Ta­nia Mou­raud

Art Press - - EXPOSITIONS - Ju­lie Crenn Ber­trand Dom­mergue

Mac/ Val / 20 sep­tembre 2014 - 25 jan­vier 2015 En ar­ri­vant près du Mac/Val, on aper­çoit une « pein­ture abs­traite » mu­rale qui s’étire sur près de 44 mètres le long du mu­sée. On y dis­tingue des lettres en ma­jus­cules noires sur fond blanc. La lec­ture est dif­fi­cile, il faut dé­cryp­ter : « Ceux qui ne peuvent pas se rap­pe­ler le pas­sé sont condam­nés à le ré­pé­ter. » Le ton est don­né. Dans le mu­sée, il faut pé­né­trer dans la salle d’ex­po­si­tion par un sas to­ta­le­ment in­so­no­ri­sé. Le vi­si­teur est en­suite plon­gé dans un en­vi­ron­ne­ment so­nore, dans l’obs­cu­ri­té et dans un flux in­ces­sant d’images pro­je­tées sur trois écrans liés. Les images nous trans­portent au coeur d’une usine de re­cy­clage de pa­pier. Ta­nia Mou­raud filme, étape par étape, le sort ré­ser­vé aux livres. Amas­sés dans des contai­ners mé­tal­liques, ils sont ex­traits à l’aide d’une grande pince puis ré­par­tis sur des ta­pis rou­lants. Ils avancent par cen­taines vers de lourdes chaînes qui dé­chi­quetent ces ou­vrages dont les pages sont ré­duites à de pe­tits mor­ceaux de pa­pier vo­le­tant. L’ar­tiste filme cette or­ga­ni­sa­tion im­pla­cable. La com­po­si­tion so­nore (réa­li­sée en col­la­bo­ra­tion avec l’Ir­cam) est for­mée d’échan­tillons com­pi­lés et re­tra­vaillés. Ça tape, ça grince, ça dé­raille, ça claque. Les ré­fé­rences his­to­riques ne tardent pas à sur­gir, la des­truc­tion in­dus­trielle des livres nous rap­pelle de sombres pages de notre His­toire. En pro­cé­dant par échos suc­ces­sifs, Ta­nia Mou­raud nous livre ses « confi­dences » qui malmènent l’ou­bli et l’in­dif­fé­rence. As you ap­proach the Mac/Val, you see an “abs­tract pain­ting” stret­ching al­most 44 me­ters across the mu­seum’s wall. You can make out wri­ting, writ­ten in black ca­pi­tal let­ters against a white back­ground. It’s hard to read; you have to fi­gure it out slow­ly: “Those who do not re­mem­ber the past are condem­ned to re­pea­ted it.” That’s what this show is about. Inside the mu­seum, the ex­hi­bi­tion can on­ly be ac­ces­sed by going through a to­tal­ly sound­proof set of doors. Sud­den­ly vi­si­tors are plun­ged in­to a sound en­vi­ron­ment. It’s to­tal­ly dark. Images constant­ly fli­cker across three pro­jec­tion screens. They take us deep in­to a pa­per re­cy­cling fac­to­ry. Step by step, Ta­nia Mou­raud has fil­med the fate of books that end up here. A giant set of pin­cers plucks them from the me­tal contai­ners where they are hea­ped and spreads them on­to a conveyor belt. Hun­dreds at a time, they are car­ried to hea­vy chains that tear them apart un­til their pages are re­du­ced to ti­ny, flut­te­ring pieces of pa­per. We see the books ta­ken through an im­pla­ca­bly or­ga­ni­zed pro­cess. The sound­track (pro­du­ced in col­la­bo­ra­tion with the IR­CAM) is made up of com­pi­led and ma­ni­pu­la­ted sound bites—ban­ging, squea­ling, fal­ling and flap­ping. His­to­ri­cal re­fe­rences soon come to mind. The in­dus­trial des­truc­tion of books re­calls black pages in our his­to­ry. Through suc­ces­sive re­ver­be­ra­tions, Mou­raud re­veals “se­crets” that coun­te­ract for­get­ting and in­dif­fe­rence.

