Mar­tin Sze­ke­ly

Blon­deau & Cie / 22 mai - 25 juillet 2014

Art Press - - EXPOSITIONS -

Mar­tin Sze­ke­ly a dé­ci­dé, de­puis 1996, de ne plus des­si­ner. Cette contrainte éri­gée en mot d’ordre, qui contre­dit jus­qu’à la dé­no­mi­na­tion de son mé­tier de de­si­gner, on peut ima­gi­ner qu’elle re­nou­velle, voire re­dé­ter­mine son ac­ti­vi­té. Les im­pli­ca­tions de ce pro­gramme pa­ra­doxal furent en ef­fet si im­por­tantes que ces trois mots – ne plus des­si­ner – ser­virent de titre à son ex­po­si­tion au Centre Pom­pi­dou en 2012. L’ab­sence de des­sin pré­pa­ra­toire per­met en ef­fet que la forme soit dé­ter­mi­née non plus par une quel­conque fa­conde créa­trice, mais par des don­nées ex­té­rieures et ob­jec­tives, telles que la fonc­tion de l’ob­jet et les pro­prié­tés des ma­té­riaux qui le com­posent. Sze­ke­ly a le goût des ma­té­riaux au­da­cieux et des rap­pro­che­ments im­pro­bables. Mais pour cette pre­mière ex­po­si­tion de­puis sa ré­tros­pec­tive pa­ri­sienne, il s’en tient à la pierre d’une part et à l’alu­mi­nium d’autre part. L’ab­sence de des­sin sup­pose aus­si que le tra­vail puisse être dé­crit par les seuls mots. Un ga­let est ra­mas­sé sur une plage. La plage est nor­mande et le caillou plat. Il est alors scan­né puis re­pro­duit, agran­di, sur d’autres blocs de quart­zite. Ces pierres, en forme de ga­let mais à la taille d’un meuble (une table de sa­lon et deux « side tables »), sont évi­dées, mon­tées sur de fins pieds do­rés et en­fin dis­po­sées dans l’es­pace de la ga­le­rie. Au-de­là de l’ab­sur­di­té poé­tique consis­tant à tailler un caillou en forme de caillou (la­dite ab­sur­di­té né­ces­si­tant, au pas­sage, une maî­trise tech­nique as­sez spec­ta­cu­laire), ces ob­jets ont surtout un sta­tut am­bi­gu, que pointe aus­si leur titre : Ar­te­fact. Ce mot qui dé­si­gnait une in­co­hé­rence ex­pé­ri­men­tale en est ve­nu, au dé­tour d’un an­gli­cisme, à s’ap­pli­quer à tout ob­jet créé de main d’homme. Et en ef­fet, tout en ne don­nant à voir qu’une forme pré­le­vée dans la na­ture et un ma­té­riau is­su de la croûte ter­restre, Sze­ke­ly noue, non sans iro­nie, l’his­toire de la mi­me­sis à celle du mé­ta­mor­phisme. MAP, la se­conde sé­rie pré­sen­tée, s’ins­crit plus dans la conti­nui­té de son tra­vail. À par­tir de deux mo­dules d’alu­mi­nium ano­di­sé, un car­ré et son double rec­tangle, il dé­cline huit tables pos­sibles, de la console d’angle à la table de ré­cep­tion. On re­trouve donc ici la mé­thode d’agen­ce­ment de mo­dules, dé­jà pré­sente dans l’Éta­gère T5 par exemple, ain­si que son ques­tion­ne­ment ré­cur­rent sur les dif­fé­rents usages d’un même meuble, ques­tion­ne­ment qu’il mène en ma- nière de sys­tème, pro­gres­sant du simple au plus éla­bo­ré. Trois re­vê­te­ments dif­fé­rents – noir, bronze et or – ajoutent de la com­plexi­té à ce tra­vail com­bi­na­toire. Ils per­mettent de sin­gu­la­ri­ser chaque table réa­li­sée au sein d’une même sé­rie et de lais­ser chaque sé­rie dé­fi­ni­ti­ve­ment in­ache­vée puisque, étant li­mi­tée à 7+2 exem­plaires, elle ne pour­ra épui­ser tous les agen­ce­ments pos­sibles. Sze­ke­ly cherche à re­tran­cher ses tra­vaux jus­qu’au lieu com­mun, ce qui lui fait dé­fi­nir la table comme un ma­té­riau qui isole du sol. Dès lors, la pierre et les mo­dules dé­cli­nés posent deux ja­lons – le plus pri­mi­tif et le plus so­phis­ti­qué – entre les­quels une his­toire des usages peut s’énon­cer.

