Le Mur- OEuvres de la col­lec­tion An­toine de Gal­bert

Mai­son Rouge/ 14 juin - 21 sep­tembre 2014

Art Press - - EXPOSITIONS -

Pour son dixième an­ni­ver­saire, la Mai­son Rouge re­noue avec son acte fon­da­teur. Le Mur dresse un au­to­por­trait de son fon­da­teur An­toine de Gal­bert à tra­vers sa col­lec­tion per­son­nelle cons­ti­tuée au cours des trente der­nières an­nées. En juin 2004, l’In­time, le col­lec­tion­neur der­rière la porte avait mis en si­tua­tion les oeuvres d’une quin­zaine de col­lec­tion­neurs par­mi des ob­jets du quo­ti­dien, et po­si­tion­nait la Mai­son Rouge dans le pay­sage cultu­rel comme « une pa­ren­thèse par es­sence sub­jec­tive » (1). « L’idée de cette ex­po­si­tion est née de l’ob­ser­va­tion quo­ti­dienne de ma bi­blio­thèque, où le clas­se­ment al­pha­bé­tique des mo­no­gra­phies crée d’in­vrai­sem­blables voi­si­nages […] Dé­lais­sant l’idée, dé­jà ex­plo­rée par cer­tains com­mis­saires d’ex­po­si­tion, d’un ac­cro­chage par ordre al­pha­bé­tique, j’ai choi­si de pré­sen­ter l’es­sen­tiel des oeuvres mu­rales à l’aide d’un lo­gi­ciel ren­sei­gné seule­ment par le for­mat des en­ca­dre­ments et les nu­mé­ros d’in­ven­taire. » Le ré­sul­tat prend la forme d’un long ruban où près de 1200 oeuvres in­ves­tissent l’in­té­gra­li­té des ci­maises, jux­ta­po­sant les oeuvres mu­rales mo­dernes et contem­po­raines, sans que rentre en compte dans l’ac­cro­chage d’autres va­riables que la taille. On pou­vait craindre de ce pro­cé­dé un gim­mick, une pré­cio­si­té d’ac­cro­chage. Que la for­mule de cal­cul uti­li­sée porte le nom ro­ma­nesque de « mé­thode de Monte-Car­lo », en ré­fé­rence aux jeux de ha­sard qui y sont pra­ti­qués, n’ar­range pas les choses. En réa­li­té, le geste sonne juste. D’une part, parce que le goût, dans le cas d’une col­lec­tion pri­vée, four­nit un sol com­mun aux oeuvres. D’autre part, en rai­son de la na­ture même des oeuvres. En ef­fet, c’est une ma­té­ria­li­té jouissive et dé­com­plexée qui se fait jour : la chair est tan­tôt meur­trie, tan­tôt joyeuse ; la sur­face clo­quée ou dé­mem­brée; et l’em­bra­se­ment, dont on ne sait s’il est dû aux flammes de la ré­volte ou à l’éro­tisme fron­deur, n’est ja­mais loin. Cha­cune des oeuvres ne semble ap­pa­raître que plus in­ten­sé­ment lors­qu’elle est pla­cée en ten­sion, et, pour cer­taines, il est même peu pro­bable que la « cel­lule blanche » leur fasse jus­tice. No­tons l’in­vi­ta­tion faite à Claude Ru­tault, dont le pro­to­cole dé­fi­ni­tion/mé­thode ponc­tue le Mur de toiles mo­no­chromes qui adoptent la cou­leur de la ci­maise sur la­quelle elles sont ac­cro­chées. Fin mai, l’édi­tion 2014 du Fes­ti­val de l’his­toire de l’art pre­nait pour thème la col­lec­tion. À l’au­tomne, Fran­çois Pi­nault mon­trait la sienne à la Concier­ge­rie, tan­dis que Dan Walsh in­ves­tis­sait la Mai­son Rouge. Un in­té­rêt gran­dis­sant qui n’a rien de sur­pre­nant. À l’ombre de la fi­gure du cu­ra­teur sur le­quel sont bra­qués tous les pro­jec- Vue de l’ex­po­si­tion. (Ph. M. Do­mage) Ex­hi­bi­tion view teurs, la no­tion de sub­jec­ti­vi­té et l’ap­proche trans­ver­sale de la créa­tion in­hé­rente à la col­lec­tion per­mettent d’en faire un ter­rain d’ex­pé­ri­men­ta­tion pri­vi­lé­gié. Et de tra­cer, sans craindre le re­proche du geste d’au­teur, des car­to­gra­phies in­tui­tives et des che­mins de tra­verse, qui donnent à voir au­tant de re­pré­sen­ta­tions du monde.

