Art Rot­ter­dam et au­tour

Art Press - - EXPOSITIONS - Ca­the­rine Franc­blin

Di­vers lieux / Fé­vrier 2014

À l’oc­ca­sion de la foire de Rot­ter­dam, mu­sées et ga­le­ries ont inau­gu­ré dans la ville un vaste pro­gramme d’ex­po­si­tions. Ré­pu­tée comme l’une des meilleures foires d’art axées sur les nou­velles gé­né­ra­tions, Art Rot­ter­dam – à la­quelle par­ti­ci­paient cette an­née plus d’une cen­taine de ga­le­ries in­ter­na­tio­nales – té­moi­gnait une fois de plus de sa vi­ta­li­té. Comme lors des ma­ni­fes­ta­tions pré­cé­dentes, la fon­da­tion Mon­drian s’était as­so­ciée à l’édi­tion 2014 avec une ex­po­si­tion ras­sem­blant les ar­tistes ayant re­çu ré­cem­ment une aide pu­blique pour leurs pro­jets. In­ti­tu­lée Pros­pects & Concepts, cette sec­tion met­tait en va­leur la scène néer­lan­daise émer­gente. Par­mi les dé­cou­vertes, ci­tons la per­for­mance ima­gi­née par le duo Witte van Hul­zen et San­der Breure (nés en 1984 et 1985), la vi­déo de Gin­ta Va­ser­mane (1979) ou les pho­to­gra­phies d’Isa­belle Wen­zel (1982). Au sein de la foire, dans l’es­pace dé­dié aux pro­jec­tions, il ne fal­lait pas man­quer le film sur l’anar­chisme de Ni­co­line van Hars­kamp (dé­jà re­pé­rée à la fon­da­tion Ka­dist à Pa­ris et à dif­fé­rentes re­prises en Eu­rope) et en­core moins ce­lui du jeune Yu­ki Oku­mu­ra (re­pré­sen­té par la ga­le­rie ja­po­naise Mi­sa­ko & Ro­sen), qui abor­dait avec fi­nesse les ques­tions d’iden­ti­té et de tra­duc­tion dans un monde où les in­di­vi­dus passent leur temps à cir­cu­ler. Au Witte de With, l’ex­po­si­tion The Crime Was Al­most Per­fect, conçue par la com­mis­saire Cris­ti­na Ri­cu­pe­ro, consti­tuait, elle aus­si, une heu­reuse sur­prise, tant par l’éten­due du thème que par la va­rié­té des ap­proches. Dé­ployées sur trois étages, les oeuvres d’une qua­ran­taine d’ar­tistes (Ka­der At­tia, Jim Shaw, Ray­mond Pet­ti­bon, Mar­kus Schin­wald, Claire Fon­taine, Te­re­sa Mar­golles…) trans­for­maient le centre d’art en de mul­tiples et très in­quié­tantes scènes de crime. Car il suf­fit d’in­tro­duire l’idée d’ho­mi­cide pour conver­tir l’ob­jet le plus ano­din en in­dice et ins­pi­rer la peur. Une in­no­cente phrase pla­car­dée sur le mur, telle celle de Dou­glas Gor­don dé­cla­rant I’m clo­ser than you think, vous fait sen­tir le souffle de l’as­sas­sin dans votre dos. Un simple pa­quet de ci­ga­rettes, un car­net, un bout de fi­celle soi­gneu­se­ment ran­gés sous vi­trine par Guillaume Bi­jl de­viennent au­to­ma­ti­que­ment des Ob­jets sus­pects. Sans par­ler des scènes sa­do-ma­so évo­quées par les sculp­tures en la­tex noir de Mo­ni­ca Bon­vi­ci­ni, ni des di­verses atro­ci­tés sug­gé­rées par les pein­tures de Ri­chard Haw­kins et de Dan At­toe, ou par les trop pai­sibles vues de pay­sage de Joa­chim Koes­ter. Tou­jours au Witte de With, mais au rez-de­chaus­sée, Da­ria de Beau­vais, in­vi­tée par la pla­te­forme Tent, pré­sen­tait une ex­po­si­tion d’Anne Wen­zel réunis­sant un vaste en­semble de sculp­tures an­ciennes et ré­centes, en cé­ra­mique noire, sur le thème du châ­teau aban­don­né et des gloires ter­nies. Une ex­po­si­tion en hom­mage à toutes les