, ou alors nous vou­lons bai­ser Bar­bie. Je ne dis pas que c’est bien ou que c’est mal, mais ce­la fonc­tionne ain­si, et per­sonne n’y échappe.

Quelle a été la ré­ac­tion de Lar­ry Ga­go­sian lorsque vos as­tro­nautes ont dé­fon­cé le magnifique sol de sa ga­le­rie de Be­ver­ly Hills afin de re­cueillir des échan­tillons de roche lu­naire ? Il est tou­jours plus fa­cile de s’ex­cu­ser que de de­man­der la per­mis­sion. Ce­ci dit, l’ex­ca­va­tion puis la res­tau­ra­tion du sol se sont faites sur un mode très pro­fes­sion­nel. La fine pous­sière de pierres lu­naires (ré­go­lithe) ré­col­tée pen­dant notre mis­sion est ce qu’il y a de plus rare. Et il a ai­mé la snif­fer avec moi.

Vous êtes al­lé sur la Lune et sur Mars. Quelle pour­rait être la pro­chaine étape ? La lune gla­cée de Ju­pi­ter connue sous le nom d’Eu­ro­pa com­porte six fois plus d’eau que la Terre. Dans notre sys­tème so­laire, c’est l’en­droit le plus pro­pice au dé­ve­lop­pe­ment d’une vie ex­tra-ter­restre. Nous es­pé­rons y trou­ver des traces de vie in­tel­li­gente, ou au moins d’hor­ribles monstres que nous pour­rons tuer et griller au bar­be­cue.

EN­DOC­TRI­NE­MENT

Par­lons de votre ate­lier, qui est une oeuvre en soi. Chaque chose y a sa place. Des règles strictes doivent y être res­pec­tées, mais il semble que vous vous y amu­siez aus­si beau­coup. Les gens qui tra­vaillent avec vous, comme Pat McCar­thy ou les frères Nei­stat, sont plus une fa­mille que des col­lègues, n’est-ce pas ? Pou­vez-vous nous dire quelques mots à pro­pos de Nau­ti­cal Chal­lenge ?

Pour plus d’in­for­ma­tions sur cette course de ba­teaux, re­gar­dez le film sui­vant : http:// www.you­tube.com/watch?v=CnuRfP jYXc0; et achetez le l i vre : http://- tom sachs. com/ item/nau­ti­cal­chal­lenge.

Vous êtes un ar­tiste cé­lèbre, avec de grandes res­pon­sa­bi­li­tés. Beau­coup de gens tra­vaillent pour vous, mais votre oeuvre dé­note une di­men­sion ado­les­cente par la re­cherche obs­ti­née de fun, d’aven­ture et de nou­velles ex­pé­riences. Comment gé­rez- vous cette – autre – am­bi­va­lence ? Quel se­rait le se­cret de la li­ber­té ?

L’ate­lier est un hô­pi­tal uni­ver­si­taire. La meilleure par­tie de mon tra­vail consiste à être un éter­nel étu­diant. On me pose sou­vent cette ques­tion, et ma ré­ponse est qu’il faut vi­sion­ner notre fi l m d’en­doc­tri­ne­ment : www.ten­bul­lets.com.

Vous avez étu­dié à la Ar­chi­tec­tu­ral As­so­cia­tion de Londres et tra­vaillé dans le stu­dio de Frank Geh­ry en Ca­li­for­nie. Vous avez construit un grand nombre de ma­quettes, dont celles de la Ci­té Ra­dieuse et de la Villa Sa­voye par Le Cor­bu­sier… Pour­quoi n’êtes-vous pas de­ve­nu ar­chi­tecte ? L’ar­chi­tec­ture est-elle fi­na­le­ment trop « sé­rieuse » ?