David M Le­maire Mar­tin Sze­ke­ly de­ci­ded to stop dra­wing in 1996. As one can ima­gine, this self-im­po­sed constraint, a watch­word ne­ga­ting the act that de­fines what de­si­gners do, led to a re­ne­wal of his prac­tice, and even its re­de­fi­ni­tion. The im­pli­ca­tions of this pa­ra­doxi­cal pro­ject were so im­por­tant that these three words, Ne plus des­si­ner (No more dra­wing), ser­ved as the title for his 2012 show at the Pom­pi­dou Cen­ter. The lack of a pre­pa­ra­to­ry dra­wing means that the form is no lon­ger de­ter­mi­ned by slick ima­gi­na­tion but ra­ther by ex­ter­nal, ob­jec­tive cri­te­ria such as the ob­ject’s func­tion and the pro­per­ties of the ma­te­rials it is made of. Sze­ke­ly has a taste for au­da­cious ma­te­rials and im­pro­bable com­bi­na­tions. But for this first show since his 2012 re­tros­pec­tive, he stuck to stone and alu­mi­num. The ab­sence of a dra­wing pre­sup- poses that a pros­pec­tive ob­ject can be des­cri­bed by words alone. A pebble pi­cked up on a beach. The beach is in Nor­man­dy, and the stone is flat. It is scan­ned and then re­pro­du­ced, blown up, out of other pieces of quart­zite. These stones, sha­ped like pebbles but as big as fur­ni­ture (a li­ving room table and two side tables), are hol­lo­wed out, moun­ted on thin gil­ded feet and then pla­ced in a gal­le­ry space. Aside from the poe­tic ab­sur­di­ty of car­ving a pebble to re­semble a pebble (an ab­sur­di­ty, by the way, that re­quires a spec­ta­cu­lar tech­ni­cal mas­te­ry to achieve), these am­bi­guous ob­jects are cha­rac­te­ri­zed by their am­bi­guous sta­tus, in­di­ca­ted in their title as well: Ar­te­fact. This term, which in French once de­si­gned a false ex­pe­ri­men­tal re­sult, has come, to mean, through the in­fluence of the En­glish word, all ob­jects crea­ted by hu­man beings. By the sim­ply sho­wing us a form found it na­ture and a ma­te­rial from the Earth’s crust, Sze­ke­ly iro­ni­cal­ly as­so­ciates the his­to­ry of mi­me­sis and that of geo­lo­gi­cal me­ta­mor­phism. MAP, the se­cond se­ries present in his new show, is more in conti­nui­ty with the rest of his bo­dy of work. Using two ano­di­zed alu­mi­num­mo­dules, a square and its rec­tan­gu­lar double, he concei­ved eight pos­sible va­ria­tions, eight kinds of table ran­ging from a cor­ner console table to a re­cep­tion table. We have seen this me­thod of ar­ran­ging mo­dules be­fore, in his T5 book­case, for example. He makes a ha­bit of in­ter­ro­ga­ting the dif­ferent uses of a single kind of fur­ni­ture, mo­ving sys­te­ma­ti­cal­ly from the most simple to the most com­plex. Three dif­ferent coa­tings—black, bronze and gold— add to the com­plexi­ty of this com­bi­na­to­ry work. They make it pos­sible to create va­rious unique tables as part of a single se­ries, and leave each se­ries de­fi­ni­ti­ve­ly un­fi­ni­shed. A se­ries limited to 7 + 2 mo­dels can­not ex­haust all the pos­sible va­ria­tions. Sze­ke­ly seeks to re­duce his work to the com­mon­place. Conse­quent­ly he de­fines a table as a ma­te­rial that keeps things off the floor. In sum, his va­ria­tions on stones and mo­dules re­present two end­points—one the most pri­mi­tive, the other the most so­phis­ti­ca­ted— bet­ween which a his­to­ry of uses could be writ­ten.

Trans­la­tion, L-S Tor­goff

De haut en bas / from top: Vues de l’ex­po­si­tion. Ex­hi­bi­tion views « Map ». Alu­mi­nium ano­di­sé. Ano­di­zed alu­mi­num « Ar­te­fact ». Quart­zite

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