Dak’art 2014

Di­vers lieux / 9 mai - 8 juin 2014

Art Press - - ART PRESS 413 -

Pour de­ve­nir un ar­tiste afri­cain, ex­po­ser à la Bien­nale de Da­kar est presque un rite de pas­sage. « Ce n’est pas un ha­sard, dans un pays qui a eu pour pré­sident de la Ré­pu­blique un poète », dit Ab­del­ka­der Da­ma­ni, l’un des com­mis­saires de l’ex­po­si­tion in­ter­na­tio­nale, algérien et di­rec­teur de la pla­te­forme Ve­du­ta à la Bien­nale de Lyon. De­puis la fon­da­tion de Dak’Art en 1992, toutes les édi­tions n’ont pas été égales en qualité, mais celle-ci té­moigne d’un vé­ri­table re­nou­veau. Se­lon un pro­cé­dé de sé­lec­tion in­édit, les com­mis­saires ont choi­si huit ar­tistes cha­cun, et les autres par un ap­pel à can­di­da­ture qui pré­va­lait jusque-là ; au­cun des sé­lec­tion­nés ne doit avoir dé­jà par­ti­ci­pé. Ce double sys­tème per­met une vé­ri­table ou­ver­ture. Soixante et un ar­tistes ve­nus de toute l’Afrique ont été ré­par­tis dans de vastes stu­dios de té­lé­vi­sion trans­for­més pour la pre­mière fois en vil­lage de la bien­nale. Pro­duire le com­mun, tel est le su­jet de cette an­née, un su­jet dans l’air du temps, très (voire trop) large comme le sont sou­vent les titres de bien­nales. On parle ain­si de cos­mo­lo­ca­lisme et d’afro­po­li­ta­nisme ; « le res­sort de la bien­nale est surtout de mon­trer un art de qualité, de faire que les dif­fé­rences s’ad­di­tionnent au lieu de s’an­nu­ler, et non d’énon­cer un sta­te­ment afri­cain », sou­ligne Elise Atan­ga­na, autre com­mis­saire de l’ex­po­si­tion, d’ori­gine ca­me­rou­naise et ins­tal­lée en France. Avec leurs pro­fils très dif­fé­rents les uns des autres, Ab­del­ka­der Da­ma­ni, Elise Atan­ga­na et le Ni­gé­rian vi­vant aux États-Unis Smooth Ugo­chuk­wu Nze­wi ont jus­te­ment réus­si à par­ler d’une seule voix. « Nous avons vou­lu in­car­ner des pen­sées dans des formes et dans la ma­tière, la pein­ture, la sculp­ture, le des­sin, même s’il y a aus­si des ins­tal­la­tions et des vi­déos. D’ailleurs la bien­nale offre la pos­si­bi­li­té de mon­trer des oeuvres qu’il se­rait im­pos­si- ble de mon­trer ailleurs, qui se­raient dé­con­cer­tantes pour le mains­tream contem­po­rain », dit Da­ma­ni. L’ex­po­si­tion af­fiche une hé­té­ro­gé­néi­té re­ven­di­quée et son ac­cro­chage est bien mieux pen­sé que dans la der­nière édi­tion. L’une des sé­quences est consa­crée à l’ar­chi­tec­ture et à l’ur­ba­nisme. C’est là que se dresse l’Hô­tel de l’in­dé­pen­dance, de Ka­der At­tia, nou­velle pro­duc­tion qui re­prend, avec des ca­siers ré­cu­pé­rés dans une ad­mi­nis­tra­tion al­gé­rienne, l’al­lure mo­der­niste d’un hô­tel de Da­kar dont le nom a été un sym­bole et qui est au­jourd’hui aban­don­né. Non loin de là est ac­cro­ché Un­ter