Trans­la­tion, L-S Tor­goff Pour sa se­conde ex­po­si­tion per­son­nelle à la ga­le­rie Chan­tal Crou­sel, Clé­ment Rod­ziels­ki re­nou­velle avec brio et ma­lice son usage de la pein­ture. Ses cinq nou­velles sé­ries réa­li­sées dans la droite ligne de sa pra­tique pic­tu­rale – dé­coupes, su­per­po­si­tions ou du­pli­ca­tions – ré­sistent à l’oeil, mais sti­mulent l’es­prit. Et si leur ac­cro­chage pré­cis et aé­ré contri­bue à la co­hé­sion de l’en­semble, l’ab­sence de titre des oeuvres ne fa­ci­lite pas leur ap­pré­hen­sion. Heu­reu­se­ment, ce­lui de l’ex­po­si­tion livre en creux un in­dice pré­cieux. En ef­fet, Fraises noires ne dé­signe pas une nouvelle va­rié­té de fruits hybrides, mais, plus pro­saï­que­ment, des té­tons. Pour un ar­tiste dont l’es­thé­tique est vo­lon­tiers qua­li­fiée d‘« abs­trac­tion concep­tuelle », ce­la pour­rait sur­prendre. Certes, Rod­ziels­ki re­prend et com­plexi­fie son jeu sur les va­ria­tions d’échelle, sa pro­pen­sion à ma­nier les ma­té­riaux (car­ton, alu­mi­nium, C-Print) et les tech­niques (feutre, pein­ture aé­ro­sol, acry­lique, encre de Chine) pour rendre la touche « pic­tu­rale » plus im­per­son­nelle, tout en conser­vant la trace du geste. Pour­tant, il in­tro­duit dans trois de ses sé­ries un nou­veau mode opé­ra­toire : poils ou té­ton de l’ar­tiste sont re­cou­verts de pein­ture et « fixés » soit par un film adhé­sif, soit par l’usage de la pho­to­gra­phie. La pré­sence du corps comme sur­face sen­sible, grâce au ré­gime in­di­ciel propre à la pho­to­gra­phie, fait alors co­exis­ter de ma­nière in­édite la pein­ture abs­traite et l’or­ga­nique. Sus­pen­dues au pla­fond comme des peaux par les fils élec­triques du scan­ner dont elles pro­viennent, des mousses dé­cou­pées, tor­dues, re­cou­vertes de touches de cou­leurs, consti­tuent de très belles pièces d’« an­ti-de­si­gn ». For his se­cond so­lo ou­ting at Chan­tal Crou­sel, Clé­ment Rod­ziels­ki has rein­ven­ted his use of paint with pa­nache and a bit of mi­schie­vous­ness. His five new se­ries—cu­touts, su­per­im­po­si­tions and du­pli­ca­tions— are in line with his pre­vious prac­tice in that they re­sist the eye and sti­mu­late the mind. While the precise, ai­ry han­ging helps ove­rall co­he­rence, the ab­sence of titles does not make them ea­sy to grasp. Lu­cki­ly, the title of the show it­self pro­vides a va­luable clue. Fraises noires (black straw­ber­ries) does not re­fer to a new hy­brid fruit, but to nipples. That might seem sur­pri­sing, co­ming from an ar­tist who rea­di­ly ac­cepts the la­bel of concep­tual abs­trac­tion. Of course Rod­ziels­ki conti­nues to play with scale, in a more com­plex way than ever, and takes a hands-on ap­proach to his ma­te­rials (card­board, alu­mi­num, C-prints) and tech­niques (mar­kers, ae­ro­sol paint, acry­lic and In­dia ink) to make the “pain­ter­ly” brushs­trokes more im­per­so­nal while re­tai­ning the traces of his ges­tu­ra­li­ty. Yet three of the new se­ries in­tro­duce a new me­thod: the ar­tist’s nipples and hair are co­ve­red with paint and “fixed,” ei­ther on adhe­sive film or by pho­to­gra­phy. Thanks to clues pro­vi­ded by pho­to­gra­phy, the pre­sence of the bo­dy as a sen­si­tive sur­face brings about a unique co­exis­tence of abs­tract and or­ga­nic pain­ting. Cut-up pieces of foam, twis­ted and co­ve­red with splotches of co­lor, hang from the cei­ling like skins on the elec­tri­cal wires of the scan­ner they come from: ex­cellent “an­ti-de­si­gn” pieces.

Trans­la­tion, L-S Tor­goff

Clé­ment Rod­ziels­ki. Vue de l’ex­po­si­tion (© Flo­rian Klei­ne­fenn). Ex­hi­bi­tion view

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.