Neil Be­lou­fa

Fon­da­tion d’en­tre­prise Ri­card/ 1er avril - 24 mai 2014

Art Press - - ART PRESS 413 - Anaël Pi­geat

« Google est mieux construit que ce que je vais y cher­cher », dit Neïl Be­lou­fa. Et c’est en ver­tu de ce prin­cipe qu’il a construit son ex­po­si­tion comme une in­ter­face com­plexe, un énorme dis­po­si­tif qui lui a per­mis de pro­duire un film live dif­fu­sé sur un pe­tit écran der­rière une co­lonne dans la der­nière salle : la Ca­nette de mon coeur. Cette oeuvre est l’en­jeu du par­cours, mais il faut beau­coup de dé­tours pour y ar­ri­ver. Le vi­si­teur marche entre des sculp­tures au­to­nomes – au sens où elles ne donnent pas lieu à des images fil­mées – et d’autres qui servent de sup­port à de mi­nus­cules pla­teaux de tour­nage ponc­tués d’ef­fets spé­ciaux bri­co­lés et sur­veillés par des ca­mé­ras ar­ti­cu­lées, cel­les­là même qui captent en di­rect les images du pe­tit film au fond de l’ex­po­si­tion, « comme une pièce de théâtre re­trans­mise ». Ces sculp­tures, qui sont en quelque sorte de la « ma­tière à pro­duire », vont par paires : bureaux à l’es­thé­tique de salle de sport jon­chés de vieux mé­gots avec une selle de vé­lo en guise de chaise, racks de ran­ge­ment cou­lis­sants où sont conser­vés les restes des ci­ga­rettes fu­mées par Neïl Be­lou­fa pen­dant le mon­tage, fausses portes so­li­taires mu­nies de comp­teurs qui en­re­gistrent des bat­te­ments désor­don­nés. Les images de la Ca­nette de mon coeur, sai­sies en di­rect sur cha­cune des sculp­tures se­lon un pro­gramme in­for­ma­tique so­phis­ti­qué, ré­vèlent quatre « per­son­nages » re­pré­sen­tés res­pec­ti­ve­ment par une ca­nette, une ci­ga­rette, une bou­teille et un pot de fleurs. Ils « jouent » les rôles des quatre ac­teurs d’un autre film, Brune Re­nault (2010), qui est lui pro­je­té en for­mat ci­né­ma dans un es­pace où des chaises sont ins­tal­lées. Le fond so­nore et les dia­logues de cette oeuvre baignent tout le par­cours : deux filles et deux gar­çons entrent et sortent d’une voiture dans un par­king ; ils se dé­chirent sur un ton de sit­com. Mais, bien que l’on ait par­fois l’im­pres­sion que la voiture roule à vive al­lure, elle est po­sée sur des cales et cou­pée en quatre – c’est comme une image sous Pho­to­shop, on peut en­trer de­dans, sou­ligne Neïl Be­lou­fa. Toute l’ex­po­si­tion est syn­chro­ni­sée et consti­tue une vaste mise en abîme d’un tour­nage dans un film, mon­tré dans son dé­cor même. Ce­la n’est pas une nou­veau­té chez Neïl Be­lou­fa ; en 2012 au Pa­lais de To­kyo, lors de sa der­nière grande ex­po­si­tion à Pa­ris, les In­ou­bliables prises d’au­to­no­mie, il avait mon­tré une sé­rie de vi­déos dans les es­paces mêmes du sous-sol où elles avaient été tour­nées au cours d’une fête quelques jours avant le ver­nis­sage. Avec En tor­rent et se­cond jour à la Fon­da­tion Ri­card, son tra­vail foi­son­nant semble avoir fran­chi une étape sup­plé­men­taire dans sa maî­trise. Le titre de l’ex­po­si­tion fait al­lu­sion au tor­rent en in­for­ma­tique, l’ex­ten­sion de cer­tains fi­chiers qui per­met de faire des té­lé­char­ge­ments sur in­ter­net, et à un prin­cipe ar­chi­tec­tu­ral qui consiste à éclai­rer un lo­cal pri­vé de lu­mière par un autre qui se trouve en contact avec le jour. Et en dé­pit de son ca­rac­tère énig­ma­tique, l’ex­po­si­tion s’élu­cide alors.