uns, par l’Algérien Driss Oua­da­hi, pein­ture à par­tir de frag­ments pho­to­gra­phiques d’une ar­chi­tec­ture fan­tas­tique. Ces nou­veaux uni­vers ur­bains ap­pa­raissent aus­si chez Ju­lie Meh­re­tu et, dans un tout autre genre, chez le peintre ni­gé­rian Chike Obea­gu. Toute cette salle est bai­gnée par le son du film de Wael Shaw­ky, Al Ara­ba Al Mad­fu­na 2, « un ar­tiste de la syn­thèse, qui n’a plus de com­plexes vis-à-vis de l’Eu­rope ; son tra­vail in­carne l’idée que l’Afrique n’est pas hé­ri­tière de la mo­der­ni­té, mais qu’elle en est aus­si pro­duc­trice », ex­plique Da­ma­ni. Une autre salle aborde la ques­tion de l’ab­sence, in­tro­duite par l’ins­tal­la­tion du Tu­ni­sien Fa­ten Rouis­si, le Fan­tôme de la li­ber­té (qui re­prend un titre de Buñuel) : dix-sept sa­ni­taires jaunes au­tour d’une table des né­go­cia­tions d’après la ré­vo­lu­tion – au mo­ment où l’échec me­na­çait. Juste der­rière, le beau film de John Akom­frah, Gha­néen vi­vant à Londres, ex­plore aus­si une dis­pa­ri­tion, celle de l’his­toire de deux Noirs des­si­nés par Dü­rer. On ne sait plus rien d’eux et le film ra­conte leurs vies ima­gi­naires. Après des rap­pro­che­ments pu­re­ment plas­tiques, plu­sieurs tra­vaux s’ap­puient sur des ar­chives : le film de l’Al­gé­rienne Ami­na Me­nia, vu à Shar­jah, « comme un compte à re­bours avant la guerre d’Al­gé­rie, image de l’échec de la mo­der­ni­té », dit-elle ; mais aus­si la vi­déo d’Ali Es­sa­fi qui a re­dé­cou­vert trois films dans les ar­chives des États ma­ro­cain et algérien, puis les a dé­tour­nés pour leur faire ra­con­ter l’his­toire de ces pays. En­fin, comme l’ex­plique Elise Atan­ga­na, la salle Ano­ny­mous clôt le par­cours : les ar­tistes ont été in­vi­tés à y ap­por­ter une oeuvre ou un ob­jet des­ti­né à être mon­tré sans car­tel ni si­gna­ture, pied de nez au mar­ché de l’art, écho aux oeuvres d’Afrique ou d’Océanie dites sans au­teur, à l’idée que l’ave­nir de l’hu­ma­ni­té se fe­ra à tra­vers l’ano­ny­mat (avec les lo­gi­ciels libres par exemple), et aux mou­ve­ments ré­vo­lu­tion­naires qui ont ré­cem­ment chan­gé le cours de l’his­toire. L’ac­cro­chage de­vait res­sem­bler à un ca­bi­net de cu­rio­si­tés, mais le temps a man­qué pour y par­ve­nir. « Quand on fait la bien­nale de Da­kar, il faut sans ar­rêt sol­li­ci­ter notre créa­ti­vi­té », dit Da­ma­ni. On sent d’ailleurs sur place une for­mi­dable com­pé­tence des ar­ti­sans, mais un réel manque d’autres corps de mé­tier, les ré­gis­seurs no­tam­ment. Autre in­no­va­tion et réussite, une ex­po­si­tion a été mon­tée dans le jar­din bo­ta­nique de l’uni­ver­si­té : Dak’art au cam­pus. Aux cô­tés de Bob Ver­schue­ren et de Bar­thé­lé­my To­guo entre autres, Nils Udo a réa­li­sé une sorte de gi­ron