An­ge­li­ka Mar­kul

Art Press - - EXPOSITIONS - Léa Bis­muth

Pa­lais de To­kyo / 14 fé­vrier - 12 mai 2014

Terre de dé­part est une tra­ver­sée sen­so­rielle et scé­no­gra­phiée. D’abord, la blan­cheur ir­ra­diée des lents tra­vel­lings dans la neige de Bam­bi à Tcher­no­byl pré­sente une zone dé­ser­tée et conta­mi­née. Puis un pas­sage dans un sas aux pa­rois apo­ca­lyp­tiques amène le spec­ta­teur vers les pro­fon­deurs énig­ma­tique de la terre. Rien ne le pré­pare à se trou­ver confron­té à des chutes d’eau ma­gis­trales et ef­frayantes : Gorge du Diable est une double ins­tal­la­tion vi­déo à l’im­pact émo­tion­nel in­dé­niable. Tout n’est que re­mous, vi­tesse et gi­gan­tisme pour une im­mer­sion so­nore et vi­suelle, for­te­ment mise en scène. An­ge­li­ka Mar­kul a l’au­dace de créer un dia­logue entre vi­déos et sculp­tures, puisque, sur une sorte de scène, dans la pé­nombre et fai­ble­ment éclai­rés, ap­pa­raissent des élé­ments or­ga­niques dif­fi­ciles à dis­tin­guer : roches, vé­gé­taux ou peaux ani­males sont en­glués dans une ma­tière ori­gi­nelle, in­forme, noire et ci­reuse. L’am­bi­tion de l’ar­tiste est de don­ner une âme à l’ex­po­si­tion afin d’en faire un tout or­ga­nique qui res­pire au même rythme que la na­ture, et elle nous montre que le film – en tant que lieu de ren­contre du temps et de la masse– est avant tout sculp­tu­ral. Le par­cours se clô­ture sur quatre cent mil­liards de pla­nètes, bal­let fil­mique et mé­ca­nique au coeur d’un télescope : ce qui sert à ob­ser­ver les étoiles est scru­té de l’in­té­rieur. De la ca­tas­trophe nucléaire à l’ap­pel du ciel in­fi­ni, nous ne sommes que de pas­sage sur terre, hap­pés par des vio­lences mul­tiples et su­blimes, qui laissent des traces.

Terre de Dé­part is a sen­so­rial, sce­no­gra­phic jour­ney. It be­gins with the ra­dia­ted whi­te­ness of slow tra­ve­ling shots through the snow of Bam­bi in Tcher­no­byl, a de­ser­ted and conta­mi­na­ted zone. Then an in­ter­me­dia­ry space with apo­ca­lyp­tic sides leads in­to the mys­te­rious in­nards of the earth, and the sur­prise of the ma­gni­ficent and frigh­te­ning “De­vil’s Gorge.” This double vi­deo ins­tal­la­tion packs a real emo­tio­nal punch with its po­wer­ful­ly sta­ged au­ral and visual im­mer­sion in a world of ed­dies, speed and scale. An­ge­li­ka Mar­kul bold­ly creates dia­logues bet­ween vi­deo and sculp­ture: on a dim­ly lit kind of stage, rocks, plants or ani­mal skins (these or­ga­nic forms are hard to dis­cern) are stuck in black and waxy pri­mor­dial mat­ter. Mar­kul’s aim is to make her ex­hi­bi­tion an or­ga­nic whole that breathes to the same rhythms as na­ture it­self. For her, film, as the en­coun­ter bet­ween time and mass, is es­sen­tial­ly sculp­tu­ral. The se­quence ends with four hun­dred bil­lion pla­nets, a fil­med me­cha­ni­cal bal­let sho­wing the in­nards of a giant te­les­cope. What is used to ob­serve the stars is exa­mi­ned in­ter­nal­ly. From nu­clear di­sas­ter to the pull of the in­fi­nite hea­vens, we are flee­ting pre­sences on a pla­net im­mer­sed in su­blime vio­lence and wit­nesses to its scars.

Trans­la­tion, C. Pen­war­den

En haut / top: « Bu­si­ness Mo­del » Wim Del­voye. « Cloa­ca ». Ob­jets di­vers. (Court. ga­le­rie Per­ro­tin, Pa­ris) 3D View­mas­ter, toi­let pa­per, Puzzle Anal Kiss, Co­lou­ring Book, Ba­th­book, Ac­tion Doll 2 (Now with Pig In­side), Tee-shirts Cloa­ca. Ci-des­sous/ be­low: An­ge­li­ka Mar­kul. « Bam­bi à Tcher­no­byl ». 2013. Ins­tal­la­tion vi­déo au Mu­zeum Sz­tu­ki, Łodz (Po­logne). (Court. ga­le­rie Su­zanne Ta­ra­siève, Pa­ris, et ga­le­ria Le­to, Var­so­vie. (Ph. B. Gór­ka). Ins­tal­la­tion view

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