Ryan Gan­der

Art Press - - REVIEWS - In­grid Lu­quet-Gad

GB Agen­cy/ 11 sep­tembre - 11 oc­tobre 2014 Double ac­tua­li­té pour Ryan Gan­der qui pré­sente ac­tuel­le­ment l’ex­po­si­tion Re­ti­nal Ac­counts à sa ga­le­rie pa­ri­sienne gb agen­cy, et pu­blie un ca­ta­logue mo­no­gra­phique, Cul­tu­re­field, où il ex­plore les confi­gu­ra­tions vir­tuel­le­ment illi­mi­tées des ré­so­nances entre ses oeuvres. De sa pra­tique foi­son­nante, beau­coup re­tiennent la place mé­na­gée au spec­ta­teur, ap­pe­lé à re­lier les frag­ments de ré­cit épars. Mais si l'at­ten­tion est de mise pour se re­pé­rer dans les scé­na­rios élu­sifs qu'il met en place, s'il faut se frot­ter à la tâche peu ai­sée de faire sens de ses pro­po­si­tions hé­té­ro­clites, en­trer dans son tra­vail né­ces­site de se sou­mettre à ses fa­cé­ties et d'ac­cep­ter de se lais­ser conduire à l'aveugle. Car le spec­ta­teur comme co-pro­duc­teur est en réa­li­té un leurre qui n'a d'autre fi­na­li­té que de nous em­pê­trer plus étroi­te­ment dans le ré­seau nar­ra­tif tis­sé par l'ar­tiste. « Les oeuvres que je pré­sente ici se contentent de rendre compte du monde. Un peu comme si l'on avait dé­po­sé en vrac sur une table tout un tas d'ob­jets hé­té­ro­clites dont au­cun ne se­rait par­ti­cu­liè­re­ment in­té­res­sant : il n'y a rien à en faire, rien d'autre que de les re­gar­der, d'at­ti­rer le re­gard sur eux, et ten­ter d'en rendre compte. D'où le titre, Re­ti­nal Ac­counts . » (1), dé­clare-t-il. Il ne faut pas s'y trom­per. Rendre compte du monde passe par toute une sé­rie de sub­ter­fuges, à l'image de ces trappes, portes dé­ro­bées et cou­loirs en en­fi­lade qu'il af­fec­tionne tant. Chaque image en contient une autre ; chaque oeuvre en­serre en son sein une ré­fé­rence qui sou­vent reste dans l'ombre, pa­ri sur le vi­sual lan­guage au coeur de sa pra­tique, qu'il conçoit comme un idiome uni­ver­sel. Or en dé­pit de l'hu­mour qu'on lui connaît, beau­coup d’oeuvres ap­pa­raissent comme un mi­roir ten­du au monde de l'art qui s'y re­flète à l'in­fi­ni, angles morts dans la nar­ra­tion que se pro­pose de construire l'ex­po­si­tion. On en pren­dra pour preuve Your cog­ni­tive dis­so­nance (2014), re­pro­duc­tion à échelle réelle du coin in­fé­rieur gauche de l'Ana­to­mie du Dr Tulp de Rem­brandt, ou en­core Ca­reer see­king mis­sile (2011), plan de table pour un ver­nis­sage frois­sé gi­sant au sol. En ce­la, la pu­bli­ca­tion de Cul­tu­re­field, qui en­re­gistre un tour­nant dans sa pra­tique, est de bon au­gure : « Il y a quatre ans, je me suis ren­du compte que je ne trou­vais plus le même dé­fi à faire de l'art. […] Lorsque je réa­lise une oeuvre, je la conçois à pré­sent comme un ou­til en vue de la pro­duc­tion d' un ca­ta­logue ou d'une ex­po­si­tion. ». Sou­hai­tant al­ler au-de­là de l’oeuvre in­di­vi­duelle afin de dé­pla­cer son at­ten­tion vers l'en­semble dans le­quel elle s'in­sère, le for­mat du livre offre un lieu où ex­pé­ri­men­ter plus li­bre­ment: une suc­ces­sion de plus de 500 pho­to­gra­phies en pleine page consti­tue un at­las où chaque terme fonc­tionne au même ni­veau. Que Ryan Gan­der se tourne vers le for­mat de l'ex­po­si­tion pro­met une co­hé­sion qui fait par­fois dé­faut à une oeuvre dont l'in­ven­ti­vi­té ne s'est ja­mais dé­men­tie, mais où les sé­duc­tions du mé­ta-ré­cit et les jeux d'ha­bi­li­té masquent par­fois la pro­fon­deur du tra­vail