Bien­nale de Ve­nise 2014 le re­nou­veau par l’ar­chive

Es­telle Bo­ries, Ma­rianne Le Gailliard

Art Press - - LA UNE - Es­telle Bo­ries Ma­rianne Le Gailliard

Des ar­chives peuvent-elles être fac­teur de re­nou­vel­le­ment et sti­mu­ler la créa­tion ? Tel est l’ob­jec­tif que Pao­lo Ba­rat­ta, pré­sident de la Bien­nale de Ve­nise, s’est fixé. (Ce­lui-ci nous a ac­cor­dé un en­tre­tien que l’on trou­ve­ra sur notre site). Il s’agit d’abord de mettre en va­leur et d’ex­ploi­ter, par le ca­ta­lo­gage, la res­tau­ra­tion, mais aus­si par l’ex­po­si­tion, un très vaste fonds d’ar­chives consti­tué dès 1928, puis d’im­pul­ser une nou­velle lec­ture de la ma­ni­fes­ta­tion en dé­fi­nis­sant une pers­pec­tive qui ne soit ni li­néaire, ni fi­gée, mais re­dé­ployée à tra­vers plu­sieurs ap­proches historiques. Cette connais­sance mise à la dis­po­si­tion des com­mis­saires et in­té­grée à leurs ex­po­si­tions at­tes­te­ra la pré­émi­nence de l’ex­po­si­tion-re­cherche sur l’ex­po­si­tions­pec­tacle, écueil dont la Bien­nale est quel­que­fois ac­cu­sée.

2014 mar­que­ra sans doute une nou­velle ère pour la Bien­nale de Ve­nise. Le thème de la bien­nale d’architecture pro­po­sé cette an­née par son di­rec­teur Rem Kool­haas, « Ab­sor­bing Mo­der­ni­ty: 1914-2014 » inau­gure cette trans­for­ma­tion. En met­tant l’ac­cent sur cent ans d’architecture à tra­vers ses fon­da­men­taux ( l ’ ex­po­si­tion a pour titre Fun­da­men­tals), l’ob­jec­tif est de mon­trer comment un lan­gage unique et uni­ver­sel s’est pro­gres­si­ve­ment im­po­sé in­dé­pen­dam­ment des styles na­tio­naux. Son pré­sident, Pao­lo Ba­rat­ta, nom­mé pour la pre­mière fois en 1998, évoque son dé­sir de re­mettre en pers­pec­tive la longue his­toire de cet évé­ne­ment de la vie ar­tis­tique in­ter­na­tio­nale. À l’ori­gine de grands pro­jets de ré­ha­bi­li­ta­tion de l’es­pace ur­bain vé­ni­tien al­liant la ré­no­va­tion, l’ex­ten­sion des lieux d’ex­po­si­tion et la vi­si­bi­li­té de la ma­ni­fes­ta­tion, il est éga­le­ment l’ini-

tia­teur du chan­ge­ment de sta­tut de la Bien­nale en so­cié­té cultu­relle puis, à par­tir de 2004, en fon­da­tion. Dans ce contexte, l’im­por­tance ac­cor­dée aux ar­chives per­met de re­ve­nir sur les nom­breuses mu­ta­tions tra­ver­sées par la Bien­nale, tout en évi­tant l’écueil d’une vi­sion dog­ma­tique, et sti­mu­ler la ré­flexion par le re­gard pros­pec­tif qu’elles portent sur la créa­tion contem­po­raine. De­puis 2008, l’ASAC – Ar­chi­vio Sto­ri­co delle Ar­ti Con­tem­po­ra­nee –, di­vi­sion des Ar­chives historiques des arts contem­po­rains, est ain­si de­ve­nu un pas­sage obli­gé pour les fu­turs com­mis­saires. Lors de la 13e bien­nale d’architecture, une confé­rence in­ti­tu­lée « Les ar­chives et les ex­po­si­tions » (20-21 oc­tobre 2012) at­tes­tait du phé­no­mène. La dé­marche a été re­nou­ve­lée en 2013, lors de la 55e bien­nale d’art contem­po­rain avec le pro­jet du Pa­lais en­cy­clo­pé­dique de Mas­si­mi­lia­no Gio­ni. Le di­rec­teur ar­tis­tique de la pro­chaine bien­nale d’art contem­po­rain (9 mai-22 no­vembre 2015), Ok­wui En­we­zor (1), sé­lec­tion­né pour sa connais­sance de la mon­dia­li­sa­tion, in­ter­roge, comme Kool­haas, la place de l’art dans un monde glo­ba­li­sé à par­tir de sources do­cu­men­taires. Il se­ra as­su­ré­ment ame­né à se pen­cher à son tour sur les ar­chives de l’ASAC.

