An­ge­li­ka Mar­kul

Art Press - - EXPOSITIONS - Ju­lie Crenn

Mai­son des arts / 20 sep­tembre - 16 no­vembre 2014 L’es­pace in­té­rieur de la Mai­son des Arts de Ma­la­koff est re­con­fi­gu­ré. An­ge­li­ka Mar­kul s’en est em­pa­ré pour construire ce qui peut s’ap­pa­ren­ter à un vais­seau qui nous trans­por­te­rait aus­si bien sous la terre et que dans le ciel. Au rez-de-chaus­sée, dans une lu­mière jaune et sourde, une sculp­ture re­pose contre le mur. De la ma­tière sombre vient s’im­bri­quer dans une struc­ture an acier blanc. De quoi s’agi­til ? De la terre sé­chée ? De la cire noire ? L’échan­tillon d’une croûte ex­tra­ter­restre ? Le mys­tère s’ins­talle dans une am­biance post-apo­ca­lyp­tique. Plus loin, nous sommes in­vi­tés à re­trou­ver notre che­min sur une longue table d’orien­ta­tion dont la sur­face est re­cou­verte d’une couche de cire rouge, épaisse et fon­due. L’im­pres­sion est double, notre oeil semble à la fois lon­ger la sur­face in­hos­pi­ta­lière d’une pla­nète in­con­nue, et s’en­fon­cer sous terre, au coeur d’un vol­can en fu­sion – une dua­li­té qui tra­verse toute l’ex­po­si­tion. Par un as­cen­seur, nous ac­cé­dons au pre­mier étage qui est plon­gé dans l’obs­cu­ri­té. L’avan­cée se fait à tâ­tons vers une source lu­mi­neuse. Les murs sont to­ta­le­ment re­cou­verts de bâches plas­tiques épaisses et frois­sées. Au fil des pas, l’oeil s’ac­com­mode du manque de lu­mière, le plas­tique de­vient vi­sible, nous pas­sons ain­si de la grotte au vais­seau. Sur un grand écran, est pro­je­té le film Terre de dé­part (2013). Ce der­nier a été réa­li­sé sur le toit d’un ob­ser­va­toire im­plan­té à plus de 5 000 mètres d’al­ti­tude en plein coeur du dé­sert mon­ta­gneux d’Ata­ca­ma au Chili. Il s’agit de la zone géo­gra­phique la moins pol­luée de la pla­nète, un lieu idéal pour ob­ser­ver la voûte cé­leste. L’ar­tiste y a réa­li­sé des mil­liers de cli­chés pho­to­gra­phiques qu’elle a en­suite mon­tés entre eux pour réa­li­ser un film. Les images montrent la course des étoiles, les chan­ge­ments lu­mi­neux et d’autres phé­no­mènes im­per­cep­tibles à l’oeil nu. Une bande so­nore dis­tille des bruits de frot­te­ments, d’im­pacts. En­re­gis­trés par les sondes de la NA­SA, les sons pro­viennent de l’uni­vers. L’ar­tiste nous faire voir et en­tendre l’in­vi­sible et l’in­au­dible. Ata­ca­ma est un lieu demé­moire pour les Chi­liens. Il est d’abord un pré­cieux site ar­chéo­lo­gique, les mon­tagnes d’Ata­ca­ma étaient un lieu sa­cré pour les In­cas. Il est aus­si le lieu du trau­ma­tisme, puisque du­rant la dic­ta­ture mi­li­taire d’Au­gus­to Pi­no­chet (1973-1990), les ca­davres des vic­times des camps de concen­tra­tions, des exac­tions et tor­tures, sont je­tés par avion. Le dé­sert se trans­forme en char­nier. Au­jourd’hui en­core, les fa­milles fouillent le sable à la re­cherche d’os­se­ments et d’in­dices sur la dis­pa­ri­tion de leurs proches. An­ge­li­ka Mar­kul éta­blit des liens entre la terre et le ciel, le pas­sé et le pré­sent, la mé­moire et l’ou­bli, le dé­part et la fin. En ins­tau­rant des rap­ports di­cho­to­miques, elle creuse les rap­ports com­plexes entre l’hu­main, son en­vi­ron­ne­ment et tout ce qui le dé­passe. The space of the Mai­son des Arts de Ma­la­koff has been re­con­fi­gu­red. An­ge­li­ka Mar­kul has ta­ken it over to build what seems like a ves­sel for jour­neys both un­der­ground and in the sky. On the first floor, in mu­ted yel­lo­wish light, a sculp­ture leans against the wall. Dark mat­ter is in­crus­ted in a white steel struc­ture. What is it? Dried earth? Black wax? A sam­pling from an ex­tra­ter­res­trial crust? Mys­te­ry per­vades the post-apo­ca­lyp­tic at­mos­phere. Fur­ther on, we are of­fe­red a pa­no­ra­mic table to guide us, but thick red wax has mel­ted over its top. We seem to be loo­king over the in­hos­pi­table sur­face of an unk­nown pla­net and del­ving un­der­ground, in­to the heart of a vol­ca­no in fu­sion. This dua­li­ty is found throu­ghout the show. A lift takes us to the first floor, which is shrou­ded in dark­ness. We grope our way to­wards a light source. The walls are to­tal­ly co­ve­red with thick, crum­pled plas­tic sheets. The eye gra­dual­ly learns to cope with the pal­try light and the plas­tic be­comes vi­sible. We go now from cave to ves­sel. On a big screen we see the film Terre de dé­part (2013), shot on the roof of an ob­ser­va­to­ry set at an al­ti­tude of over 5,000 me­ters in the heart of Chile’s moun­tai­nous Ata­ca­ma De­sert, the least pol­lu­ted zone on the pla­net and the­re­fore ideal for ob­ser­ving the hea­vens. Mar­kul took thou­sands of pho­to­graphs and then edi­ted them to­ge­ther to make a film sho­wing the mo­ve­ments of the stars, changes in light and other phe­no­me­na im­per­cep­tible to the na­ked eye. A sound track dis­tils sounds of fric­tion and im­pact re­cor­ded by NA­SA probes in space. The ar­tist brings us sounds and sights that are usual­ly in­ac­ces­sible. For Chi­leans, the Ata­ca­ma De­sert is a pre­cious ar­cheo­lo­gi­cal site. Its moun­tains were a ho­ly place for the In­cas. Un­der the mi­li­ta­ry dic­ta­tor­ship of Au­gus­to Pi­no­chet (19731990), it was where planes dum­ped vic­tims of the regime’s killings and tor­tures. Even today, fa­mi­lies still search the sand for bones or clues to the disappearance of lo­ved ones. Mar­kul es­ta­blishes links bet­ween earth and sky, bet­ween the present, me­mo­ry and for­get­ting, be­gin­nings and ends. By de­ve­lo­ping di­cho­to­mies, she delves in­to the com­plex re­la­tions the hu­man, its en­vi­ron­ment, and all the things beyond it.

Trans­la­tion, C. Pen­war­den

« Terre de dé­part ». (Court. Le­to, Var­so­vie). « Sans titre » (dé­tail). 2014

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