Dha­ka Art Summit

Art Press - - EXPOSITIONS - Anaël Pi­geat

Shil­pa­ka­la Aca­de­my/ 7 - 9 fé­vrier 2014

La si­tua­tion po­li­tique et so­ciale avait été pour le moins ten­due en rai­son des élec­tions de dé­but jan­vier. Ce­la n’a pas em­pê­ché le Dha­ka Art Summit de faire la dé­mons­tra­tion de sa grande qualité cette an­née. Fon­dée en 2012 par deux col­lec­tion­neurs en­ga­gés, Na­dia et Ra­jeeb Sam­da­ni, cette bien­nale était, pour sa pre­mière édi­tion en 2012, consa­crée à la scène nais­sante du Ban­gla­desh – re­pré­sen­té à la Bien­nale de Ve­nise de­puis 2011. Pour sa se­conde édi­tion, et de ma­nière très ju­di­cieuse, la ma­ni­fes­ta­tion a été trans­for­mée en une pla­te­forme ar­tis­tique pour toute l’Asie du Sud, afin de créer une dy­na­mique ré­gio­nale dans la­quelle le pays puisse éle­ver sa voix par­mi celles de ses voi­sins, l’Inde, le Pa­kis­tan mais aus­si le Né­pal ou le Sri Lan­ka. De telles sy­ner­gies sont long­temps res­tées in­exis­tantes en rai­son de la dif­fi­cul­té à com­mu­ni­quer d’un État à l’autre, ex­pli­quait Poo­ja Sood, di­rec­trice du col­lec­tif in­dien Khoj, pen­dant l’une des pas­sion­nantes tables rondes (aux­quelles ont par­ti­ci­pé de nom­breux re­pré­sen­tants d’ins­ti­tu­tions de la ré­gion mais aus­si du Gug­gen­heim, de la Tate Mo­dern, du Bri­tish Mu­seum, du Centre Pom­pi­dou). Faire voir et édu­quer, telles sont donc les deux mis­sions qui sont ici fixées, dans un pays où il n’y a pas de mu­sée d’art contem­po­rain, à peine d’en­sei­gne­ment ar­tis­tique, et où la plu­part des ga­le­ries vendent des oeuvres mais n’ac­com­pagnent pas les ar­tistes. Le Dha­ka Art Summit a aus­si été l’oc­ca­sion de mettre en oeuvre de nom­breux par­te­na­riats, no­tam­ment avec la dy­na­mique Al­liance fran­çaise, di­ri­gée par Oli­vier Lit­vine. Tous les évé­ne­ments se te­naient dans la Shil­pa­ka­la Aca­de­my, prê­tée par le gou­ver­ne­ment mais ré­amé­na­gée de pied en cap par la Fon­da­tion Sam­da­ni.

La meilleure sec­tion, dont le com­mis­sa­riat était as­su­ré par Dia­na Camp­bell Be­tan­court, cu­ra­tor in­dé­pen­dante ins­tal­lée à Bom­bay, consis­tait en une sé­rie de So­lo pro­jects ayant cha­cun un lien avec la si­tua­tion lo­cale. Des ar­tistes de toute la ré­gion y étaient ras­sem­blés, jus­qu’au Né­pal (Tshe­rin Sher­pa) et à l’Af­gha­nis­tan (Li­da Ab­dul). Ces oeuvres, dont plu­sieurs ont été pro­duites spé­cia­le­ment, étaient ex­po­sées avec une pré­ci­sion tech­nique et for­melle qui n’avait rien à en­vier aux stan­dards oc­ci­den­taux. La forte pré­sence de la littérature dans la culture lo­cale était sen­sible dès l’en­trée de l’ex­po­si­tion avec une oeuvre de Mi­thu Sen, ori­gi­naire de Cal­cut­ta – an­cienne ju­melle de Dha­ka et ca­pi­tale in­tel­lec­tuelle du Ben­gale. Un livre dé­me­su­ré­ment haut était com­po­sé de textes poé­tiques gla­nés sur place, chez des au­teurs mar­gi­naux. Ins­tal­lé entre Dha­ka et New York, Naeem Mo­haie­men quant à lui, pré­sen­tait un jour­nal, in­ti­tu­lé Tous les per­son­nages sont ima­gi­naires, dans le­quel les textes en ben­ga­li étaient rem­pla­cés par des ré­cits fic­tion­nels. La nou­velle pièce de Ji­tish Kal­lat consis­tait en une sé­rie pho­to­gra­phique et fan­tas­ma­tique sur Dha­ka, vi­sion d’un monde ir­réel et han­té. C’est à par­tir de des­sins et de pho­to­gra­phies que Shil­pa Gup­ta pro­po­sait une ré­flexion très à-pro­pos sur les dé­chi­re­ments pro­vo­qués aux fron­tières des en­claves entre l’Inde et le Ban­gla­desh. Comme un mi­rage fait de mil­liers de pixels, Ra­shid Ra­na, ar­tiste en­sei­gnant à l’uni­ver­si­té de La­hore ( consi­dé­rée comme la meilleure de la ré­gion), mon­trait une ins­tal­la­tion mo­nu­men­tale, re­pro­duc­tion d’une salle dé­ser­tée de la Tate Mo­dern à Londres. Un par­te­na­riat avait aus­si été éta­bli avec la re­mar­quable bien­nale de Shar­jah. Était ain­si pré­sen­tée la vi­déo sur triple écran, Pa­ral­lax, de la Pa­kis­ta­naise Shah­zia Si­kan­der, va­ria­tion en images sur des textes poé­tiques des émi­rats. Sou­te­nue par la Fon­da­tion Sam­da­ni, elle tra­vaille ac­tuel­le­ment à un nou­veau pro­jet sur le Pa­kis­tan. En­fin, cent soixante af­fiches du col­lec­tif Ra­qs Me­dia avaient été dis­sé­mi­nées sur des pan­neaux pu­bli­ci­taires au bord des routes – un pro­jet in­té­res­sant dans un tel contexte mais pas tou­jours très vi­sible en rai­son de la sa­tu­ra­tion vi­suelle am­biante. À la place des chiffres de deux horloges, on pou­vait lire des mots en ben­ga­li, « chute libre » par exemple.