AR­CHI­VIO STO­RI­CO

Inau­gu­ré en 1928 sous l’in­ti­tu­lé Ins­ti­tut his­to­rique de l’art contem­po­rain, l’ASAC a pour mis­sion de gé­rer le fonds documentaire re­la­tif aux évé­ne­ments liés à la Bien­nale. Les dé­buts du ca­ta­lo­gage de la bi­blio­thèque et de la mé­dia­thèque datent des an­nées 1990 (2). En 1998, la Bien­nale de­vient une so­cié­té cultu­relle de droit privé, et la di­vi­sion des Ar­chives est dé­sor­mais ap­pe­lée ASAC. Lieu de re­cherche et de consul­ta­tion des col­lec­tions, la struc­ture com­prend deux types de fonds : ce­lui des ar­chives historiques, en­ri­chi tous les deux ans, et ce­lui, moins conti­nu, d’oeuvres et d’ar­chives ac­quises au fil du temps au­près de col­lec­tion­neurs et d’ar­tistes (sculp­tures, des­sins, presse, ca­ta­logues). Les chiffres sont im­pres­sion­nants : trois mil­lions de do­cu­ments historiques, jus­qu’ici peu ex­ploi­tés, re­la­tifs à la Bien­nale de 1895 à nos jours (3), 130 000 livres (conser­vés à la bi­blio­thèque du pa­villon cen­tral Guar­di­ni), 4 000 oeuvres (sou- mises à des prêts), prin­ci­pa­le­ment des vi­déos d’ar­tistes (4). Après les murs de la ville de Ve­nise, les ar­chives sont elles aus­si en cours de ré­no­va­tion (5) : sur 500 000 pho­to­gra­phies, 29 000 plaques au­raient dé­jà été res­tau­rées, ain­si qu’une grande par­tie des do­cu­ments vi­déos et so­nores. Au­tre­fois ins­tal­lé dans les Ca’Cor­ner della Re­gi­na, l’ASAC est dé­sor­mais abri­té au VE­GA de Por­to Mar­ghe­ra, à l’écart du centre de la Bien­nale.

UNE MA­TIÈRE VI­VANTE

De­puis 2010, la Bien­nale de Ve­nise crée ses propres ex­po­si­tions au­tour des ar­chives ; elles se tiennent à Ca’Gius­ti­nia­ni, siège de la Fon­da­tion. Ci­tons Reap­pa­rances – Bo­dies, Ges­tures and Glances from the Stages of the Bien­nale, pho­toal­bum 1934-1976, or­ga­ni­sée par Vir­gile Sie­ni en 2014, Al­do Ros­si’s Arches par Da­vid Chip­per­field en 2012, ou en­core Vi­deo Me­dium In­ter­me­dium consti­tuée à par­tir des col­lec­tions de l’ASAC, conçue par Bice Cu­ri­ger en 2011. Dans un texte de l a bro­chure de l ’ex­po­si­tion AMAR­CORD: Frag­ments of Me­mo­ry from the His­to­ri­cal Ar­chives of la Bien­nale (27 mai - 24 no­vembre 2013), or­ga­ni­sée par Mas­si­mi­lia­no Gio­ni lors de la der­nière Bien­nale d’art contem­po­rain, on note une dis­tance prise à l’égard d’une vi- sion trop aca­dé­mique et trop froide de l’utilisation de do­cu­ments. À l’in­verse, l’es­prit de dé­cou­verte for­tuite de­vait ani­mer la ren­contre du vi­si­teur avec l’ar­chive : « C’est une ex­po­si­tion sur Amar­cord, sur la mé­moire, qui envisage l’ar­chive non pas comme une chambre forte, mais comme un lieu de convi­via­li­té qui éveille la cu­rio­si­té des vi­si­teurs au- de­là de la va­leur et de l’im­por­tance que lui ac­cordent his­to­riens et étu­diants (6). » D’em­blée, et de ma­nière quelque peu sur­pre­nante, le dis­cours op­pose la fi­gure du col­lec­tion­neur, qua­li­fié d’« en­thou­siaste » à celle de l’his­to­rien. Sur ce point, la vi­sion de Gio­ni re­joint celle de Ba­rat­ta. Pour ce der­nier, la connais­sance des ar­chives concerne non seule­ment le travail de l’uni­ver­si­taire, mais éga­le­ment ce­lui des di­rec­teurs ar­tis­tiques de la Bien­nale, qui sont ame­nés à « creu­ser dans les ma­té­riaux et les col­lec­tions des ar­chives de la Bien­nale (7) ». Ain­si, à une époque où une vi­sion par styles et par mou­ve­ments uni­fiés pa­raît in­ap­pro­priée, il semble d’au­tant plus cru­cial pour Pao­lo Ba­rat­ta de re­ve­nir sur le pas­sé afin de mieux conce­voir et d’an­ti­ci­per le fu­tur de la Bien­nale : « L’art contem­po­rain, dans ses dé­ve­lop­pe­ments ré­cents, échappe aux pos­si­bi­li­tés de clas­si­fi­ca­tion tant ap­pré­ciées des cri-