“Google is bet­ter put to­ge­ther than the stuff I go there to look for,” says Neïl Be­lou­fa. That’s the prin­ciple he construc­ted this ex­hi­bi­tion on. It’s a com­plex in­ter­face, an en­or­mous ins­tal­la­tion that en­ables him to shoot a live film shown on a small mo­ni­tor be­hind a co­lumn in the last room, La Ca­nette de mon coeur (My Beer Can Heart). The vi­deo is the cen­ter­piece of the ex­hi­bi­tion, but to get to it re­quires ma­ny twists and turns. Vi­si­tors walk bet­ween sculp­tures, some au­to­no­mous (in the sense that they do not pro­duce fil­med images) and others that hold up ti­ny stage sets punc­tua­ted by home-made spe­cial ef­fects and ob­ser­ved by a net­work of sur­veillance ca­me­ras that cap­ture, live, the images ap­pea­ring in the lit­tle mo­vie shown in the ex­hi­bi­tion’s last room, “like a re­trans­mis­sion of a play. ” These sculp­tures, which, in a way, serve as “pro­duc­tion ma­te­rial,” come in pairs: gym-style desks lit­te­red with old ci­ga­rette butts, and a bi­cycle seat ins­tead of a chair; sli­ding sto­rage shelves hol­ding the re­mains of ci­ga­rettes Be­lou­fa smo­ked during the as­sem­bly; so­li­ta­ry false doors equip­ped with coun­ters that re­cord their ir­re­gu­lar ope­ning and clo­sing. The images in Ca­nette de mon coeur, shot live on each of the sculp­tures gui­ded by a ve­ry so- phis­ti­ca­ted com­pu­ter pro­gram, fea­ture four “cha­rac­ters,” re­pre­sen­ted, res­pec­ti­ve­ly, by a can, a ci­ga­rette, a bot­tle and a flo­wer­pot. They “play” the roles of four ac­tors in ano­ther mo­vie, Brune Re­nault (2010), pro­jec­ted in thea­ter for­mat in a space equip­ped with chairs. The sound­track and dia­logues from this film im­pre­gnate the whole ex­hi­bi­tion. Two boys and two girls climb in­to and out of a car in a par­king lot; they flail at each other in sit-com fa­shion. But while i t so­me­times seem as though the car is spee­ding, it’s real­ly sit­ting on blocks and cut in­to four pieces. “It’s like a Pho­to­shop­ped picture,” Be­lou­fa ex­plains. “You can get right in.” The whole ex­hi­bi­tion is syn­chro­ni­zed so as to consti­tute a vast mise-en-abyme, a film of the shoo­ting of a film shown in the stage set it­self. This is not so­me­thing new for Be­lou­fa; in 2012 at the Pa­lais de To­kyo, his last ma­jor Pa­ris ex­hi­bi­tion, Les In­ou­bliables prises d’au­to­no­mies, he sho­wed a se­ries of vi­deos in the same un­der­ground space where they had been shot during a par­ty a few days be­fore the ope­ning. But with this cur­rent ex­hi­bi­tion his pro­li­fe­rate and enig­ma­tic work seems to have gone to a hi­gher le­vel of mas­te­ry. He ex­hi­bi­tion’s title, En tor­rent et en se­cond jour, is an al­lu­sion to tor­rents, file ex­ten­sions that make it pos­sible to down­load peer-to-peer files on the In­ter­net, and al­so to an ar­chi­tec­tu­ral prin­ciple that consists of ligh­ting up a dark ve­nue using light from ano­ther where day­light is shi­ning. Des­pite its enig­ma­tic cha­rac­ter, this show is illu­mi­na­ted.

Trans­la­tion, L-S Tor­goff

Toutes les images/ all images: Vues de l'ex­po­si­tion Neïl Be­lou­fa, « En tor­rent et se­cond jour ». (Ph. Au­ré­lien Mole). “In a tor­rent and on the se­cond day”

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