en­tre­pris sur notre rap­port quo­ti­dien au images. Ryan Gan­der cur­rent­ly has a show, Re­ti­nal Ac­counts, at his Pa­ri­sian gal­le­ry and is pu­bli­shing Cul­tu­re­field, amo­no­graph in which he ex­plores the al­most un­li­mi­ted re­so­nances bet­ween his works. Ma­ny ob­ser­vers em­pha­size the way in which Gan­der’s pro­li­fic out­put puts the bur­den of lin­king up the scat­te­red frag­ments of nar­ra­tive on the be­hol­der. But while at­ten­tion is cer­tain­ly nee­ded to orient one­self among the elu­sive sce­na­rios he sets up, and while the vie­wer must do the tough work of fin­ding amea­ning in his he­te­ro­ge­neous pro­po­si­tions, en­te­ring in­to his work al­so means ac­cep­ting his lit­tle jokes and fol­lo­wing blind­ly where he leads. For the vie­wer as co-pro­du­cer is in rea­li­ty a lure, with no other pur­pose than to en­tangle us in the web of nar­ra­tive wo­ven by the ar­tist. “The works I am sho­wing here sim­ply re­flect the world as it is. It’s as if you had laid an odd as­sort­ment of ob­jects out on a table, and none was par­ti­cu­lar­ly in­ter­es­ting. There’s no­thing you can do ex­cept look at them, draw at­ten­tion to them, try to give an ac­count of them. Hence the title, Re­ti­nal Ac­counts .” But note that gi­ving an ac­count of the world al­so means using a whole host of sub­ter­fuges, like those trap­doors, hid­den en­trances and se­ries of cor­ri­dors he is so fond of. Each image contains ano­ther image; each work en­folds a re­fe­rence that of­ten re­mains in the sha­dow, a wa­ger on the vi­sual lan­guage that is at the heart of his prac­tice, and that he conceives as a uni­ver­sal idiom. Now, in spite of his well-known hu­mor, ma­ny of the works can be seen as a mir­ror held up to the art world, re­flec­ting it ad in­fi­ni­tum, with blind spots in the nar­ra­tive construc­ted by the ex­hi­bi­tion. One case in point here is Your Cog­ni­tive Dis­so­nance (2014), an ac­tual-size re- pro­duc­tion of the lower-left-hand cor­ner of Rem­brandt’s Ana­to­my Les­son of Doc­tor Ni­co­laes Tulp, ano­ther is Ca­reer See­king Mis­sile (2011), a sea­ting plan for an ope­ning-night din­ner, scrun­ched up and thrown on the floor. In this res­pect the pu­bli­ca­tion of Cul­tu­re­field, which marks a tur­ning point in his prac­tice, au­gurs well. “Four years ago I rea­li­zed that ma­king art wasn’t even a chal­lenge any more. […] When I make a work now, I conceive of it as a tool for the pro­duc­tion of a ca­ta­logue or an ex­hi­bi­tion.” See­king to go beyond the in­di­vi­dual work and shift at­ten­tion to the en­semble in which it ap­pears, the book for­mat of­fers a me­dium in which he can ex­pe­riment more free­ly: a suc­ces­sion of over 500 full­page pho­to­graphs consti­tutes an at­las in which each term func­tions on the same le­vel. That Gan­der is tur­ning to­wards the ex­hi­bi­tion for­mat pro­mises a new co­he­sion that his work has so­me­times la­cked (though it has ne­ver been short on in­ven­tion). With Gan­der, the se­duc­tions of me­ta-nar­ra­tive and the play of cle­ver­ness can so­me­times mask the depth of his work on our eve­ry­day re­la­tion to images.

Trans­la­tion, C. Pen­war­den

« View with cultu­ral­ly preoc­cu­pied eyes ». 2014. Pho­to­gra­phies noir et blanc. 200 x 37,5 cm. Pa­no­ra­mic black and white pho­to­graphs. (Ph. M. Do­mage)

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