tiques d’art. Il n’opère plus ni par mou­ve­ment ni par école […]. Il est mar­qué par une forte dis­per­sion : un in­di­vi­dua­lisme pro­fond et des zones d’in­fluence géo­gra­phiques va­riées (8). » Il envisage d’ailleurs ce re­cen­tre­ment sur les ar­chives comme per­met­tant d’échap­per à la vi­sion ré­tros­pec­tive li­néaire as­sez clas­sique qui avait à son sens jus­qu’ici été adop­tée (9). Pao­lo Ba­rat­ta évoque le dé­sir des com­mis­saires d’in­té­grer l’art contem­po­rain dans une pers­pec­tive plus his­to­rique, afin de fa­ci­li­ter et d’éta­blir des re­la­tions avec les bien­nales pré­cé­dentes. Lors­qu’il re­vient sur le thème des ar­chives, il cite un contre-mo­dèle : ce­lui des ar­chives de po­lice ! Contre le contrôle lié au fi­chage de l’in­di­vi­du, il op­pose l’es­prit de re­cherche du com­mis­saire qui, à la fa­veur des en­jeux que pro­pose l’ex­po­si­tion, se­rait plus apte à trans­for­mer l’ar­chive brute en « une ma­tière vi­vante à par­tir de la­quelle, comme dans un té­les­cope, on peut voir l’ave­nir ». Aus­si la pers­pec­tive his­to­rique of­ferte par la va­lo­ri­sa­tion des fonds do­cu­men­taires va-t-elle à l’en­contre d’une dis­per­sion et d’une vi­sion confor­miste im­po­sée par le mar­ché de l’art. Cons­cient de l’im- por­tance des ar­chives dès sa pre­mière no­mi­na­tion en 1998, il dit avoir sciem­ment at­ten­du le mo­ment op­por­tun pour prendre en compte l’his­toire de la Bien­nale au sein de la ma­ni­fes­ta­tion. La né­ces­si­té de faire preuve de pa­tience était de mise dès lors qu’il s’agis­sait de dé­fi­nir une stra­té­gie sur le long terme. Ba­rat­ta met d’ailleurs en avant l’art de l’or­ga­ni­sa­tion dont doit faire preuve une ins­ti­tu­tion ame­née à chan­ger tous les deux ans de di­rec­teur ar­tis­tique. Ain­si ce re­nou­vel­le­ment per­ma­nent conduit-il à fa­vo­ri­ser une ap­proche non li­néaire. De même, le fait que les ar­chives soient l’ob­jet de col­loques où des res­pon­sables de col­lec­tions is­sus d’ins­ti­tu­tions mu­séales in­ter­viennent consti­tue une étape dans le dé­ve­lop­pe­ment d’une meilleure stra­té­gie de va­lo­ri­sa­tion de ces ar­chives.