L’école d’ar­chi­tec­ture est comme un camp d’en­traî­ne­ment pour éli­mi­ner tous ceux qui n’ont pas l’étoffe. Je pen­sais que ce se­rait plus fa­cile que d’être ar­tiste. Je croyais qu’il fal­lait être un gé­nie pour être un ar­tiste. Mais tout le monde est un ar­tiste, y com­pris les ar­chi­tectes et les flics. L’école d’ar­chi­tec­ture m’a don­né la confiance né­ces­saire pour suivre mon in­tui­tion. C’était aus­si une bonne chose d’y étu­dier à une époque où j’étais en train de de­ve­nir ar­tiste et adulte. L’école d’art est un lieu stu­pide pour ap­prendre à faire de l’art, mais un en­droit gé­nial pour se faire des amis. Pour de­ve­nir un ar­tiste, il convient d’ap­prendre des ac­ti­vi­tés pro­fi­tables, comme les arts mar­tiaux, les langues étran­gères, et la contre­fa­çon de do­cu­ments. C’est la phi­lo­so­phie de Wer­ner Her­zog, et c’est aus­si la mienne.

D’où vous vient votre culture du Do It Your­self ? Pour­quoi est-ce si im­por­tant qu’une sculp­ture de voiture, ou de toi­lettes d’avion, fonc­tionne ? Pour­quoi ce­la ne pour­rait-il pas tout sim­ple­ment être une sculp­ture ?

Il existe une sorte de ji­had contre la fonc­tion­na­li­té dans l’art contem­po­rain. Et, en un sens, je suis d’ac­cord avec ce­la, parce que la fonc­tion­na­li­té dans l’art contri­bue à at­té­nuer le mys­tère et la di­men­sion spi­ri­tuelle. Que mes sculp­tures fonc­tionnent, c’est une sorte d’ali­bi pour gé­né­rer des dé­tails au­then­tiques et at­ti­rer l’at­ten­tion sur l’ex­pé­rien-

ce qui consiste à les réa­li­ser. En re­vanche, ce n’est pas im­por­tant qu’elles fonc­tionnent par­fai­te­ment. Je laisse ce­la à l’in­dus­trie. Mais la qualité et les ca­rac­té­ris­tiques phy­siques sont le ré­sul­tat du ri­tuel du tra­vail et de l’usage au sein de la com­mu­nau­té.

AC­CI­DENTS DU TRA­VAIL

Vos oeuvres montrent comment elles ont été réa­li­sées. Tout doit être vi­sible, jus­qu’aux taches de sang dues aux ac­ci­dents du tra­vail. Est-ce là une sorte d’hé­ri­tage mo­der­niste ?

Les ci­ca­trices du tra­vail. L’ar­tiste a un avan­tage sur l’in­dus­trie : ses em­preintes de doigts. Je ne pour­rais ja­mais fa­bri­quer un iP­hone, mais Apple ne peut créer un pro­duit qui ra­conte l’his­toire de sa fa­bri­ca­tion, comme le font mes sculp­tures. Les cou­lures de colle, les trous des vis, les taches de sperme et les traces de doigts, tout ce­la clame que cette chose a été fa­bri­quée, et qu’elle n’est pas née de gé­né­ra­tion spon­ta­née. L’am­bi­va­lence du Bau­haus: tout en ten­tant d’em­bras­ser l’ère de la ma­chine, chaque pièce du mo­bi­lier de Mies van der Rohe de­vait, et doit en­core, être fa­bri­quée à la main.

Vous faites des ta­bleaux de­puis le mi­lieu des an­nées 1990. Au dé­but, il s’agis­sait par exemple de ré­pliques de ta­bleaux de Mon­drian réa­li­sées avec du ruban adhésif. Dé­sor­mais, vous uti­li­sez da­van­tage la py­ro­gra­vure ou la pein­ture po­ly­mère. Ces pein­tures consti­tuent-elles une sorte de pause quand vos sculp­tures de grande en­ver­gure né­ces­sitent des mois pour être ache­vées? Ces ta­bleaux sont-ils une forme d’hom­mage à cer­taines per­son­na­li­tés ? À votre grand-père qui a consa­cré beau­coup de temps à lut­ter contre les ter­mites. À Mar­lon Bran­do dans le film Apo­ca­lypse Now de Cop­po­la. Et à cer­taines icônes très im­por­tantes : le dol­lar amé­ri­cain, le lo­go de McDo­nald’s, le scotch que vous uti­li­sez tous les jours dans votre ate­lier. Cette ex­po­si­tion chez Thaddaeus Ropac est une sorte de ga­le­rie de por­traits, n’est-ce pas?

