Là où naissent les fan­tasmes

Art Press - - EXPOSITIONS - Léa Bis­muth

Ga­le­rie Odile Ouiz­man / 25 jan­vier - 25 fé­vrier 2014

L’es­pace de l’ex­po­si­tion est ici es­pace de pro­jec­tion, au sens dra­ma­tur­gique : sur une scène de théâtre, ou de ci­né­ma, les drames se nouent et les ap­pa­ri­tions ont lieu. Ain­si, la pein­ture té­né­breuse de Ni­co­las Del­prat in­vite au si­lence juste avant l’écla­te­ment d’une crise : un grand ri­deau de ve­lours bleu s’en­trouvre sur un mys­tère sem­blable à ceux des films de Da­vid Lynch. La lu­mière d’un pro­jec­teur est bra­quée sur la pu­pille aveugle, à moins que ce­la ne soit l’in­ten­si­té fic­tion­nelle des images trans­por­tées à une vi­tesse ful­gu­rante. De lu­mière, il est éga­le­ment ques­tion avec l’ins­tal­la­tion vi­déo de Laurent Per­not : un vieux mi­roir ovale, por­tant les traces des fan­tômes qui s’y sont contem­plés, de­vient le sup­port d’une pluie d’étoiles que l’ar­tiste a ré­cu­pé­rée sur le site de la NA­SA. Et le son de l’es­pace se pro­page de­puis ce rayon­ne­ment in­fi­ni des étoiles sur la sur­face ré­flé­chis­sante. Les fan­tasmes prennent donc nais­sance dans les es­paces où le vi­sible et l’in­vi­sible tendent à se confondre, où le ha­lo qui ap­pa­raît est bien une ma­ni­fes­ta­tion de la mé­moire, du temps sur­vi­vant par-de­là sa dis­pa­ri­tion. Ste­phan Cras­neans­cki réa­lise en ce sens un trip­tyque pho­to­gra­phique construit comme un pay­sage de mé­moire, à la re­cherche de l’en­droit où l’avion de Jo­seph Beuys se se­rait écra­sé pen­dant la Se­conde Guerre mon­diale. Res­tent au sol des frag­ments, les ailes de grès et d’émail de Ra­chel La­bas­tie, comme celles d’un ange dé­chu, aban­don­nées là. Here the ex­hi­bi­tion space is a space of pro­jec­tion in the thea­tri­cal sense. On a stage—whe­ther mo­vie set or play­house does not mat­ter—dra­mas un­fold and en­tangle, cha­rac­ters ap­pear. The Sty­gian pain­tings of Ni­co­las Del­prat sug­gest the si­lence be­fore cri­sis ex­plodes. A large blue cur­tain opens just enough to give a glimpse of some Da­vid Lynch-like mys­te­ry. A spot­light shines on a blind pu­pil—or maybe this is the fic­tio­nal in­ten­si­ty of images car­ried along at the speed of light. Light is al­so the sub­ject of Laurent Per­not’s vi­deo: an oval mir­ror hol­ding the traces of ghosts who loo­ked at them­selves in it be­comes the back­ground for a rain of stars the artist down­loa­ded from the NA­SA web site. The in­fi­nite pre­ci­pi­ta­tion of stars hit­ting the re­flec­tive sur­face pro­duces the sound of space. Ghosts are born in the in­ter­stices where the vi­sible and in­vi­sible melt in­to one ano­ther. The ha­lo that ap­pears is a ma­ni­fes­ta­tion of me­mo­ry, a sur­vi­val of time af­ter that time has pas­sed. Ste­phan Cras­neans­cki made a pho­to­gra­phic trip­tych that is like a land­scape of fog­gy me­mo­ry as he sought the place where Jo­sef Beuys’s air­plane cra­shed du­ring WWII. What re­mains be­low are frag­ments, the ce­ra­mic and en­amel wings of Ra­chel La­bas­tie, as if left by a fal­len an­gel.

Trans­la­tion, L-S Tor­goff

Ci-des­sus / above: Ni­co­las Del­prat. « Si­len­cio ». 2013. Acrylique sur toile, 114 x 162,5 cm. Acry­lic on can­vas Ci-des­sous / be­low: Da­vid Douard. « Mo’Swal­low ». 2014

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