EX­PO­SI­TION-RE­CHERCHE

En­fin, le pro­jet édi­to­rial pré­vu au­tour de l’his­toire de la Bien­nale de Ve­nise à tra­vers l’ex­plo­ra­tion des ar­chives de l’ASAC va aus­si dans le sens d’une lec­ture an­ti-chro­no­lo­gique. Si l’his­toire di­plo­ma­tique et po­li­tique (trop exclusivement li­mi­tée à la pé­riode du fas­cisme) liée à la construc­tion et à l’at­tri­bu­tion des pa­villons de­puis 1895 n’est pas éva­cuée, elle co­ha­bi­te­ra avec d’autres ap­proches historiques. Fi­na­le­ment, le re­nou­veau de la Bien­nale re­po­se­rait en par­tie sur une ex­pé­rience in­édite, celle de l’ar­chi­vage à vi­sée ex­plo­ra­toire conduite par l’ar­tiste/ cu­ra­teur- cher­cheur. Pao­lo Ba­rat­ta parle à ce pro­pos d’un pro­jet d’ex­po­si­tion-re­cherche (Ex­hi­bi­tion- Re­search) pre­nant ain­si à contre-pied le qua­li­fi­ca­tif d’ex­po­si­tion spec­tacle, fré­quem­ment util i sé pour qualifier ce type de ma­ni­fes­ta­tion. À un mo­ment où la dé­mul­ti­pli­ca­tion des évé­ne­ments-ex­po­si­tions ex­plose, où le dé­ploie­ment est des­ti­né au plus grand nombre dans un es­prit fé­dé­ra­teur, la Bien­nale de Ve­nise semble avoir trou­vé un nou­veau souffle avec l’ar­chive. Ou peut-être da­van­tage une autre force. Reste à sa­voir main­te­nant quel ave­nir nous ré­serve la Bien­nale avec cette nou­velle ac­croche…

(1) Di­rec­teur ac­tuel de la Haus der Kunst de Mu­nich, il a par­ti­ci­pé à la deuxième confé­rence or­ga­ni­sée à l’ASAC en no­vembre 2013 sur les ar­chives et les ex­po­si­tions. Le thème en était « La place du do­cu­ment dans l’art contem­po­rain ».

(2) Les normes d’ar­chi­vage uti­li­sées sont celles éta­blies par la Na­tio­nal Li­bra­ry Ser­vice (SBN). (3) Le chiffre est don­né par Pao­lo Ba­rat­ta lors de la pre­mière confé­rence « Ar­chives and Ex­hi­bi­tions » en 2013. (4) Lan­cée à la fin de l’an­née 2004, au mo­ment du nou­veau sta­tut de fon­da­tion de la bien­nale, la base de don­nées ASAC­da­ti, ac­ces­sible en ligne est cen­sée ré­pondre aux de­mandes à dis­tance (http://asac.la­bien­nale.org/it/). L’in­ter­face a été dé­ve­lop­pée en col­la­bo­ra­tion avec 3DE­ve­ryw­here srl, du dé­par­te­ment d’in­gé­nie­rie in­for­ma­tique de l’uni­ver­si­té de Pa­doue. (5) Si­gna­lons que de 2001 à 2008, les do­cu­ments n’ont pas été consul­tables car les lo­caux de la Ca’Cor­na della Re­gi­na étaient en cours de res­tau­ra­tion. (6) Ex­trait du texte de pré­sen­ta­tion de l’ex­po­si­tion. (7) Ré­ponses don­nées par l’ASAC au ques­tion­naire éta­bli par les au­teurs (18 avril 2013). (8) Idem. (9) La Bien­nale d’art contem­po­rain de 1999, sous l’égide d’Ha­rald Szee­mann, avait clai­re­ment mar­qué la né­ces­si­té de prendre en compte la nou­velle géo­gra­phie de l’art contem­po­rain.

Can ar­chives be a fac­tor for re­ne­wal and sti­mu­late crea­ti­vi­ty? Pao­lo Ba­rat­ta, pre­sident of the Ve­nice Bien­nale, is cer­tain­ly wa­ge­ring on that pos­si­bi­li­ty. The idea is to va­lo­rize and ex­ploit, by means of ca­ta­lo­guing, res­to­ring and ex­hi­bi­ting the huge cor­pus of ar­chives built up in Ve­nice since 1928, and then to ener­gize a new rea­ding of the event it­self by de­fi­ning a pers­pec­tive that is nei­ther linear nor fixed, but re­de­ployed th­rough a va­rie­ty of his­to­ri­cal ap­proaches. This know­ledge made avai­lable to the cu­ra­tors and in­te­gra­ted in­to their ex­hi­bi­tions will es­ta­blish the pri­ma­cy of the ex­hi­bi­tion-as-re­search over the ex­hi­bi­tion-as-spec­tacle, a bear trap that the Bien­nale has so­me­times been ac­cu­sed of lum­be­ring in­to of late.