causes per­dues, to­ta­le­ment sé­pul­crale. Du­rant le même week-end, le pres­ti­gieux musée Boi­j­mans van Beu­nin­gen ou­vrait l’ex­po­si­tion Bran­cu­si, Ros­so, Man Ray. Fra­ming Sculp­ture consa­crée aux dif­fé­rentes ex­pé­riences pho­to­gra­phiques me­nées par ces trois ar­tistes d’avant-garde, tous trois étran­gers ins­tal­lés à Pa­ris au dé­but du 20e siècle. Con­vain­cus que la fa­çon de voir une oeuvre in­flue sur sa si­gni­fi­ca­tion, Bran­cu­si, Ros­so et Man Ray ont en ef­fet por­té à la pho­to­gra­phie (mé­dium re­la­ti­ve­ment nou­veau à leur époque) une at­ten­tion qui nous semble au­jourd’hui par­fai­te­ment ac­tuelle. L’ins­tal­la­tion d’une qua­ran­taine de sculp­tures en­tou­rées de ti­rages pho­to­gra­phiques et de gra­vures per­met de com­prendre ce que ces pion­niers cher­chaient en pho­to­gra­phiant leurs oeuvres in­las­sa­ble­ment, au point que Ros­so ac­cor­dait une im­por­tance pri­mor­diale à ces do­cu­ments et les in­sé­rait dans ses ex­po­si­tions, tan­dis que Man Ray, ne dis­po­sant souvent que des pho­to­gra­phies de sculp­tures dis­pa­rues, en vint à re­pro­duire ces der­nières d’après leur image. En­fin, l’ex­po­si­tion en trois vo­lets This Is not Afri­ca, this is us, écla­tée entre Rot­ter­dam et La Haye, met­tait à l’hon­neur l’ar­tiste du Zim­babwe, Kud­za­nai Chiu­rai, re­mar­qué pour ses ins­tal­la­tions vi­déo à Do­cu­men­ta en 2012. Pour sa part, le Ge­meen­te­mu­seum de La Haye pro­po­sait une ex­po­si­tion de l’une des fi­gures ma­jeures de l’abs­trac­tion néer­lan­daise, Daan van Gol­den, mon­trée pa­ral­lè­le­ment au travail du jeune créa­teur de « pein­ture ani­mée », Jac­co Oli­vier. Rot­ter­dam art mu­seums and gal­le­ries held a mul­ti-course feast on the oc­ca­sion of the ci­ty’s art fair. Art Rot­ter­dam has a re­pu­ta­tion for being one of the best places to see work by youn­ger ar­tists, and with more than a hun­dred in­ter­na­tio­nal gal­le­ries ta­king part this was ano­ther good year. As for pre­vious edi­tions the Mon­driaan Fonds or­ga­ni­zed an ex­hi­bi­tion of work by youn­ger ar­tists who re­cent­ly be­ne­fi­ted from their ca­reer start-up fi­nan­cing. En­tit­led Pros­pects & Concepts, this sec­tion show­ca­sed the Dutch emer­ging art scene. Among no­table finds were the per­for­mance in an ima­gi­na­ry gal­le­ry by the duo Witte van Hul­zen and San­der Breure (born in 1984 and 1985 res­pec­ti­ve­ly), Gin­ta Va­ser­mane’s vi­deo (1979) and the pho­tos of Isa­belle Wen­zel (1982). The must­sees in the pro­jec­tion space in the middle of the fair were a film about anar­chism by Ni­co­line van Hars­kamp (al­rea­dy no­ted at the Fon­da­tion Ka­dist in Pa­ris and el­sew­here in Eu­rope) and ano­ther by the young Yu­ri Oku­mu­ra ( re­pre­sen­ted by the Ja­pa­nese gal­le­ry Mi­sa­ko & Ro­sen), a ni­ce­ly nuan­ced me­di­ta­tion on ques­tions of iden­ti­ty and trans­la­tion in a world where in­di­vi­duals are in per­pe­tual mo­tion. At the Witte de With, the ex­hi­bi­tion The Crime Was Al­most Per-

Joa­chim Koes­ter. « The Bar­ker Ranch ». 2008. (Court. de l’ar­tiste et Jan Mot, Bruxelles / Mexi­co Ci­ty)

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