Pla­nant

Over­kill Bill

Art Press - - ÉDITO - Ca­the­rine Millet

Alors qu’elle met­tait en place le sommaire du pré­cé­dent nu­mé­ro, la ré­dac­tion de ce ma­ga­zine était hé­si­tante sur le trai­te­ment qu’il fal­lait ré­ser­ver à l’ac­tuelle ré­tros­pec­tive de Bill Vio­la au Grand Pa­lais. Per­son­nel­le­ment, je suis très cir­cons­pecte, re­con­nais­sant bien sûr l’in­ven­ti­vi­té tech­nique de l’ar­tiste et l’ef­fi­ca­ci­té de ses dis­po­si­tifs, mais son syn­cré­tisme m’est tou­jours ap­pa­ru comme une phi­lo­so­phie de ba­zar. J’ai dé­cou­vert à cette oc­ca­sion que cette opi­nion était à des de­grés di­vers par­ta­gée. Et puis est ar­ri­vée la pro­po­si­tion d’ar­ticle de Jean-Paul Far­gier qui ve­nait de réa­li­ser un film sur Bill Vio­la, Jean-Paul que nous connais­sons bien, qui a été long­temps un col­la­bo­ra­teur d’art­press, dont nous ai­mons le travail, et nous l’avons ac­cep­tée (1). Nous avons fait notre travail d’in­for­ma­tion. Nous pou­vons main­te­nant ex­pri­mer des cri­tiques. Fal­lait-il an­non­cer triom­pha­le­ment une « ré­tros­pec­tive » dans la me­sure où l’ex­po­si­tion compte une ving­taine d’oeuvres ? S’il s’agis­sait de Ver­meer, ce se­rait mi­ra­cu­leux, s’agis­sant d’un ar­tiste contem­po­rain, en­tou­ré de toute une lo­gis­tique, c’est un peu li­mi­té, même si cer­tains écrans sont très grands. Peut-être les or­ga­ni­sa­teurs ont-ils pen­sé, comme nous, que l’oeuvre dans son en­semble était as­sez ré­pé­ti­tive, son re­gistre thé­ma­tique étroit. Il est éga­le­ment fait peu de place aux oeuvres an­ciennes, mais il faut dire, là aus­si, que ce que l’ar­tiste a réa­li­sé dans les an­nées 1990 est conve­nu. Né en 1951, il ré­pète à l’en­vi (ou on lui fait ré­pé­ter à l’en­vi) qu’il est « né en même temps que la vi­déo ». Ce qui si­gni­fie que d’autres que lui en ont ac­cou­ché. De ce­la, il n’est pas res­pon­sable, mais il n’a pas su évi­ter qu’un cer­tain nombre de ses images (et pas seule­ment les plus an­ciennes) en rap­pellent d’autres, an­té­rieures par­fois d’une quin­zaine d’an­nées, de Bruce Nau­man ou de Joan Jo­nas, par exemple, ar­tistes heu­reu­se­ment ci­tés par Anne-Ma­rie Du­guet dans le ca­ta­logue. Il est aus­si beau­coup ques­tion de ses ré­fé­rences à la pein­ture de la Re­nais­sance, ex­pli­cites dans plu­sieurs réa­li­sa­tions, et ce­la, c’est ter­rible. Il est tel­le­ment évident qu’en re­gard des Saintes Femmes du Pon­tor­mo, les ac­trices mises en scène dans The Gree­ting (1995) ont l’air de trois babas cool se ren­con­trant sur un mar­ché d’Ibiza dans les an­nées 1970. Ce que Bill Vio­la ne sait pas faire, c’est trans­fi­gu­rer les corps qu’il filme. Or la chose est pos­sible, on l’a vu ailleurs. Tous nos confrères ne sont pas aus­si chi­po­teurs que je me montre. J’ai gla­né, ici et là dans la presse, que le spec­ta­teur était « en­traî­né dans un tour­billon », « hap­pé par les images qui ques­tionnent les fon­da­men­taux hu­mains », in­vi­té dans « un voyage spi­ri­tuel », que les ef­fets sont « hal­lu­ci­na­toires », que Bill Vio­la « hyp­no­tise ». Pas be­soin de li­bé­rer la consom­ma­tion du can­na­bis en France. Évi­dem­ment, ces com­men­taires drainent le grand pu­blic. Tant mieux pour les pro­gram­ma­teurs du Grand Pa­lais, mais nous ne pou­vons pas, ici, nous conten­ter d’un art qui n’est plus que