Claude Vial­lat

Art Press - - EXPOSITIONS - Dé­bo­rah Laks

Ga­le­rie Da­niel Tem­plon / 1er mars - 5 avril 2014

L’his­toire est connue : en 1970, le groupe Sup­ports / Sur­faces, au­quel ap­par­tient Claude Vial­lat, part en guerre contre les conven­tions pic­tu­rales. La lutte est vio­lente, par­fois ex­trême, mais elle est pro­fon­dé­ment li­bé­ra­trice. Sup­ports/Sur­faces est un mou­ve­ment con­tra­dic­toire : alors qu’il cherche à at­ta­quer la pein­ture, il la ré­veille. Les jeunes ar­tistes dé­voilent une pic­tu­ra­li­té li­bé­rée de ses ori­peaux et le pu­blic dé­couvre que la vieille pein­ture pos­sède le germe de la ré­vo­lu­tion. Les qua­rante an­nées qui nous sé­parent de la fon­da­tion du mou­ve­ment ont vu la plu­part des membres de Sup­ports / Sur­faces re­ve­nir à des pro­cé­dés tra­di­tion­nels, mais Claude Vial­lat a choi­si de pré­ser­ver la ra­di­ca­li­té mi­ni­male de son geste. Au fil de son oeuvre, il montre plus qu’il ne dé­montre la vi­ta­li­té d’une pein­ture libre de ses ar­te­facts. Loin d’être le garde-fou qu’il re­pré­sen­tait en­core dans les an­nées 1970, l’au­to­ma­tisme for­mel ouvre, dans son travail, la voie à un autre type de re­cherche. Dans les der­nières oeuvres de Vial­lat pré­sen­tées ici, l’épure de la forme, l’équi­libre du rythme qui ca­rac­té­risent son travail s’op­posent à des sup­ports criards. Pour les oeuvres ex­po­sées dans la pre­mière salle, Vial­lat a uti­li­sé des tis­sus cou­verts de mo­tifs très pop, dont la ré­cur­rence vient ré­pondre à celle de ses formes ap­pli­quées en sur­im­pres­sion. Le re­gard se perd dans les dif­fé­rents ni­veaux, es­thé­ti­que­ment an­ta­go­nistes, de cette ré­pé­ti­tion. Des strips de bande des­si­née à la Lich­ten­stein, des tags sté­réo­ty­pés et des décors de Noël de su­per­mar­ché com­posent la trame ré­so­lu­ment post­mo­derne sur la­quelle Vial­lat vient jouer en contre­point. La sim­pli­ci­té for­melle de ses mo­tifs, tra­cés en ré­serve ou en plein, contre­dit le four­mille­ment « mau­vais goût » des sup­ports. Dans la salle sui­vante, des tis­sus de pa­co­tille étalent leurs vo­lants syn­thé­tiques face à des sup­ports plus dé­pouillés. Les formes de Vial­lat passent d’une toile à l’autre tout en res­tant ré­so­lu­ment égales, comme in­dé­pen­dantes du dé­chaî­ne­ment de couleurs et de ma­tières qui s’opère au­tour d’elles. L’in­dé­pen­dance du mo­tif et du sup­port conduit à des oeuvres fon­da­men­ta­le­ment duelles, où la ra­di­ca­li­té théo­rique et for­melle s’en­tre­tient avec la vul­ga­ri­té. Les oeuvres de la der­nière salle pour­suivent ce dia­logue : sur des toiles paille­tées très eigh­ties, l’ar­tiste ap­plique de la pein­ture préa­la­ble­ment mé­lan­gée et sé­chée sur plas­tique. Cette ma­tière rap­pelle les fonds de pots dont les ate­liers sont pleins, l’acrylique séché dans des ré­ci­pients lais­sés ou­verts, les ac­ci­dents et les sco­ries de la pein­ture. Vial­lat a cher­ché des toiles dont la pré­sence vi­suelle était à même de contre­ba­lan­cer le poids de sa propre in­ter­ven­tion. La pein­ture pour­tant ne se perd pas