L’HOR­REUR ET LE SPEC­TACLE

Art Press - - VISUAL LIMITS -

Por­ter à la connais­sance du pu­blic des images de tor­tures, ou celles de « corps dé­truits », peut s’ins­crire dans une pé­da­go­gie par l’hor­reur : on montre des mor­ceaux de films, des cap­tures d’écran ou des pho­to­gra­phies ir­re­gar­dables, et on offre par là, croit-on, une com­pré­hen­sion des atro­ci­tés de la guerre, condi­tion pour qu’elles cessent ou

réa­li­sée en pleine guerre du Viet­nam) ou de pen­seurs de la pho­to­gra­phie (comme Su­san Son­tag, qui note avec pu­deur « l’épi­pha­nie né­ga­tive » que pro­vo­qua en elle, en­fant, la vue des images des camps de Ber­gen-Bel­sen et de Da­chau). Tho­mas Hir­sch­horn adopte pour sa part une po­si­tion très ar­gu­men­tée, qui as­so­cie une ins­tal­la­tion­vi­déo ( Tou­ching Rea­li­ty, 2012) et un pro­lon­ge­ment tex­tuel struc­tu­ré en huit points. Pour Hir­sch­horn, si nous ne sommes pas ca­pables de re­gar­der des corps dé­chi­que­tés par un at­ten­tat ou par un fait de guerre, c’est que nous en sommes en un sens com­plices : notre « hy­per-sen­si­bi­li­té » nous em­pêche de sou­te­nir du re­gard ces images in­sou­te­nables, car il s’agi­rait avant tout « de pré­ser­ver son confort, son calme et son luxe », signe de notre in­dif­fé­rence au monde comme il va. La vi­déo d’Hir­sch­horn pré­sente si­gni­fi­ca­ti­ve­ment l’écran tac­tile d’une ta­blette où un doigt fait dé­fi­ler les images de ces « corps dé-

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