Quatre ex­po­si­tions de groupe com­plé­taient ce pa­no­ra­ma, sur l’art in­dien ( Ci­ti­zens of Time), sur l’art pa­kis­ta­nais ( Ex-Ist), et sur l’art ban­gla­dais mo­derne et contem­po­rain ( Li­ber­ty), dont la qualité était net­te­ment moins ho­mo­gène que celle des So­lo Pro­jects. Une der­nière ex­po­si­tion don­nait à voir la scène émer­gente du Ban­gla­desh, B/ Desh, dont le titre est un jeu de mots avec « pays » et « étran­ger » en ben­ga­li. Conçue par Dee­pak Ananth, elle mon­trait no­tam­ment des oeuvres de Naeem Mo­haie­men ; Aye­sha Sul­ta­na, lau­réate du prix Sam­da­ni, qui bé­né­fi­cie­ra ain­si d’une ré­si­dence de trois mois à la Del­fi­na Foun­da­tion de Londres ; Ra­na Be­gum, née au Ban­gla­desh mais ins­tal­lée à Londres de­puis son en­fance, dont les sculp­tures mêlent l’in­fluence de l’art mi­ni­mal et des mo­tifs géo­mé­triques de la culture is­la­mique. Ces tra­vaux laissent pen­ser que la scène ar­tis­tique du Ban­gla­desh, qui semble au­jourd’hui fré­mir, au­ra en­core be­soin d’un peu de temps pour s’af­fir­mer dans sa ma­tu­ri­té – comme ce­la semble s’être pas­sé en Inde au cours des quinze der­nières an­nées. Une ex­po­si­tion de pho­to­gra­phies com­plé­tait cet en­semble, signe de la forte pré­sence de ce mé­dium au Ban­gla­desh où se tient chaque an­née le fes­ti­val Cho­bi Me­la, bien re­con­nu en la ma­tière.

En­fin, une tren­taine de ga­le­ries ve­nues de Dha­ka, de New Delhi, de Co­lom­bo ou de Kat­man­dou, ex­po­saient dans des stands prê­tés par la Fon­da­tion Sam­da­ni, cer­taines de bon ni­veau, comme Na­ture Morte, Ex­pe­ri­men­ter ou Jha­ve­ri Con­tem­po­ra­ry, d’autres plus in­égales. L’idée des or­ga­ni­sa­teurs était de mê­ler, à des fins pé­da­go­giques, des ga­le­ries au fonc­tion­ne­ment oc­ci­den­tal à des ga­le­ries lo­cales. Ils pré­voient éga­le­ment d’en ré­duire le nombre l’an­née pro­chaine au pro­fit des So­lo Pro­jects. Des col­lec­tifs d’ar­tistes comme Brit­to Arts Trust, étaient éga­le­ment re­pré­sen­tés. Ils sont les vé­ri­tables pi­liers de la vie ar­tis­tique sur place. Et c’était l’un des nom­breux in­té­rêts du Dha­ka Art Summit de ras­sem­bler en un même lieu ces struc­tures si di­verses, à l’image d’une scène écla­tée, presque schi­zo­phré­nique, fra­gile et que l’on es­père en plein dé­ve­lop­pe­ment.