2014 will no doubt mark a new era for the Ve­nice Bien­nale. The theme of the architecture Bien­nale di­rec­ted this sum­mer by Rem Kool­haas, Ab­sor­bing Mo­der­ni­ty: 1914-2014, is inau­gu­ra­ting this trans­for­ma­tion. By put­ting the em­pha­sis on a hun­dred years of architecture and fo­cu­sing on its “Fun­da­men­tals” (as one of the ex­hi­bi­tions is tit­led), the idea is show how a single, uni­ver­sal lan­guage has gra­dual­ly come in­to being, in­de­pen­dent­ly of na­tio­nal styles. Its pre­sident, Pao­lo Ba­rat­ta, ap­poin­ted in 1998, speaks of his de­sire to put in­to pers­pec­tive the long his­to­ry of this event in in­ter­na­tio­nal ar­tis­tic life (see his interview on our web­site). Ini­tia­tor of ma­jor pro­jects for the re­ha­bi­li­ta­tion of Ve­ne­tian ur­ban space, com­bi­ning the re­no­va­tion and ex­ten­sion of ex­hi­bi­tion ve­nues and im­pro­ved vi­si­bi­li­ty for the event, he has al­so be­gun to change the sta­tus of the Bien­nale, first by ma­king it a cul­tu­ral so­cie­ty, and then by conver­ting it to a foun­da­tion. In this context, the pro­mi­nence ac­cor­ded to the ar­chives makes it pos­sible to re­con­si­der the ma­ny changes the Bien­nale has gone th­rough, while avoi­ding dog­ma­tism, and to sti­mu­late re­flec­tion by the pros­pec­tive vi­sion that they of­fer of contem­po­ra­ry art. Since 2008, all Ve­nice cu­ra­tors have ne­ces­sa­ri­ly del­ved in­to the ASAC (Ar­chi­vio Sto­ri­co delle Art Con­tem­po­ra­nee). This was re­flec­ted in the con­fe­rence held du­ring the thir­teenth architecture bien­nale in 2012, tit­led “Ar­chives and Ex­hi­bi­tions” (Oc­to­ber 20–21, 2012). The approach was re­vi­ved in 2013, du­ring the 55th Bien­nale of Art, with Mas­si­mi­lio­ni Gio­ni’s En­cy­clo­pe­dic Pa­lace pro­ject. The ar­tis­tic di­rec­tor of next year’s art Bien­nale, (May 9–No­vem­ber 22, 2015), Ok­wui En­we­zor,(1) who was cho­sen for his ex­pert know­ledge of glo­ba­li­za­tion, will be using do­cu­men­ta­ry sources as a plat­form for ques­tio­ning the place of art in a glo­ba­li­zed world. He, too, will cer­tain­ly be ta­king a look at the ASAC ar­chives. Inau­gu­ra­ted in 1928, the His­to­ri­cal Ins­ti­tute for Contem­po­ra­ry Art was set up to ma­nage the mass of do­cu­ments ge­ne­ra­ted by the Bien­nale. Ca­ta­lo­guing of the li­bra­ry and other ar­chives be­gan in the 1990s.(2) In 1998 the Bien­nale be­came a cul­tu­ral so­cie­ty un­der pri­vate law and the Ar­chives di­vi­sion ac­qui­red its cur­rent name, Ar­chi­vio Sto­ri­co delle Art Con­tem­po­ra­nee. The ASAC func­tions as a cen­ter for re­search and ac­cess to its col­lec­tions, com­pri­sed of his­to­ri­cal ar­chives en­ri­ched with each new Bien­nale, and of works and ar­chives ac­qui­red over the years from col­lec­tors and ar­tists (sculp­tures, dra­wings, press cut­tings, ca­ta­logues, etc.). It cur­rent­ly houses an im­pres­sive and so far lit­tle-ex­plo­red th­ree mil­lion his­to­ri­cal do­cu­ments re­la­ting to the Bien­nale from 1895 to the present,(3) plus 130,000 books (kept in the li­bra­ry in the cen­tral pa­vi­lion at the Giar­di­ni), and 4,000 art­works, vi­deos for the most part (ma­ny are out on loan).(4) Like Ve­nice it­self, the ar­chives are being re­no­va­ted:(5) 29,000 pho­to­gra­phic plates (from a col­lec­tion of 500,000 pho­tos) are said to have been res­to­red, as well as ma­ny of the vi­deo and sound do­cu­ments. ASAC re­cent­ly mo­ved from Ca’Cor­ner della Re­gi­na to the VE­GA buil­ding at Por­to Mar­ghe­ra, away from the Bien­nale.

