Édi­to­rial Un ci­né­ma ve­nu des arts plas­tiques

Art mo­vies and art school film­ma­kers. Anaël Pi­geat

Art Press - - ART PRESS 413 - Anaël Pi­geat Trans­la­tion, C. Pen­war­den

Que des ar­tistes réa­lisent des films de ci­né­ma n’est pas un fait nou­veau. À par­tir du mi­lieu des an­nées 1960, avec l’ar­ri­vée de nou­velles ca­mé­ras por­tables sur le mar­ché, quelques ar­tistes comme Ch­ris­tian Bol­tans­ki ou Jacques Mo­no­ry s’étaient dé­jà em­pa­rés du ci­né­ma dans une se­mi-clan­des­ti­ni­té. C’était sans doute la nou­veau­té qui les at­ti­rait là, les che­mins in­con­nus de tech­no­lo­gies nais­santes. La plu­part de ces films « faits mai­son » sont res­tés confi­den­tiels ; seuls quelques-uns ont été fi­nan­cés, comme le Grand Dé­part (1972) de Mar­tial Raysse, par Sun Child qui pro­dui­sait aus­si Jacques Ri­vette et Mar­gue­rite Du­ras. Cette pra­tique s’est par la suite lar­ge­ment ré­pan­due. Au cours des der­nières an­nées, art press a consa­cré de nom­breux ar­ticles à des ar­tistes plas­ti­ciens qui font du ci­né­ma, comme Steve McQueen avec Hun­ger (2008) et Shame (2011), ou Cla­risse Hahn avec Kur­dish Lo­ver (2010). Ré­gu­liè­re­ment, nous ap­pre­nons que des projets de longs-mé­trages de fic­tion sont en cours, des­ti­nés à sor­tir en salles, réa­li­sés par des ar­tistes de dif­fé­rentes gé­né­ra­tions comme Clément Co­gi­tore, Joa­na Had­ji­tho­mas et Kha­lil Jo­reige – des textes sur Éric Bau­de­laire et Jean-Charles Hue se­ront d’ailleurs pu­bliés dans nos pages à l’au­tomne. Avant de se lan­cer au ci­né­ma, ces ar­tistes col­la­bo­raient ré­gu­liè­re­ment avec une ga­le­rie et conti­nue­ront pro­ba­ble­ment de le faire par la suite. Mais il est un phé­no­mène nou­veau : une gé­né­ra­tion de ci­néastes for­més dans des écoles d’art. Trois d’entre eux ont ac­cor­dé un en­tre­tien à art­press dans ce nu­mé­ro: So­phie Le­tour­neur, Jus­tine Triet et Vir­gil Ver­nier ont ré­pon­du aux ques­tions de Catherine Bi­zern, Dork Za­bu­nyan et moi-même. Comme ils le ra­content, ils ont vou­lu échap­per aux dis­cours que les étu­diants en art de­vaient tenir sur leur propre tra­vail, aux ré­fé­rences aux­quelles il fal­lait s’iden­ti­fier. Ils ont eu le dé­sir de « faire » sans com­men­ter. Pour échap­per au monde de l’art contem­po­rain, ils sont en­trés di­rec­te­ment dans ce­lui du ci­né­ma. Et ce­lui-ci les a ac­cueillis, peut-être parce qu’un be­soin de ré­gé­né­res­cence semble jus­te­ment s’y faire sen­tir. Ils ne tra­vaillent pas seuls, sont ac­com­pa­gnés par des so­cié­tés de pro­duc­tion au lieu de l’être par des ga­le­ries. Leurs sources d’ins­pi­ra­tion s’ins­crivent au­tant dans l’his­toire du ci­né­ma que dans celle de l’art, et leurs ma­nières de faire in­fluent na­tu­rel­le­ment sur les formes nou­velles qu’ils pro­duisent. Ce constat ne conduit pas à l’idée que c’est au­jourd’hui uni­que­ment au ci­né­ma que la créa­tion se re­nou­velle, mais à celle qu’à l’heure où tout semble par­fois pos­sible dans le do­maine de l’art, ce sont les contraintes in­hé­rentes à l’in­dus­trie du ci­né­ma qui semblent at­ti­rer ces créa­teurs. C’est pa­ra­doxa­le­ment une plus grande li­ber­té que cet en­vi­ron­ne­ment semble leur ap­por­ter.

Anaël Pi­geat —— Ar­tists ma­king films is not exact­ly new. The ar­ri­val of hand-held ca­me­ras in the mid-1960s en­cou­ra­ged people like Ch­ris­tian Bol­tans­ki and Jacques Mo­no­ry to make mo­vies in al­most clan­des­tine mode, no doubt en­cou­ra­ged by the unex­plo­red po­ten­tial of these new tech­no­lo­gies. Most of these films were ho­me­made and pret­ty much home-vie­wed. The ex­cep­tions were works like Mar­tial Raysse’s Le Grand Dé­part (1972), pro­du­ced by Sun Child, as were the films of Jacques Ri­vette and Mar­gue­rite Du­ras. The prac­tice soon spread, ho­we­ver. Over recent years, art press has pu­bli­shed nu­me­rous ar­ticles about ar­tists who make mo­vies, such as Steve McQueen ( Hun­ger, 2008, and Shame, 2011) and Cla­risse Hahn ( Kur­dish Lo­ver, 2010). We are cons­tant­ly hea­ring of fic­tion fea­tures being made by ar­tists of dif­ferent ge­ne­ra­tions such as Clément Co­gi­tore, Joa­na Had­ji­tho­mas and Kha­lil Jo­reige (and there will be ar­ticles about Éric Bau­de­laire and Jean-Charles Hue this au­tumn). At the same time, these are ar­tists who have re­gu­lar­ly ex­hi­bi­ted their dif­ferent works in gal­le­ries, and will no doubt conti­nue to do so af­ter­wards. But there is ano­ther, ne­wer as­pect of this phe­no­me­non: a new generation of full-fled­ged mo­vie ma­kers with an art school trai­ning. Three of them speak to us in this is­sue: So­phie Le­tour­neur, Jus­tine Triet and Vir­gil Ver­nier ans­we­red the ques­tions put by Catherine Bi­zern, Dork Za­bu­nyan and my­self. They ex­plain that they wan­ted to get away from the kind of dis­course ex­pec­ted of art stu­dents, the re­fe­rences that were de ri­gueur for that mi­lieu. And that is why they went straight in­to the world of mo­vies. And that world wel­co­med them—hap­py, no doubt, at the pros­pect of fresh pers­pec­tives. They work with pro­duc­tion com­pa­nies, not gal­le­ries, and draw on the his­to­ry of both art and ci­ne­ma for their ins­pi­ra­tion. Na­tu­ral­ly, their way of wor­king in­fluences the new forms they pro­duce. The point here is not that ci­ne­ma is where we should look for crea­tive in­no­va­tion, but that its ve­ry constraints seem to be pro­ving high­ly at­trac­tive at a time when, in the visual arts, any­thing goes. It is these li­mits, pa­ra­doxi­cal­ly, which seem to of­fer these ar­tists a grea­ter free­dom

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