American Hand­made Pain­tings dé­bute chez Thaddaeus Ropac le 29 mars dans le Ma­rais. Ces oeuvres sont l’ex­pres­sion de mon amour pour mon pays, mê­lée d’un sen­ti­ment de mé­lan­co­lie pour ses an­ciens jours de gloire. Dans un cer­tain sens, c’est aus­si l’ex­pres­sion de ma propre concep­tion de la mor­ta­li­té. En 1974, l’an­née de la mort de Louis Arm­strong, le PIB des États-Unis s’est in­ver­sé, bas­cu­lant de la pro­duc­tion dans la consom­ma­tion. En d’autres termes, nous sommes pas­sés du sta­tut de plus gros pro­duc­teur au monde à ce­lui de plus grand consom­ma­teur. Tout em­pire connait une apo­gée et un dé­clin. Cer­tains ima­ginent que les or­di­na­teurs chan­ge­ront ce­la et que les États-Unis re­trou­ve­ront leur gloire pas­sée ; mais si vous al­lez à Dé­troit, ou même à So­ho-Mall, c’est dif­fi­cile à ima­gi­ner. C’est ain­si que je vois l’Amé­rique. Et mon tra­vail, en tant qu’ar­tiste, c’est de faire du monde ce qu’il de­vrait être. Je pra­tique une sorte de « ma­gie sym­pa­thique » pour construire l’Amé­rique dans la­quelle j’ai­me­rais vivre. Créer le genre d’éco­no­mie qui peut sou­te­nir l’in­no­va­tion là où elle est né­ces­saire et pour­voir des emplois à ceux qui com­prennent que le tra­vail est la ré­com­pense. Et que la ré­com­pense d’un bon tra­vail est plus de tra­vail en­core. Good­will (2013) est un ta­bleau en mar­què­te­rie de contre­pla­qué. Dans mon ate­lier, le contre­pla­qué est tou­jours peint avant d’être dé­cou­pé, de ma­nière à ce que la ligne de coupe de­meure vi­sible. Dans les an­nées 1980, j’al­lais prin­ci­pa­le­ment chez Good­will in­dus­tries (une chaîne ca­ri­ta­tive de ma­ga­sins d’oc­ca­sions) pour me four­nir en ma­té­riaux (des meubles usa­gés) ; le Good­will de cette époque ven­dait des trucs de l’après-guerre. Tan­dis que le Good­will d’au­jourd’hui four­nit des vieille­ries des an­nées 1980. Le lo­go ori­gi­nal avait été conçu par Jo­seph Se­lame en 1968– époque à la­quelle des hé­ros mo­der­nistes comme Ray et Charles Eames, Ray­mond Loewy et Hen­ry Drey­fuss pas­saient du temps à éla­bo­rer le

