De­nis La­get

Art Press - - EXPOSITIONS - Phi­lippe Du­cat

Ga­le­rie Claude Ber­nard/ 27 fé­vrier - 22 mars 2014

En des temps très an­ciens, De­nis La­get pei­gnit la dé­com­po­si­tion du monde ( ailes cou­pées – r estes d’Icare ? –, ci­trons pas­sés, fleurs fin de par­tie, têtes de mou­ton à chair pour­ris­sante, harengs au sort in­cer­tain). Il pas­sa en dou­ceur aux astres dé­sas­treux puis aux dé­sastres (pay­sages in­dus­triels dé­so­lés, plantes sur­vi­vantes). Ces der­nières pein­tures ne montrent pas la fin d’un monde mais plu­tôt les dé­buts fas­ti­dieux du sui­vant. La pâte épaisse et tour­men­tée de la ma­tière pic­tu­rale de La­get ne semble pas en­glou­tir ses mo­tifs. Ceux-ci donnent plu­tôt l’im­pres­sion d’en sur­gir. Étrange.

Suite à des pay­sages sug­gé­rant la Terre aux ori­gines (so­leils mul­tiples, croûte ter­restre in­stable et at­mo­sphère vi­ciée), La­get, dés­illu­sion­niste, peint des bou­quets dé­fraî­chis dans des vases – évo­quant des ana­mor­phoses. Les fleurs sont ab­sor­bées par leur ré­ci­pient comme un trou noir ava­lant sans pi­tié étoiles et ga­laxies. Le fan­geux conte­nu des vases offre une lec­ture sin­gu­lière : se­rait- ce notre Uni­vers, com­pre­nant bien sûr le Monde de la pein­ture, en train d’être mixé dans un vase / trou noir vu en coupe ? Se­lon la théo­rie des « mul­ti­vers », un autre uni­vers en ex­pan­sion, obs­cur et va­seux, se tien­drait der­rière le chaos, ul­time planque der­rière Plank. D’ailleurs, avec La­get, rien n’échappe au chaos. Chaque ta­bleau dé­coule du pré­cé­dent qui a ser­vi de pa­lette au sui­vant, ad lib. Mais au fait, qu’y avait-il à l’ori­gine ? « Car, au-de­là et en de­çà de nous, s’étend la même éter­ni­té, et nous fûmes dé­jà ce rien que nous re­dou­tions de­ve­nir. » Her­man Mel­ville, Mar­di.

Once upon a time, long ago, De­nis La­get pain­ted the world in de­com­po­si­tion (se­ve­red wings—the re­mains of Ica­rus?, old le­mons, fa­ded flo­wers, rot­ting sheep’s heads, her­rings of a cer­tain age). From these au­gu­ries of di­sas­ter he went over to di­sas­ters them­selves: de­so­late in­dus­trial land­scapes, sur­vi­ving plants. These la­ter pain­tings sho­wed not the end of the world but the ti­re­some be­gin­ning of a new one. Des­pite the im­pas­to, La­get’s tur­bu­lent bru­sh­work ne­ver seems to swal­low up the fi­gures. Ra­ther, they seem to emerge from it. Strange. Af­ter ma­king land­scapes sug­ges­tive of the Earth’s ear­ly days (mul­tiple suns, an uns­table sur­face and un­brea­thable at­mos­phere), this di­sillu­sio­nist pain­ted bou­quets in vases, tat­te­red to the point of ana­mor­pho­sis. The flo­wers are ab­sor­bed by their re­ci­pient like a pi­ti­less black hole gul­ping down stars and ga­laxies. The mur­ky content of the vases sug­gests a unique es­cha­to­lo­gi­cal take on things: might our uni­verse, in­clu­ding of course the world of pain­ting, be fal­ling in­to a vase/black hole seen in cross­sec­tion? Ac­cor­ding to the mul­ti­verse hy­po­the­sis, ano­ther uni­verse in full ex­pan­sion, a dark muck, lies be­hind the chaos of the hea­vens, a hid­den cons­tant unk­nown to Plank. Fur­ther, in La­get’s oeuvre, chaos’s work is ne­ver done. Each pain­ting flows from the one be­fore that ser­ved as its pa­lette and so on and so on. But where, real­ly, did it all be­gin? “For ba­ck­ward or for­ward, eter­ni­ty is the same; al­rea­dy have we been the rot­ting no­thing that we fear to be.” (Her­man Mel­ville, Mar­di: and a Voyage Thi­ther)

Trans­la­tion, L-S Tor­goff

Ci-des­sous /be­low: À gauche / left: Sans titre. 2013. Huile sur toile. 61x50 cm À droite / right: Sans titre. 2013. Huile sur toile. 35 x 37 cm. Un­tit­led, oil/can­vas

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.