dans les ra­cines d’un fro­ma­ger géant en­tou­ré de lianes et lo­vé dans un pa­ravent de bam­bous: magnifique mé­ta­phore de la nais­sance de la vie. L’hom­mage à Mous­ta­pha Di­mé, ar­tiste de Go­rée dis­pa­ru en 2013, mé­rite aus­si d’être vi­si­té – il est sou­te­nu par la fon­da­tion Bla­chère. En re­vanche, l’ex­po­si­tion qui se tient à l’IFAN (Ins­ti­tut fon­da­men­tal d’Afrique noire) est faible, à l’ex­cep­tion des pein­tures proches de l’art brut du Da­nois Finn Thor­stein. « Sans le Off, le In n’au­rait pas sur­vé­cu », re­marque Aïs­sa Dione, qui avait au­tre­fois une ga­le­rie en ville et ex­pose à pré­sent des ar­tistes dans sa mai­son (elle a fon­dé une en­tre­prise pro­dui­sant tis­sus et mo­bi­lier à par­tir des sa­voir-faire tra­di­tion­nels). Cette pro­gram­ma­tion spon­ta­née du Off est cette an­née en­core très vive. Beau­coup de lieux sont mo­bi­li­sés comme la Bis­cui­te­rie ou la Fon­da­tion To­tal. Au Ma­nège de l’Ins­ti­tut fran- çais, le Ma­lien Ab­dou­laye Ko­na­té (1), montre de su­perbes ten­tures sus­pen­dues dans l’es­pace, en ban­de­lettes de tis­su cou­sues – la tra­di­tion tex­tile est forte au Ma­li. Les unes sont abs­traites, et les autres très en­ga­gées contre l’ex­ten­sion du fon­da­men­ta­lisme re­li­gieux et les dic­ta­tures. Autre lieu in­con­tour­nable, Raw Ma­te­rial Company montre une ex­po­si­tion cou­ra­geuse sur l’ho­mo­sexua­li­té en Afrique, su­jet ta­bou s’il en est puis­qu’elle est illé­gale dans 38 des 55 États du continent, sou­ligne la fon­da­trice Koyo Kouoh. Ima­ge­rie pré­caire s’ins­crit dans un pro­gramme de sé­mi­naires et d’ate­liers me­nés avec des as­so­cia­tions pen­dant un an. On y voit les pho­to­gra­phies de Za­nele Mu­ho­li, mon­trées à la der­nière Do­cu­men­ta, mais aus­si le film de Ka­der At­tia, Col­lages (2011), qui met en scène des trans­sexuelles de Pa­ris, d’Al­ger et de Bom­bay. Ailleurs, ce su­jet n’ap­pa­raît que ra­re­ment, par exemple dans l’ex­po­si­tion d’Aïs­sa Dione à tra­vers l’oeuvre de Ma­meDiar­ra Niang, ou dans l’ex­po­si­tion in­ter­na­tio­nale à tra­vers les co­mic books de Mi­lumbe Haimbe (seule re­pré­sen­tante de la Zam­bie à la bien­nale de­puis dix ans), dans les­quels elle cherche une al­ter­na­tive aux su­pe­r­hé­ros ha­bi­tuels de la culture oc­ci­den­tale. Du In au Off, Dak’Art est en plein dé­ve­lop­pe­ment. Un cer­tain nombre de trans­for­ma­tions à ve­nir per­met­traient d’as­sou­plir son fonc­tion­ne­ment. Alors que beau­coup d’ar­tistes afri­cains re­gar­daient jus­qu’à pré­sent plu­tôt vers le Nord, et en dé­pit de toutes les dif­fi­cul­tés ma­té­rielles aux­quelles il faut faire face, il sem­ble­rait qu’ils com­mencent à se rendre compte de ce qui se passe à Da­kar de­puis quelques an­nées.