The po­li­ti­cal si­tua­tion was tense to say the least, be­cause of the ear­ly Ja­nua­ry elec­tions. But that didn’t stop the Dha­ka Art Summit from de­li­ve­ring ano­ther high-qua­li­ty edi­tion. Foun­ded in 2012 by two dy­na­mic col­lec­tors, Na­dia and Ra­jeeb Sam­da­ni, this bien­nial’s first time out was de­vo­ted to the coun­try’s emer­ging art scene (Ban­gla­desh has been re­pre­sen­ted at Ve­nice since 2011). For its se­cond edi­tion, ra­ther wi­se­ly, the event was tur­ned in­to an art plat­form for South Asia as a whole, in or­der to create a dy­na­mic in which each coun­try can sing out as part of a sub­con­ti­nen­tal cho­rale en­com­pas­sing Ne­pal and Sri Lan­ka along with neigh­bo­ring In­dia and Pa­kis­tan. Such sy­ner­gies have been la­cking for a long time be­cause of the pau­ci­ty of the links bet­ween these coun­tries, ex­plai­ned Poo­ja Sood, di­rec­tor of the In­dian ar­tists’ col­lec­tive Khoj, during one of the fas­ci­na­ting round table dis­cus­sions in­vol­ving re­pre­sen­ta­tives of both re­gio­nal and ma­jor Wes­tern mu­seums such as the Gug­gen­heim, Tate Mo­dern, the Bri-

tish Mu­seum and Pom­pi­dou Cen­ter. The bien­nial’s two mis­sions are to dis­play con­tem­po­ra­ry art and pro­mote art edu­ca­tion in a coun­try with no con­tem­po­ra­ry art mu­seum and lit­tle art edu­ca­tion, and where most gal­le­ries do not sup­port the ar­tists whose work they sell. The Dha­ka Art Summit was al­so the oc­ca­sion to im­ple­ment a good ma­ny part­ner­ships, no­ta­bly with the dy­na­mic lo­cal Al­liance Fran­çaise di­rec­ted by Oli­vier Lit­vine. All events took place at the Shil­pa­ka­la Aca­de­my, put at the bien­nial’s dis­po­sal by the go­vern­ment and en­ti­re­ly re­no­va­ted by Sam­da­ni Foun­da­tion. The best seg­ment, put to­ge­ther by Dia­na Camp­bell Be­tan­court, an in­de­pendent cu­ra­tor who lives in Bom­bay, was a se­ries of so­lo pro­jects. Al­though the ar­tists came from all over the re­gion, in­clu­ding Ne­pal (Tshe­rin Sher­pa) and Af­gha­nis­tan (Li­da Ab­dul), each pro­ject had di­rect re­gio­nal re­le­vance. Ma­ny of the art­works were made spe­ci­fi­cal­ly for this show, and they were dis­played with world-class tech­ni­cal and for­mal pre­ci­sion. Li­te­ra­ture’s po­wer­ful pre­sence in the lo­cal culture was made pal­pable at the ex­hi­bi­tion en­trance with an ins­tal­la­tion by Mi­thu Sen, born in Kol­ka­ta—once Dha­ka’s sis­ter ci­ty and the in­tel­lec­tual ca­pi­tal of Ben­gal. The piece consis­ted of an en­or­mous book car­rying texts by un­pu­bli­shed Ban­gla­de­shi poets. Naeem Mo­haie­men, who lives and works in New York and Dha­ka, pre- sen­ted a Ben­ga­li news­pa­per whose trans­la­ted name means “All cha­rac­ters are ima­gi­na­ry,” with high­ly fic­tio­nal sto­ries ins­tead of stan­dard news items. A new se­ries of pho­tos by Ji­tish Kal­lat sho­wed Dha­ka as an un­real, haun­ted ci­ty. Shil­pa Gup­ta used dra­wings and pho­tos to convey a ve­ry re­le­vant consi­de­ra­tion of the dis­tur­bances ta­king place in the en­claves bet­ween In­dia and Ban­gla­desh. Ra­shid Ra­na, an ar­tist who teaches at the Uni­ver­si­ty of La­hore (consi­de­red one of the re­gion’s best), made a mo­nu­men­tal ins­tal­la­tion, like a mi­rage com­po­sed of thou­sands of pixels, re­pro­du­cing an emp­ty gal­le­ry at Tate Mo­dern in London. As re­sult of a part­ner­ship with the re­mar­kable Shar­jah Bien­nial, the Dha­ka Art Fo­rum pre­sen­ted the three-chan­nel vi­deo Pa­ral­lax by Pa­kis­tan’s Sha­zia Si­kan­der, with ani­ma­ted images ac­com­pa­nying poe­tic texts from the Emi­rates. Sup­por­ted by the Sam­da­ni Foun­da­tion, Si­kan­der is cur­rent­ly wor­king on a new piece about Pa­kis­tan. Fi­nal­ly, 160 pos­ters by the Ra­qs Me­dia col­lec­tive ador­ned bill­boards ad­joi­ning main ar­te­ries, an in­ter­es­ting en­dea­vor in this kind of context but not al­ways ve­ry vi­sible on ac­count of the am­bient visual sa­tu­ra­tion. For example, two clocks, ins­tead of tel­ling the time, read “Free fall” in Ben­ga­li. Four group ex­hi­bi­tions com­ple­ted this pa­no­ra­ma. One fea­tu­red In­dian ar­tists ( Ci­ti­zens of Time), a se­cond Pa­kis­ta­ni ar­tists ( Ex-ist) and a third mo­dern and con­tem­po­ra­ry Ban­gla­de­shi ar­tists ( Li­ber­ty). Un­for­tu­na­te­ly these three shows were not up to the stan­dards set by the So­lo Pro­jects. A fourth, B/ Desh, a play on the Ben­ga­li words for “coun­try” and “stran­ger,” spot­ligh­ted emer­ging Ban­gla­de­shi ar­tists. Cu­ra­ted by Dee­pak Ananth, among the most no­table ar­tists were Naeem Mo­haie­men; Aye­sha Sul­ta­na, awar­ded the Sam­da­ni Prize and thus win­ning a three-month re­si­dence at the Del­fi­na Foun­da­tion in London; and the Ban­gla­desh-born Ra­na Be­gum, a London re­sident since her child­hood, whose sculp­tures mix Mi­ni­ma­list in­fluences and Is­la­mic geo­me­tric mo­tifs. Ta­ken as a whole, this work gives the im­pres­sion that des­pite the ebul­lience of to­day’s art scene in Ban­gla­desh it will still take time to reach ma­tu­ri­ty, a de­ve­lop­ment that In­dia seems to have achie­ved over the last fif­teen years. The en­semble al­so in­clu­ded a pho­to­gra­phy sec­tion, a si­gn of the im­por­tance of this me­dium in Ban­gla­desh, home to the well­re­gar­ded an­nual Cho­bi Me­la pho­to fes­ti­val.