AR­CHI­VIO STO­RI­CO

Since 2010 the Ve­nice Bien­nale has crea­ted its own ex­hi­bi­tions around the ar­chives, held at the Foun­da­tion buil­ding at Ca’Gius­ti­nia­ni. These shows have in­clu­ded Reap­pea­rances – Bo­dies, Ges­tures and Glances from the Stage of the Bien­nale, Pho­toal­bum 1934-1976, or­ga­ni­zed by Vir­gile Sie­ni in 2014, Al­do Ros­si’s Arches by Da­vid Chip­per­field (2012), and Vi­deo Me­dium In­ter­me­dium, cu­ra­ted by Bice Cu­ri­ger and ba­sed on the ASAC col­lec­tions (2011). In the bro­chure for the ex­hi­bi­tion AMAR­CORD: Frag­ments of Me­mo­ry from the His­to­ri­cal Ar­chives of La Bien­nale (May 27–No­vem­ber 24, 2013), or­ga­ni­zed by Mas­si­mi­lia­no Gio­ni du­ring the last contem­po­ra­ry art Bien­nale, the text ar­gued against the aca­de­mic and neu­tral use of ar­chive do­cu­ments and in fa­vor of the spirit of for­tui­tous dis­co­ve­ry. The ex­hi­bi­tion, it said, “is about amar­cord (re­mem­be­ring) and was con­cei­ved as a way of pre­ven­ting the ar­chives from be­co­ming a vault: to make it a friend­ly place that piques the cu­rio­si­ty of vi­si­tors, and de­mons­trate that its va­lue and im­por­tance ex­tends beyond its ap­peal to scho­lars and his­to­rians.”(6) Ra­ther sur­pri­sin­gly, the dis­course here op­poses the fi­gure of the “en­thu­sias­tic” col­lec­tor to that of the his­to­rian. In this, Gio­ni is at one with Ba­rat­ta, from whom fa­mi­lia­ri­ty with the ar­chives is so­me­thing not on­ly for researchers but al­so for the Bien­nale’s ar­tis­tic di­rec­tors, who must “ex­plore the ma­te­rials and col­lec­tions of the Bien­nale ar­chives.”(7) Thus, in an age when the idea of styles and uni­fied mo­ve­ments seems in­ap­pro­priate, Ba­rat­ta consi­ders the past as a cru­cial re­source for sha­ping the Bien­nale’s fu­ture: “Recent contem­po­ra­ry art de­fies the clas­si­fi­ca­tions be­lo­ved of art cri­tics. It no lon­ger pro­ceeds in mo­ve­ments or schools. […]. It is mar­ked by consi­de­rable dis­per­sion: deep in­di­vi­dua­lism and di­verse zones of geo­gra­phi­cal in­fluence.”(8) He al­so sees this re­cen­te­ring of the ar­chives as a way of es­ca­ping the ra­ther tra­di­tio­nal linear, re­tros­pec­tive vi­sion adop­ted up to now.(9) Ba­rat­ta speaks of the cu­ra­tors’ de­sire to place contem­po­ra­ry art wi­thin a more his­to­ri­cal pers­pec­tive, in or­der to fa­ci­li­tate and es­ta­blish re­la­tions with ear­lier Bien­nales. For him, the an­ti-mo­del for the Ve­nice ar­chive would be po­lice ar­chives, ba­sed on con­trol and the tag­ging of in­di­vi­duals. In contrast, when a cu­ra­tor free­ly ex­plores the ar­chive in re­la­tion to the concerns of his ex­hi­bi­tion, he can trans­form it in­to “li­ving mat­ter in which, like in a te­les­cope, you can see the fu­ture.” This his­to­ri­cal pers­pec­tive le­ve­ra­ged on do­cu­men­ta­ry col­lec­tions al­so helps fight against dis­per­sion and the kind of confor­mist vi­sion im­po­sed by the art mar­ket. Aware of the im­por­tance of ar­chives since he came to his job in 1998, Ba­rat­ta says he ca­re­ful­ly wai­ted for the right mo­ment to bring the his­to­ry of the Bien­nale in­to its ex­hi­bi­tions. Pa­tience was re­qui­red be­cause of the need to de­fine a long-term stra­te­gy. Ba­rat­ta al­so stresses the qua­li­ty of or­ga­ni­za­tion nee­ded by an ins­ti- tu­tion that changes its ar­tis­tic di­rec­tor eve­ry two years, a pro­cess of constant re­ne­wal that is condu­cive to a non-linear approach. Li­ke­wise, the fact that ar­chives are dis­cus­sed in sym­po­siums at­ten­ded by mu­seum cu­ra­tors al­so helps the stra­te­gy of va­lo­ri­za­tion of the ar­chives.