Anaël Pi­geat (1) Il par­ti­ci­pait à l’ex­po­si­tion Dé­co­rum au mu­sée d’Art mo­derne de la Ville de Pa­ris cet au­tomne. For as­pi­ring Afri­can ar­tists, sho­wing at the Da­kar bien­nial is al­most a rite of pas­sage. “That’s no ac­ci­dent in a coun­try whose foun­ding pre­sident was a poet,” ex­plains Ab­del­ka­der Da­ma­ni, one of the three cu­ra­tors of this in­ter­na­tio­nal ex­hi­bi­tion, an Al­ge­rian who is al­so the di­rec­tor of the Ve­du­ta plat­form at the Lyon Bien­nale. The va­rious edi­tions since Dak’Art was laun­ched in 1992 have been of une­ven qua­li­ty, but this year seems to mark a real

re­ne­wal. Using a unique se­lec­tion pro­ce­dure, each cu­ra­tor picks eight ar­tists, while others are cho­sen from among an open call for can­di­dates to sub­mit their port­fo­lios, on the condi­tion that they have not shown in any pre­vious edi­tion. This sys­tem makes for a tru­ly open ex­hi­bi­tion. Work by 61 ar­tists from all over Afri­ca is dis­played in vast te­le­vi­sion stu­dios trans­for­med, for the first time, in­to a bien­nial vil­lage. “Pro­du­cing the com­mon” was this year’s theme— bo­th­fa­shio­nable and (over­ly) broad theme, as is of­ten the case with bien­nials. There was al­so much talk about cos­mo­lo­ca­lism and Afro­po­li­ta­nism. “What drives this bien­nial is above all a de­sire to show high-qua­li­ty art in a set­ting where the dif­fe­rences add up ins­tead of can­ce­ling each other out, and not to make an Afri­can sta­te­ment,” em­pha­si­zed Elise Atan­ga­na, ano­ther of the cu­ra­tors, born in Ca­me­roon and now wor­king in France. While main­tai­ning their va­ried pro­files, Da­ma­ni, Elise Atan­ga­na and Smooth Ugo­chuk­wu Nze­wi, a Ni­ge­rian li­ving in the U.S., suc­cee­ded in spea­king in a single voice. “We wan­ted to see thin­king em­bo­died in forms and ma­te­rials, in pain­ting, sculp­ture and dra­wing, al­though we al­so have ins­tal­la­tions and vi­deos,” says Da­ma­ni. “Fur­ther­more, this bien­nial of­fers the pos­si­bi­li­ty to show works that could not be shown el­sew­here, with forms that the con­tem­po­ra­ry mains­tream would find dis­con­cer­ting.” The ex­hi­bi­tion was joyous­ly he­te­ro­ge­neous and the layout de­si­gn far bet­ter concei­ved than during the pre­vious edi­tion. One of the se­quences is de­vo­ted to ar­chi­tec­ture and ter­ri­to­ries. Stan­ding there is Ka­der At­tia’s Hô­tel de l’in­dé­pen­dance, a new piece that uses file ca­bi­nets found in a di­su­sed Al­ge­rian ad­mi­nis­tra­tion buil­ding to re­pli­cate the mo­der­nist ar­chi­tec­ture of a now- aban­do­ned Da­kar ho­tel whose name is freigh­ted with sym­bo­lism. Han­ging near­by is

Un­ter uns by the Al­ge­rian Driss Oua­da­hi, a pain­ting ba­sed on pho­to­gra­phic frag­ments of a fan­ta­sy buil­ding. Si­mi­lar new ur­ban uni­verses ap­pear in the work of Ju­lie Meh­re­tu, and, in an en­ti­re­ly dif­ferent way, that of the Ni­ge­rian pain­ter Chike Obea­gu. The whole room is ba­thed in the sound of Wael Shaw­ky’s vi­deo Al Ara­ba Al

Mad­fu­na 2. The work of this “ar­tist of syn­the­sis who is no lon­ger hung up about Eu­rope is ba­sed on the idea that Afri­ca does not in­he­rit mo­der­ni­ty but al­so pro­duces it,” ex­plains Da­ma­ni. Ano­ther room takes up the ques­tion of ab­sence, in­tro­du­ced by an ins­tal­la­tion by the Tu­ni­sian Fa­ten Rouis­si, Fan­tôme de la li­ber­té (a title ta­ken from the Buñuel film of the same name), with 17 yel­low toi­lets around a ne­go­tia­tions table, re­pre­sen­ting the fai­lure of the post-re­vo­lu­tion par­lia­ment. Be­hind it is pro­jec­ted an ex­cellent film by John Akom­frah, from Gha­na, now Bri­tish, al­so about ab­sence, the di­sap­pea­rance of the sto­ry be­hind a Black man and wo­man por­trayed in en­gra­vings by Dü­rer. No­thing is known about them to­day; the vi­deo re­counts their ima­gi­na­ry lives. A num­ber of pieces have visual ele­ments in com­mon, while others are ba­sed on ar­chi­val ma­te­rials, such as the film by Al­ge­ria’s Ami­na Me­nia, seen at the Shar­jah bien­nial, “a count­down be­fore the Al­ge­ria war, an image of the fai­lure of mo­der­ni­ty,” she says, and a vi­deo by Ali Es­sa­fi, who found three films in the state ar­chives of Mo­roc­co and Al­ge­ria and then sub­ver­ted them to re­count the his­to­ry of these two coun­tries. The vi­sit comes to an end, as Atan­ga­na ex­plains, with the room cal­led Ano­ny­mous. The ar­tists were in­vi­ted to each contri­bute a work or an ob­ject to be shown with no wall la­bel or si­gna­ture, in a jab at the art mar­ket, an echo of the so­cal­led au­thor­less art­works of Afri­ca and Ocea­na, a sug­ges­tion that the fu­ture of hu­ma­ni­ty will be construc­ted ano­ny­mous­ly (with open soft­ware, for example) and in re­cog­ni­tion of recent re­vo­lu­tio­na­ry mo­ve­ments that have chan­ged the course of his­to­ry. This ex­hi­bi­tion pro­ba­bly re­sem­bled a cu­rio­si­ty ca­bi­net, but there wasn’t enough time to see it. “We had to cea­se­less­ly ap­peal to our crea­ti­vi­ty i n or­ga­ni­zing this bien­nial,” said Da­ma­ni. Vi­si­tors sense the for­mi­dable com­pe­tence of the ar­ti­sans, but other skill sets are la­cking, no­ta­bly in terms of ma­na­ge­ment. In ano­ther in­no­va­tion, this time suc­cess­ful, an ex­hi­bi­tion cal­led