de­si­gn de trucs comme le SX-70 de Po­la­roid. Uni­ted States (2014). Pré­le­vé gran­deur na­ture sur une fu­sée lu­naire de la NA­SA. Ses lignes re­pré­sentent l’ar­rière du cadre et les pan­neaux plus grands pour un im­pé­ria­lisme gra­phique à ve­nir. La po­lice de ca­rac­tères uti­li­sée est l’USAF Ama­rillo, em­ployée par l’ar­mée de l’air amé­ri­caine et la Fé­dé­ra­tion des Pla­nètes Unies. Elle est si­mi­laire à la po­lice Boys Scout Uti­li­ty Mo­dern d’Ed Ru­scha, en ce­la qu’elles ex­priment toutes deux la sim­pli­ci­té et l’aus­té­ri­té d’un style ef­fi­cace pour le main­tien de la paix ou la créa­tion ar­tis­tique. Cet ata­visme prag­ma­tique et aus­tère est peut-être la rai­son pour la­quelle les Amé­ri­cains sont cin­quièmes dans la liste des pires amants (la France est clas­sée en qua­trième po­si­tion par­mi les meilleurs). Un­tit­led (Spi­der­web) (2013-2014) a né­ces­si­té deux mille heures de tra­vail et a été conçu au rythme ra­pide d’une pro­duc­tion en temps de guerre. C’est peut-être le plus grand en­ga­ge­ment de l’ate­lier en l’hon­neur du tra­vail. L’ex­po­si­tion s’ins­pire du film publicitaire sui­vant [consa­cré au Po­la­roid SX-70] : http:// www.you­tube.com/watch?v=5jai­q_ZZ_eM On trouve d’autres ta­bleaux au sous-sol de la ga­le­rie. Ils pro­viennent en quelque sorte de mon in­cons­cient. Tous sont des pan­neaux ré­cu­pé­rés peints de po­ly­mères syn­thé­tiques. Si les grands ta­bleaux sur contre­pla­qué du haut ap­pa­raissent comme l’ex­pres­sion d’idées qui s’avèrent cen­trales dans mon tra­vail, ces oeuvres-ci re­flè­te­raient l’in­té­rieur de mon es­prit. Je ne les com­prends pas en­tiè­re­ment ; mais par­fois, la meilleure oeuvre d’un ar­tiste se si­tue juste au-de­là de sa ca­pa­ci­té à en sai­sir les res­sorts.

Tra­duit par Fré­dé­rique Des­tri­bats

On conseille­ra d’en­trer dans le monde de Tom Sachs en vi­sion­nant d’abord ses films, en ligne sur le site de l’ar­tiste : www.tom­sachs.org. Un grand mer­ci à Me­lis­sa Un­ger pour son aide.

Ri­chard Ley­dier est critique d’art et com­mis­saire d’ex­po­si­tions. Il a or­ga­ni­sé la Der­nière Vague. Surf, skate et cus­tom cul­tures dans l’art contem­po­rain, à la Friche Belle de Mai (Mar­seille, 2013).

Tom Sachs

Né en 1968 à New York où il vit et tra­vaille Ex­po­si­tions per­son­nelles ré­centes 2012 Nau­ti­cal Chal­lenge and Other Voo­doo, Bald­win Gal­le­ry, As­pen, CO ; Tom Sachs Space Pro­gram : Mars, Park Ave­nue Ar­mo­ry, New York, NY 2013 Bar­bie Slave Ship, Bien­nale de Lyon ; Store, 8/Art Gal­le­ry/To­mio Koya­ma Gal­le­ry, To­kyo Ex­po­si­tions col­lec­tives ré­centes 2013 Di­sas­ter, ga­le­rie Thaddaeus Ropac, Pa­ris Se­cond Sea­son, Mu­seum, New York ; Mer­ci Mer­cy, 980 Ma­di­son Ave­nue, NY ; la Der­nière Vague, La Friche Belle de Mai, Mar­seille 2012 Un­tit­led (Giot­to’s O), Spe­rone West­wa­ter, Lu­ga­no ; For the Mar­tian Ch­ro­nicles, L&M Arts, LA

« Mars Ex­cur­sion Ro­ver Ve­hicle (MERV) ». 2012. Tech­nique mixte. 307 x 130 x 150 cm. Ins­tal­la­tion à/ at Park Ave­nue Ar­mo­ry ; Ph. G. Han­son; Court. Tom Sachs et Ga­go­sian Gal­le­ry). Mixed me­dia

« McDo­nald’s ». 2013. Pein­ture po­ly­mère sur contre­pla­qué. 122 x 91 cm. (Court. ga­le­rie Thaddaeus Ropac, Pa­ris). Syn­the­tic po­ly­mer paint and hard­ware on ply­wood

« Un­tit­led (Spie­der Web) ». 2013. Py­ro­gra­vure sur bois. 213 x 152 cm. (Court. ga­le­rie Thaddaeus Ropac, Pa­ris). Py­ro­gra­py on wood

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