de l’en­ter­tain­ment. Nous avons d’autres four­nis­seurs pour la fu­mette et pour l’art, d’autres at­tentes for­melles et in­tel­lec­tuelles. When dra­wing up the contents for the pre­vious is­sue, we were un­cer­tain about how to treat the cur­rent Bill Vio­la “re­tros­pec­tive” at the Grand Pa­lais. Per­so­nal­ly, I am ve­ry cir­cum­spect. Of course, I re­co­gnize the artist’s tech­ni­cal in­ven­ti­ve­ness and the ef­fec­ti­ve­ness of his pieces, but I ne­ver bought in­to what in­to I feel is so­me­thing of a new age phi­lo­so­phi­co-re­li­gious mish­mash. I found that others sha­red, to some extent at least, my re­ser­va­tions. Then along came the ar­ticle sub­mit­ted by Jean-Paul Far­gier, who had just made a film about the artist.(1) Jean-Paul was for ma­ny years a contri­bu­tor to the ma­ga­zine and we like his work, so we ac­cep­ted. Now we have co­ve­red the event, we can move on to cri­ti­cism. First off, should this show real­ly be pre­sen­ted trium­phant­ly as a “re­tros­pec­tive” when it fea­tures on­ly a score of works? Twen­ty Ver­meers, of course, would have been a mi­racle, but for a contem­po­ra­ry artist, with all the lo­gis­tics avai­lable—and even if some of the screens are ve­ry big—it’s kind of li­mi­ted. Maybe the or­ga­ni­zers thought, as we do, that the work is in ge­ne­ral ra­ther re­pe­ti­tive, its the­ma­tic re­gis­ter nar­row. Nor are there ma­ny ol­der works here. There again, it has to be said that what the artist did in the 1990s is a bit trite. Born in 1951, Vio­la loves to say (or others do it for him) that he was “born at the same time as vi­deo.” Which means that it was others who gave birth to the me­dium. There’s no­thing he can do about that, of course, but he hasn’t ma­na­ged to keep a num­ber of his images (and not just the ol­dest) from loo­king like theirs, some of them made as much as fif­teen years ear­lier, like those of Bruce Nau­man and Joan Jo­nas, for example, two ar­tists com­men­da­bly men­tio­ned by Anne-Ma­rie Du­guet in the ca­ta­logue. There is al­so lots of talk about his references to Re­nais­sance pain­ting, which is ex­pli­cit in some of the works. And that’s where things get un­com­for­table. When com­pa­red with Pon­tor­mo’s The Vi­si­ta­tion, the ac­tresses in Vio­la’s The Gree­ting (1995) look like th­ree hip­pie moms mee­ting on a mar­ket­place in Ibiza in the 1970s. What Vio­la doesn’t know how to do is trans­fi­gure the bo­dies he films. It can be done, though. Others have done it. Not all our confreres are as per­ni­cke­ty as I am being here. In the re­views, I have read that vie­wers are “pul­led in­to the vor­tex,” “su­cked in by images that ques­tion the es­sen­tials of hu­ma­ni­ty,” in­vi­ted on “a spi­ri­tual jour­ney,” that the ef­fects are “hal­lu­ci­na­to­ry” and that Vio­la “hyp­no­tizes.” Clear­ly, there’s no need to le­ga­lize can­na­bis in France. Of course, com­men­ta­ries such as these help pull in the crowds, and that’s great for the Grand Pa­lais and its pro­gram­mers. But it doesn’t mean we should ne­ces­sa­ri­ly set­tle for art that is no more than en­ter­tain­ment. If we want to get sto­ned we know where to go; for­mal­ly and in­tel­lec­tual­ly, we ex­pect so­me­thing else from art.

Ca­the­rine Millet Trans­la­tion, C. Pen­war­den

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