Some thir­ty gal­le­ries ba­sed in Dha­ka, New Delhi, Co­lom­bo and Kat­man­du dis­played art­work in stands lent by the Sam­da­ni Foun­da­tion. Some were fair­ly good, such as Na­ture Morte, Ex­pe­ri­men­ter and Jha­ve­ri Con­tem­po­ra­ry, while others were much more une­ven. The bien­nial’s or­ga­ni­zers thought it would be edu­ca­tio­nal to mix Wes­tern-style gal­le­ries with lo­cal­ly orien­ted ve­nues. (Next time they plan to re­duce the num­ber of gal­le­ries and aug­ment the So­lo Pro­jects sec­tion.) Al­so on view was work by ar­tists’ col­lec­tives like Brit­to Arts Trust and Vasl that are the pillars of the Dha­ka art scene. One of the ma­ny me­rits of the Dha­ka Art Summit was to bring to­ge­ther the broad range of such groups, as di­verse as the frag­men­ted, al­most schi­zo­phre­nic and fra­gile scene it­self, ho­pe­ful­ly on its way to full de­ve­lop­ment.

Trans­la­tion, L-S Tor­goff

De haut en bas / from top: Ji­tish Kal­lat. « Event Ho­ri­zon (the Hour of the Day of the Month of the Sea­son) ». 2014. (112 x 112 cm) x 7 Len­ti­cu­lar Pho­to­gra­phic Prints Mi­thu Sen. « Ba­til-Ko­bi­ta­bo­li (Poems De­cli­ned) ». 2014. Livres, son, vi­nyle, lu­mière. (Court. de l’ar­tiste) Sound, Book, Col­lec­ted Poems, Vi­nyl, Light

De haut en bas / from top: Ra­shid Ra­na. « Un­tit­led (White Cube Se­ries) ». 2013-2014. Épreuve jet d’encre sur pa­pier peint sur MDF et bois. (Court. de l’ar­tiste et Lis­son Gal­le­ry, Londres). Ink­jet print on wall­pa­per on MDF and wood struc­ture Shah­zia Si­kan­der. « Pa­ral­lax ». 2013. Ani­ma­tion 3D, son. Mu­sique: Du Yun 15’ 30”. (Court. de l’ar­tiste et Pi­lar Cor­rias, Londres. Com­mande de la Shar­jah Art Foun­da­tion). 3 Chan­nel HD Ani­ma­tion with sur­round sound

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