En­rique Ramí­rez

Do­mi­nique Ba­qué

Art Press - - ÉDITO - Do­mi­nique Ba­qué

Jeune ar­tiste chi­lien, dont le père fa­bri­quait des voiles de ba­teau sous la dic­ta­ture du gé­né­ral Pi­no­chet, En­rique Ramí­rez pense « à par­tir » de la mer. Très concer­né par le po­li­tique, il dé­ploie une oeuvre mul­ti­mé­dia qui ra­vive les an­nées de ter­reur, mais ré­in­vente aus­si le voyage, au car­re­four du po­li­tique, du so­cio­lo­gique et du poé­tique, in­ter­ro­geant sans cesse l’image, sa puis­sance et ses li­mites. Fi­na­liste du prix Meu­rice 2014 et lau­réat, en 2014, du prix Dé­cou­verte 2013 des Amis du Pa­lais de To­kyo, il a ré­cem­ment ex­po­sé son trip­tyque Los Dur­mientes dans ce lieu.

Avec Car­to­gra­phie pour ma­rins sur terre (2011-13), En­rique Ramí­rez dé­ploie une oeuvre à mul­tiples fa­cettes au­tour du voyage : ni ce­lui du conquis­ta­dor, ni ce­lui du ro­man­tique épris d’exo­tisme, fi­gures au­jourd’hui ca­duques, mais ce­lui qui se joue à l’ère de la mon­dia­li­sa­tion et des flux mi­gra­toires aux tra­giques consé­quences. La pièce ma­jeure du dis­po­si­tif est une grande voile, fa­bri­quée au­tre­fois par le père de l’ar­tiste, dont on sent qu’elle a beau­coup voya­gé et en­cais­sé vents contraires et tem­pêtes – cou­tu­rée, trouée, ra­pié­cée de par­tout, comme à bout de forces… –, et que Ramí­rez pré­sente ren­ver­sée de fa­çon à « ima­ger » la géo­gra­phie de l’Amé­rique la­tine. Si la voile pa­ter­nelle est la pièce maî­tresse du dis­po­si­tif, les autres oeuvres ex­po­sées évoquent toutes, sur des modes certes dif­fé­rents, la mer et le voyage : deux pages du pas­se­port de l’ar­tiste, sur le­quel il a ap­po­sé de faux vi­sas, une grande pho­to­gra­phie de son père au tra­vail, avec un ef­fet de ré­flexion sur sa table qui donne l’illu­sion troublante des flots ma­rins, dix pe­tites vi­déos et des pho­to­gra­phies, en­fin. En­ser­rées dans des boîtes noires, der­rière des verres sur les­quels des textes ont été gra­vés, elles sus­citent, à l’in­verse des mo­nu­men­tales vi­déos sou­vent pri­sées par l’art contem­po­rain, un rap­pro­che­ment du corps et du re­gard, une vision in­ti­miste de la re­pré­sen­ta­tion. Chaque pièce tra­vaille avec, au­tour de l’eau : le voyage y est sou­vent plus ima­gi­naire que réel et ren­voie ain­si au voyage in­té­rieur de cha­cun. Un voyage à l’in­té­rieur des images, aus­si.

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