In­grid Lu­quet-Gad (1) Les ci­ta­tions sont ex­traites de l’avant­pro­pos d’An­toine de Gal­bert au ca­ta­logue de l’ex­po­si­tion. Foun­ded to show pri­vate col­lec­tions, La Mai­son Rouge is ce­le­bra­ting ten years of ac­ti­vi­ty by sho­wing its foun­der’s pri­vate col­lec­tion, put to­ge­ther over thir­ty years. This space ope­ned in 2004 with L’In­time, le col­lec­tion­neur der­rière la porte, li­te­ral­ly ope­ning the door on­to the in­ter­iors of some fif­teen col­lec­tors, sur­roun­ded by fur­ni­ture and other eve­ry­day ob­jects, po­si­tio­ning La Mai­son Rouge as “a pa­ren­the­sis that is by es­sence sub­jec­tive.”(1) “The idea for this ex­hi­bi­tion came from eve­ry­day ob­ser­va­tion of my book­shelves, where the al­pha­be­ti­cal or­de­ring of the mo­no­graphs creates some ve­ry un­li­ke­ly bed­fel­lows. […] Aban­do­ning the idea of al­pha­be­ti­cal or­der, which some cu­ra­tors have al­rea­dy ex­plo­red, I have cho­sen to present most of the mu­ral works in my col­lec­tion using a soft­ware in­to which is fed on­ly the for­mat of the frames and the in­ven­to­ry num­bers.” The re­sult takes the form of a long rib­bon of 1,200 works, co­ve­ring the en­tire sur­face of the picture walls, jux­ta­po­sing mo­dern and con­tem­po­ra­ry picture walls in a han­ging dic­ta­ted so­le­ly by size and fit. One might fear that this was no­thing more than a gim­mick, a bit of pre­cious­ness, and the fact that the po­si­tio­ning of the works was de­ter­mi­ned by a soft­ware with the co­lor­ful name of “the Monte Car­lo me­thod” (games of chance, right?), hard­ly reas­sures. In rea­li­ty, though, it works ra­ther well. For one thing, be­cause the pieces in a pri­vate col­lec­tion na­tu­ral­ly all re­flect the same per­son’s taste. But al­so be­cause of the na­ture of the works them­selves. These convey a sense of plea­su­rable, unin­hi­bi­ted ma­te­ria­li­ty. The flesh is so­me­times brui­sed, so­me­times joyous, the sur­face blis­te­red or dis­mem­be­red, and there is al­ways a sense of im­mi­nent confla­gra­tion, whe­ther in revolt or out of sub­ver­sive ero­ti­cism. The works gain in in­ten­si­ty when pla­ced in ten­sion with others and some, you sus­pect, would not be at their best sur­roun­ded by white. Note al­so the in­vi­ta­tion made to Claude Ru­tault, whose de­fi­ni­tion/me­thod pro­to­col punc­tuates this Wall with mo­no­chrome can­vases in the same co­lor as the picture wall on which they are pla­ced. In late May, the 2014 edi­tion of the art his­to­ry fes­ti­val was ba­sed on the theme of col­lec­tions. In the au­tumn last year, Fran­çois Pi­nault sho­wed his col­lec­tion at the Concier­ge­rie, while DanWalsh took over the Mai­son Rouge. The coin­ci­dence is hard­ly sur­pri­sing. In the sha­dow of the cu­ra­tor fi­gure, still in the spot­light, the no­tion of sub­jec­ti­vi­ty and the cross-boun­da­ry ap­proaches to art that we as­so­ciate with the col­lec­tion make it an ex­cellent ter­rain for ex­pe­riment. What we get here are in­tui­tive car­to­gra­phies, side trails, each one a representation of the world, but wi­thout the sus­pi­cion of au­teur ar­ro­gance.

Trans­la­tion, C. Pen­war­den (1) The quo­ta­tions come from An­toine de Gal­bert’s es­say in the ex­hi­bi­tion ca­ta­logue.

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