Dak’art au cam­pus was held in the uni­ver­si­ty bo­ta­ni­cal gar­den. Along­side work by Bob Ver­schue­ren and Bar­thé­lé­my To­go, among others, Nils Udo made a re­fuge among the roots of a giant ka­pok tree sur­roun­ded by vines and nest­led i nto a bam­boo wind­shield, a ma­gni­ficent me­ta­phor for the ori­gin of life. Al­so worth a vi­sit is the ho­mage to Mous­ta­pha Di­mé, a Go­rée ar­tist who died in 2013, sup­por­ted by the Bla­chère foun­da­tion. On the other hand, the ex­hi­bi­tion at the I FAN ( I n s t i t u t Fon­da­men­tal d’Afrique Noire) is weak, with the ex­cep­tion of the art brut-like pain­tings of the Da­nish Finn Thor­stein. “Wi­thout the Off, the In wouldn’t have sur­vi­ved,” re­marks Aïs­sa Dione, who used to own a gal­le­ry in town and re­gu­lar­ly shows art­works in her home (she is the foun­der of a company that makes fa­brics and fur­ni­ture using tra­di­tio­nal skills). The spon­ta­neous events at the Off were li­ve­ly once again this year. A num­ber of ve­nues were in­vol­ved, such as the Bis­cui­te­rie and the Fon­da­tion To­tal. The Ins­ti­tut Fran­çais’s Ma­nège gal­le­ry fea­tu­red wall han­gings by t h e Ma­lian a r t i s t Ab­du­laye Ko­na­té,(1) su­perb strips of sewn cloth sus­pen­ded in space, re­flec­ting a cloth-ma­king tra­di­tion still strong in Ma­li. Some are abs­tract; others ra­ther en­ga­ged, in op­po­si­tion to re­li­gious fun­da­men­ta­lism and dic­ta­tor­ship. Ano­ther must- see site, the Raw Ma­te­rial Company, fea­tures a cou­ra­geous ex­hi­bi­tion about ho­mo­sexua­li­ty in Afri­ca, a ta­boo sub­ject if ever there was one, since this prac­tice is ille­gal in 38 of the continent’s 58 states, as the art cen­ter’s foun­der Koyo Kouoh em­pha­sizes.

Pre­ca­rious Imaging is part of a se­ries of se­mi­nars and work­shops car­ried out in part­ner­ship with lo­cal or­ga­ni­za­tions over the course of a year. This ex­hi­bi­tion in­cludes pho­tos by Za­nele Mu­ho­li seen at the last Do­cu­men­ta and the Ka­der At­tia vi­deo Col­lages (2011), por­traits of trans­sexuals in Pa­ris, Al­giers and Bom­bay. This sub­ject is dealt with ve­ry lit­tle anyw­here Off or In, with the ex­cep­tion of Dione’s home ex­hi­bi­tion of work by Mame-Diar­ra Niang, and, in the bien­nial’s in­ter­na­tio­nal ex­hi­bi­tion, the co­mic books of Mi­lumbe Haimbe (the on­ly ar­tist from Zam­bia to be shown at Dak’art for a de­cade), which pose a female al­ter­na­tive to Wes­tern culture’s usual su­per­he­roes. From In to Off, Dak’Art 2014 is in full growth. A fea­si­bi­li­ty stu­dy is being conduc­ted re­gar­ding the bien­nial’s trans­form in­to a foun­da­tion to al­low it to func­tion more smooth­ly, es­pe­cial­ly on the fi­nan­cial front. Al­though ma­ny Afri­can ar­tists these days are still more in­ter­es­ted in loo­king North, and des­pite all the ma­te­rial dif­fi­cul­ties, it would seem that they are be­gin­ning to note the im­por­tance of what’s hap­pe­ning in Da­kar.

Trans­la­tion, L-S Tor­goff

(1) His work was shown in the ex­hi­bi­tion Dé­co­rum at the Mu­sée d’Art Mo­derne de la Ville de Pa­ris.

Ci-des­sus / above: John Akom­frah. « Pe­ri­pe­teia ». Prod. So­mo­king Dogs Film Page de droite /page right: « Dak’art au cam­pus ». OEuvre de Nils Udo Ab­dou­laye Ko­na­té. « Le pou­voir du tex­tile », Ma­nège, Ins­ti­tut fran­çais

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