EX­HI­BI­TION-RE­SEARCH

Fi­nal­ly, the pu­bli­shing pro­jects plan­ned around the his­to­ry of the Ve­nice Bien­nale, ba­sed on ex­plo­ra­tion of the ASAC col­lec­tions, al­so pleads against a chro­no­lo­gi­cal rea­ding. If the di­plo­ma­tic and po­li­ti­cal his­to­ry (too li­mi­ted to the fas­cist per­iod) l i nked to the construc­tion and at­tri­bu­tion of pa­vi­lions since 1985 is not being for­got­ten, it will ne­ces­sa­ri­ly co­ha­bit with other his­to­ri­cal ap­proaches. Fi­nal­ly, the re­ne­wal of the Bien­nale may al­so be dri­ven by the new kind of ex­plo­ra­to­ry ar­chi­ving led by ar­tists and cu­ra­tors. Ba­rat­ta’s idea of “ex­hi­bi­tion re­search” is one an­ti­dote to the kind of spec­tacle that such events are of­ten ac­cu­sed of be­co­ming. Against the pro­li­fe­ra­tion of ex­hi­bi­tions tou­ted as events and de­si­gned for a mass pu­blic, the Ve­nice Bien­nale seems to have found a new source of vi­ta­li­ty in the ar­chive. Or per­haps a new strength. The ques­tion now is where this new orien­ta­tion will take the Bien­nale, and us with it.

Trans­la­tion, C. Pen­war­den

(1) Cur­rent­ly di­rec­tor of the Haus der Kunst in Mu­nich, he took part in the se­cond con­fe­rence or­ga­ni­zed at ASAC last No­vem­ber on the theme of ar­chives and ex­hi­bi­tions, or the role of the do­cu­ment in contem­po­ra­ry art. ( 2) The ar­chive norms are those es­ta­bli­shed by the Na­tio­nal Li­bra­ry Ser­vice (SBN). (3) This was the fi­gure gi­ven by Ba­rat­ta at the first “Ar­chives and Ex­hi­bi­tions” con­fe­rence in 2013. (4) Laun­ched in 2004, when the Bien­nale chan­ged to foun­da­tion sta­tus, the ASCAC­da­ti da­ta­base, is avai­lable on­line (http://asac.la­bien­nale.org/it/). The in­ter­face was de­ve­lo­ped in col­la­bo­ra­tion with 3DE­ve­ryw­here srl, at the IT de­part­ment of Pa­dua Uni­ver­si­ty. (5) The do­cu­ments were not ac­ces­sible from 2001 to 2008 be­cause the Ca’Cor­na della Re­gi­na was being res­to­red. ( 6) From the text pre­sen­ting the ex­hi­bi­tion. (7) ASAC’s ans­wer to the ques­tions put by the au­thors (April 18, 2013). (8) Idem. (9) The 1999 Bien­nale, di­rec­ted by Ha­rald Szee­mann, clear­ly in­di­ca­ted the need to take in­to ac­count the new geo­gra­phy of contem­po­ra­ry art.

Page de gauche / page left: Steve Par­nell. 13e Bien­nale d’architecture in­ter­na­tio­nale. (Toutes les pho­tos, court. la Bien­nale di Ve­ne­zia ; Ph. F. Gal­li) Ci-des­sous / be­low: Kan Xuan « Millet Mounds ». 2012. 55e Bien­nale d’art in­ter­na­tio­nal, « Le Pa­lais en­cy­clo­pé­dique ». 2013.

L’ASAC [Ar­chi­vio Sto­ri­co delle Ar­ti Con­tem­po­ra­nee] - (Ph. An­drea Avezzù)

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