dans la trame vi­brante, mon­trant avec un cer­tain pa­nache la va­leur d’une pein­ture ré­vé­lée par son com­bat. We all know the sto­ry: in 1970 the Sup­ports/Sur­faces group to which Claude Vial­lat be­lon­ged de­cla­red war on pain­ting’s conven­tions. The struggle was violent and so­me­times ex­treme but pro­found­ly li­be­ra­ting. Sup­ports/Sur­faces was a contra­dic­to­ry mo­ve­ment; it sought to at­tack pain­ting and at the same time re­vi­ved it. The young ar­tists re­vea­led a pic­to­ria­li­ty freed from its hand-me­downs and the pu­blic dis­co­ve­red that the old me­dium of pain­ting contai­ned the seeds of re­vo­lu­tion. Du­ring the forty years since then most of its mem­bers have re­ver­ted to tra­di­tio­nal pro­ce­dures, but Vial­lat chose to stay true to his ra­di­cal mi­ni­ma­lism. As his work de­ve­lo­ped he elec­ted to show ra­ther than theo­rize the vi­ta­li­ty of a pain­ting freed of its ar­ti­facts. The for­mal au­to­ma­tism of his work, which kept him on a cer­tain path in the 1970s, led to ano­ther kind of ex­plo­ra­tion. In Vial­lat’s most recent work, seen here, the sim­pli­ci­ty of form and equi­li­brium of rhythm that cha­rac­te­rizes his work contrast with the fla­shy sup­ports. In the pieces shown in the first room, Vial­lat used fa­bric co­ve­red with ve­ry Pop mo­tifs whose re­cur­rence matches that of the over­prin­ted shapes. Our eye loses its way among the va­rious aes­the­ti­cal­ly op­po­sed le­vels in this re­pe­ti­tion. Lich­ten­stein-ish co­mic strips, ste­reo­ty­pi­cal tags and su­per­mar­ket Ch­rist­mas de­co­ra­tions consti­tute the re­so­lu­te­ly post­mo­dern back­ground against which Vial­lat plays in coun­ter­point. The for­mal pu­ri­ty of his mo­tifs, whe­ther tra­ced in ne­ga­tive or po­si­tive, contra­dicts the “bad taste” bu­sy­ness of the sup­ports. In the fol­lo­wing room, cheap fa­brics flaun­ting syn­the­tic flounces clash with more spare sup­ports. Vial­lat’s shapes pass from one pain­ting to ano­ther while re­mai­ning re­so­lu­te­ly un­chan­ged, as if in­de­pendent of the ex­plo­sion of co­lors and ma­te­rials around them. The in­de­pen­dence of mo­tif and sup­port leads to pieces that are fun­da­men­tal­ly dua­lis­tic, where theo­re­ti­cal and for­mal ra­di­ca­li­ty dia­logues with vul­ga­ri­ty. The pieces in the last room conti­nue this dia­logue: on ve­ry 1980s se­qui­ned can­vases the artist has ap­plied pain­ting pre­vious­ly mixed and left to dry on plas­tic, like the goo at the bot­tom of the paint jars ar­tists’ stu­dios are full of—the dried-out acry­lics in re­ci­pients left open, the ac­ci­dents and dross of pain­ting. Vial­lat wan­ted can­vases whose vi­sual pre­sence is strong enough to coun­ter­ba­lance the weight of his own in­ter­ven­tion. Yet pain­ting is not lost in this vi­brant fra­me­work, de­mons­tra­ting, with pa­nache, the va­lue of seeing it in full com­bat.

Trans­la­tion, L-S Tor­goff

« Sans titre n° 238 ». 2013. Acrylique sur tis­su im­pri­mé, graf­fi­tis. 238 x 282 cm.” Acry­clic, fa­bric, graf­fi­ti

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